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Si napo leo viveret, hominem non esset

Posté par marrickevin le Lundi, 30 mars, 2009

Ils discutent : allons, mes bons, vous avez une vue partielle de la situation, c’est un grand homme, un grand théologien, un grand esprit, on a déformé ses propos, on lui fait un mauvais procès, il veut seulement rassembler tous les catholiques sous la même bannière, etc., etc. Inepties sur inepties se répètent et se multiplient depuis plusieurs semaines sur les ondes et à longueur de colonnes. Sur les propos tenus à Ratisbonne, sur l’affaire de la petite brésilienne violée, avortée et excommuniée, sur l’évêque négationniste et les quelques autres brebis galeuses réintégrés parce qu’intégristes, sur l’affaire du préservatif, sur le retour à la messe en latin, sur le retour de la prière appelant à convertir les juifs, on a toujours une bonne explication, toujours une bonne excuse, toujours un bon argument. Ils sont bien doctes, bien condescendants aussi, parce qu’au fond, ils n’en ont rien à secouer de ce qu’on peut dire d’eux et de leur idéologie puante.

Qu’on ne puisse pas discuter avec des gens pareils, c’est une chose. Il est certaines personnes qu’on ne convaincra jamais de rien. L’antisémite est un bel exemple. Jamais on ne le fera démordre du fait que les juifs tiennent les banques, ou les institutions, ou les media ou les trois en même temps. Rien ne lui prouvera jamais le contraire, rien ne lui mettra jamais les yeux en face des trous. Et même : tenter de les lui mettre, c’est être complice. A quoi bon, alors ? Mais les autres, ceux qui sont de l’autre côté et qui dissèquent les propos du pape, qui essaient de comprendre, qui ouvrent grand leurs colonnes et leurs micros à quelques membres du clergé aux propos et aux insinuations douteux ? Ceux-là, oui, sûrement, ils sont de bonne foi. Ils essaient de savoir pourquoi le pape dit de telles âneries, pourquoi il réintègre des types que, justement, ces mêmes interviewers n’auraient jamais l’idée d’inviter. Et là, on nous sort tout un tas d’explications politiques et/ou religieuses. Et la plus belle d’entre toutes : Benoit XVI et le Vatican tout entier vivent en décalage du monde. Mais, tout à fait. Si, si, si. Ca n’est que ça, pas de bile à se faire. Il en est même pour regretter Jean-Paul II. Pourtant, on savait franchement à quoi s’attendre ; il n’y a pas de quoi faire les étonnés : « Nul n’ignore les options politiques de l’Opus Dei, si nettes lors de sa fondation mais prudemment atténuées (en apparence) par la suite, précisément peut-être pour permettre à Jean-Paul II d’accorder plus aisément, comme il n’avait cessé de le souhaiter, à cette discrète mais active officine, un statut officiel dans l’Eglise. Et que de bontés et de complaisance à Rome à l’égard de ces « intégristes » dont le programme est très loin de se limiter à « la messe en latin » mais comporte un refus catégorique opposé à l’esprit du concile Vatican II (1962-1965), notamment quant à la reconnaissance par l’Eglise de la « liberté de conscience ». Ce n’est pas tout ; de la manière la plus explicite, l’intégrisme a son programme politique qui est d’extrême droite avec ostentation. N’empêche. En mai 1988, sous la poussée – d’ailleurs superflue, je pense – du cardinal Ratzinger, chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Jean-Paul II proposa confidentiellement à Mgr Lefebvre de nommer, le 15 août, un évêque choisi par lui sur une liste de trois postulants dressée par Lefebvre en personne. Ainsi Rome se montrait prête à introduire sans bruit au sein du corps épiscopal un représentant confirmé de l’opposition à Vatican II. (…) Il faut voir avec quels scrupules de gentillesse et de compréhension fraternelle, les collaborateurs du cardinal Ratzinger ouvrent leurs bras aux intégristes. Il n’est malheureusement que trop facile encore d’assister à des démonstrations dominicales (je pense à telles manifestations versaillaises) où une momie articulée dévide un sermon bien construit mais moins semblable à un texte vivant qu’à la musique en plaques débitée jadis par le limonaire des manèges. Le pullulement actuel des sectes et autres groupements « charismatiques » suscite la bienveillance du cardinal Ratzinger. Ces mystiques ne s’intéressent qu’aux « choses de Dieu » ; la misère et les iniquités du monde ne retiennent pas leur attention. »

Cet extrait de texte ne date pas d’hier. Il a été donné, sur commande, au Monde Diplomatique, par Henri Guillemin en 1990, lequel H.G. ne peut pas être suspecté d’athéisme vicieux et diabolique puisqu’il était lui-même catholique et pratiquant. Alors qu’ils arrêtent avec leur numéro du décalage de l’Eglise par rapport à la société, du problème de communication, et tout leur cirque. L’Eglise, et particulièrement Benoit XVI, a un projet politique, comme elle en a toujours eu. Enfin, sérieusement, qui peut faire l’étonné ? Qui peut tomber des nues en s’apercevant que le Vatican est d’extrême droite ? Et surtout, qui peut tomber des nues en s’apercevant que l’Eglise catholique, comme à peu près toutes les religions, a la manie insupportable de vouloir dire aux gens comment ils doivent vivre et se comporter ? Personne n’est donc allé voir, quand Ratzinger a été élu pape (par qui ? pourquoi ?) d’où sortait ce bonhomme, et ce qu’il pouvait avoir derrière la tête ? Et personne n’est capable de dire, au lieu de pleurer comme le faisait la présentatrice du journal de France 3 quand elle a annoncé la mort de Jean-Paul II, que ceux qui se pressent sur la place Saint-Pierre en attendant la fumée annonçant l’élection d’un nouveau pape ne sont, pour la plupart, qu’une belle bande de fascistes émerveillés ? Enfin, où voit-on, dans quel pays, sous quel régime, une population applaudir et crier sa joie en apprenant qu’un nouveau chef a été choisi alors qu’elle ne sait pas encore lequel ? Imaginons que demain Nicolas Sarkozy décède pour une raison ou pour une autre. On nous l’annonce à la radio et on nous précise qu’un successeur a pris sa place pour cinq ans. Va-t-on sauter au plafond, en se disant : « Chouette, le pays ne va pas rester sans président, un remplaçant a déjà été trouvé » ? Difficile à croire. On va attendre, espérer une poursuite de l’information, se raccrochant à cette question : « Mais qui ça ? ». Parce que ce n’est pas la même chose s’il s’agit de Jean-Marie Le Pen, de Martine Aubry ou de José Bové. Je doute que ceux-là mêmes qui se massent place Saint-Pierre exultent quand on leur annonce que les dernières élections législatives ont dégagé une majorité sans qu’on leur précise laquelle. Ils applaudissent à l’annonce de l’élection d’un pape (à laquelle ils ne participent pas d’ailleurs) parce qu’ils espèrent que le Vatican et son chef implacable applique un programme. Le pape est mort, vive le pape.

Alors, le discours de Ratisbonne. Tout en finesse, Benoit XVI se lâche dans la guerre de religions parce que les musulmans-c’est-rien-que-des-sauvages-assoiffés-de-sang. Devant le tollé, les théologiens ont l’explication, celle qui dissipe tout soupçon : le pape ne faisait que citer des propos vieux de plusieurs siècles ; ça ne reflète ni sa pensée, ni le credo qu’il veut faire entrer dans la tête de ses ouailles. Donc, par voie de conséquence, on peut très bien, à la radio ou à la télé, venir déblatérer, par exemple, les propos les plus significatifs de Mein Kampf et dire, ensuite : « C’est pas moi, c’est Hitler ». Que nos hommes politiques n’y ont-ils pensé plus tôt pour pouvoir avancer des opinions qui feraient scandale ?

La messe en latin, de son côté, ne relève absolument pas d’un choix liturgique, mais bien d’un choix politique. La langue, c’est le pouvoir. Quand un français achète une baguette de pain, élève ses enfants et lit un programme électoral, il le fait toujours dans la même langue. Si, à l’église, on lui en parle une autre, c’est donc qu’on change de registre et que la langue avec laquelle il s’adresse à Dieu ne peut pas être la même que celle avec laquelle il vit tous les jours. De plus, le latin n’est pas une langue vivante, et donc encore moins une langue courante ou maternelle. Autrement dit, pour s’adresser à Dieu, le croyant doit faire un effort qu’il ne fait pas quand il écrit à son député. C’est bien que Dieu est au-dessus, qu’il est plus important, qu’il demande une plus grande attention. Autrement dit, le pouvoir spirituel prime sur le temporel ; quitte à choisir : Dieu avant les hommes.

Sur le préservatif, Benoit XVI a été bien secouru en France par Christine Boutin qui n’a pas hésité, pour défendre le souverain poncif de l’abstinence et de la fidélité, à expliquer que le préservatif, mazette !, que c’est embêtant à mettre et pas très rigolo qui plus est. Le pape venait de déclarer que le préservatif n’était pas une solution convaincante et unique à la prolifération du SIDA, façon euphémistique et détournée de condamner son usage. Il est vrai que les ecclésiastiques sont sacrément bien placés pour parler des relations conjugales et sexuelles. Marine Le Pen a défendu elle aussi le Saint Père à l’imbécillité majuscule en expliquant que l’Eglise exprimait l’idéal de l’abstinence et de la fidélité. Premièrement, rien ne sert d’être fidèle si on pratique l’abstinence, et inversement. Deuxièmement, on peut tout à fait être fidèle, partager sa vie avec une seule et même personne pour le pire et le meilleur jusqu’à ce que la mort nous sépare et pour autant vivre avec quelqu’un séropositif. Oui, les gens qui ont le SIDA ont une vie sociale, rencontrent d’autres gens, et forment des couples. Il est vrai que le Front National a quelques difficultés à se familiariser avec cette idée, puisque le parti désirait il y a quelques années établir un apartheid anti-« sidaïques », comme disait alors Jean-Marie Le Pen, en faisant inscrire sur les cartes d’identité si l’on était séropositif ou séronégatif. C’est cette même vision qui motive la réaction de Marine Le Pen qui fait comme s’il n’existait pas de couples composés d’une personne séropositive et d’une personne séronégative. Et Christine Boutin se met le doigt dans l’œil, car son argument va justement contre sa morale de merde. Parce que, admettons, le préservatif, c’est casse-pied : on est dans le feu de l’action, ça va y aller comme sur des roulettes, l’excitation est à son comble, et… Stop ! Faut mettre le préservatif. Ah bah non, ça casse tout, ça fait retomber le charme. C’est donc bien que penser à utiliser un préservatif, à faire cet « effort » est un acte on ne peut plus responsable. Cela dénote un réel souci de son prochain. Le préservatif, finalement, c’est très chrétien.

Avant cela, l’Eglise, qui ferait mieux de s’occuper de ses fesses et non de celles des autres, y est allée de son couplet humaniste en excommuniant la mère d’une petite fille de neuf ans qui avait dû avorter après avoir été mise enceinte par un violeur. Au niveau de l’expérience psychologique et de la construction de l’enfant, on pète un score difficilement égalable. La mère a été excommuniée puisque c’est elle qui a engagé la coupable opération d’avortement. Le violeur n’a pas eu à subir les foudres divines dont, a priori, il se fout. D’une part, on comprend mieux pourquoi l’Eglise ne moufte jamais quand un curé est coupable d’attouchements sexuels. Si le viol ne vous attire même pas le regard oblique du Grand Manitou, on ne va pas s’emballer pour quelques gestes déplacés. D’autre part, le Vatican a visiblement quelques soucis avec des notions basiques de médecine et fait peu de cas de la vie humaine. On a peine à croire qu’une enfant de neuf ans allait connaître une grossesse normale, sans accroc, suivie d’un accouchement tout en douceur duquel naîtrait un enfant en pleine possession de ses moyens. La mère de la pauvre petite a logiquement préféré ne pas ajouter des difficultés dans la croissance, la morphologie et la physiologie de sa fille au traumatisme psychique qu’elle vivait. L’Eglise, quant à elle, préfère qu’on bousille un corps et une vie pour un fœtus très hypothétiquement futur bébé.

Et la question antisémite. Parce que pendant que l’Eglise excommunie les mères des enfants qui se font violer, elle réintègre des types qui rêvent de voir les Juifs brûler. Pas de doute, l’œcuménisme du Vatican n’est plus à démontrer. Les négationnistes sont une espèce curieuse. Le négationniste, sauf cas unique destiné à la science, est antisémite. Bien souvent, au surplus, il est d’extrême droite et ne reste pas insensible à la chaude et mélodique voix des discours d’Adolf Hitler. Donc, cet être qui déteste les Juifs adhère à la doctrine nazie développée en partie dans Mein Kampf sur leur extermination. Et le négationniste ne craint pas, alors, de faire passer Hitler pour un gros nul : cet homme, qui promettait l’éradication des Juifs de la surface de la terre, qui a régné pendant douze ans sur l’Allemagne et qui a dominé l’Europe, n’a pas été foutu de mettre en œuvre son idée centrale. Le négationniste est un cas pathologique qui voue un culte à un homme tout en nous expliquant que cet homme était incompétent.

Les théologiens et ecclésiastiques appelés à nous expliquer le choix de Benoit XVI de réintégrer l’évêque Williamson ont quasiment tous expliqué qu’il s’agissait pour le Vatican de réunir tous les catholiques sous une même bannière. C’est donc bien la preuve que l’antisémitisme ne pose absolument aucun problème à la doctrine de l’Eglise, que c’est une question annexe, et même une question qu’on accepte puisqu’on autorise ceux qui la développent à participer à l’édifice commun.

Pendant ce temps-là, le Front National, parti de beaufs bedonnants et vociférateurs, s’avachit dans sa connerie comme on s’avachit devant la télé, et ouvre une bière : celle de Jaurès. Pour les élections européennes, le FN nous sort une affiche sur laquelle on peut voir un portrait de Jean Jaurès et une de ses citations (« A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien ») accompagné du slogan : « Jaurès aurait voté Front National ». Le FN ne comprend rien à Jaurès, ou plutôt le comprend très bien mais le déforme1 : Jaurès était internationaliste et, comme Hugo disait « Tous les hommes sont l’homme », disait : « La patrie d’un homme est la patrie de tous les hommes », plus on s’approche de la patrie, plus on s’approche de l’internationalisme, et plus on s’approche de l’internationalisme, plus on s’approche de la patrie. La patrie est ce qui reste à celui qui n’a plus rien, c’est-à-dire qu’il lui reste l’humanité avec laquelle s’unir. La patrie avait également chez Jaurès (on est fin 19e, début 20e) le sens de République, par opposition aux braillards nationalistes. Le raisonnement est simple à comprendre et n’est pas le moins du monde chauvin ou patriotard. Mais, enfin, admettons, entrons dans l’idée du FN et acceptons cette uchronie complète, cet anachronisme grandguignolesque. Jouons le jeu du FN : Jaurès aurait voté Front National ; sauf que le Front National aurait fait fusiller Jaurès.


1 De même que les nazis ont déformé le « Deutschland über alles » de l’hymne allemand, par un tour de passe-passe syntaxique. La phrase ayant pour sens, dans le contexte de la chanson : « L’Allemagne avant tout » (c’est-à-dire que tous les Allemands doivent s’unir pour construire le pays ; le texte date de 1841 quand l’Allemagne n’était pas unifiée) est devenue avec les nazis « L’Allemagne est supérieure à tout le reste ».

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Archimède – Longévité

Posté par marrickevin le Lundi, 23 février, 2009

Longévité
par Victor Lévy-Lasne et Vincent Gaullier

On interprétait mal la notion d’espérance de vie concernant les XVIIe et XVIIIe siècles, d’accord. Mais pour les périodes antérieures, pour le Moyen Age par exemple, avant que notre existence sur terre ne transite sous terre, cela prenait tout au plus 25 ans, non ?

Erreur ! selon le fameux laboratoire d’ethnologie préhistorique de l’Université Paris I. Et c’est la faute des scientifiques. Les informations sur l’âge du décès viennent de l’examen des os : on compare par exemple un crâne et les sutures qui le parcourent, à un ensemble de crânes récents dont on connaît l’âge du décès et qui servent de référence. Idem pour divers autres os et on arrive ainsi à évaluer l’âge de décès d’un squelette vieux d’entre 600 ans et 10 000 ans.

Sauf que l’on s’est rendu compte que le vieillissement des os dans le sol est difficilement interprétable et que les erreurs statistiques sont légions.

En réalité, à partir du moment où ces lointains ancêtres du Moyen Age dépassaient l’âge de 20 ans, leur espérance de vie était comprise entre 50 et 55 ans. Comme au XVIIe et au XVIIIe siècle !

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L’expulsé de la semaine – Délit de concubinage

Posté par marrickevin le Mardi, 13 janvier, 2009

“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays” (article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme).

Ilhami Aldemir, Turc de 24 ans, vit en France depuis 2002. En mai 2008, il rencontre Amandine, 21 ans. Le couple s’aime et décide, en septembre, de prendre un appartement ensemble à Alès.

Amandine est aujourd’hui enceinte de deux mois. Mais la gendarmerie veille ! Des gendarmes en civil débarquent chez eux, pour enquêter sur leur « mariage blanc ». Sauf qu’ils ne sont pas mariés… Alors tout va bien, et les pandores repartent bredouilles, pensez-vous ? Que nenni ! Ilhami est arrêté, emmené au centre de rétention administrative (CRA) de Nîmes.

Le juge des libertés et de la détention décide de le libérer. Mais le procureur fait appel, et Ilhami voit sa rétention prolongée. Le 23 décembre, réveillé à 5 heures du matin et emmené à l’aéroport de Marseille-Marignane, Ilhami refuse d’embarquer. Il est placé en garde à vue, puis renvoyé au CRA de Nîmes. Le 26 décembre, à quelques heures de la fin de la durée légale de sa rétention (qui est de 32 jours), nouvelle tentative d’expulsion, nouveau refus d’embarquer, nouvelle garde à vue. Sa persévérance et son courage paient : Ilhami, libéré le soir même, retrouve sa compagne à Alès. Mais il passera en audience correctionnelle le 16 janvier 2009, au tribunal d’Aix-en-Provence, pour avoir refusé d’embarquer deux fois. Vouloir rester auprès des siens, quand on est étranger, c’est interdit.

Réseau Education Sans Frontières et Charlie Hebdo (n° 864 du mercredi 7 janvier 2009)

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L’expulsé de la semaine – Noël au balcon, Pâques en prison

Posté par marrickevin le Dimanche, 4 janvier, 2009

“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays” (article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme).

En France depuis décembre 2005, la famille Mamedov (un jeune couple azéri et leurs deux fillettes de 4 ans et 3 mois) tente de se construire une vie nouvelle, après avoir fui l’Azerbaïdjan, où Musvic, le père, est opposant politique et recherché.

Ses demandes de régularisation n’aboutissent pas. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, le 21 août 2008, les membres de la famille sont arrêtés au petit matin et conduits au centre de rétention administrative (CRA) de Rouen-Oissel. Ils sont libérés par le juge des libertés et de la détention, après une expertise médicale qui souligne l’incidence de la rétention sur l’état de santé des enfants, et l’incompatibilité de cet état avec la rétention.

Ils regagnent le Jura et reprennent leur vie, aidés par un comité de soutien. Cependant, leur avenir reste incertain. Les démarches et les procédures avancent très lentement. L’audience de la cour administrative d’appel qui doit statuer sur le cas de cette famille est prévue à Douai, le 29 décembre 2008. Mais le 16 décembre, Musvic revient d’Allemagne, où il a rendu visite à des proches. Il est contrôlé à la frontière. Il est arrêté. Le préfet du Haut-Rhin délivre à son encontre un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Musvic est alors enfermé au CRA de Strasbourg. Il risque d’être expulsé si l’ambassade d’Azerbaïdjan délivre un laissez-passer. Sa femme et ses filles, quant à elles, se cachent en attendant la décision de la cour administrative d’appel.

Réseau Education Sans Frontières et Charlie Hebdo (n° 863, du mercredi 31 décembre 2008)

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Archimède – Une idée reçue

Posté par marrickevin le Dimanche, 4 janvier, 2009

Une idée reçue
par Gilles Roqueplo et Hervé This

Le petit Albert Einstein et ses amis vont à la fête foraine. Albert est à peine monté sur le cheval blanc du manège que ce dernier se met à tourner. Lentement, d’abord, puis de plus en plus vite. Il faut s’accrocher ! Albert se sent éjecté vers l’extérieur. Ce sont les forces centrifuges qui le poussent ainsi, n’est-ce pas ? Le manège tourne, tourne, puis il finit par s’arrêter. Albert descend de son destrier, troublé. Des forces centrifuges ? Il y a là quelque chose de bizarre, car personne ne l’a poussé vers l’extérieur, et personne ne l’a tiré, non plus. Alors, d’où sortent-elles, ces fameuses forces centrifuges ? Qui les exerce ? Où s’exercent-elles ?

« Voyons, se dit Albert d’un esprit méthodique, que sais-je du mouvement ?

Il marche dans la fête foraine et, soudain, il aperçoit un marchand de glace, qui utilise de gros pains de glace pour conserver sa marchandise.

- Bonjour, Monsieur. Pouvez-vous me vendre un peu de glace ?

- Oui, mon garçon, quel parfum ?

- Non, Monsieur, seulement de la glace, pour faire une expérience.

Le glacier ne comprend pas, mais il vend sa glace et, stupéfait, il voit le petit Albert qui lance le glaçon devant lui : le glaçon glisse longtemps avant de s’arrêter.

- Voyons : pourquoi le glaçon glisse-t-il ? se demande Albert. Il glisse parce que je l’ai lancé : tant qu’il était dans ma main, cette main exerçait une force sur lui, et c’est ainsi que je l’ai mis en mouvement. Et pourquoi continue-t-il de glisser ensuite. L’inertie ! Un objet conserve son mouvement uniforme, ce qui signifie qu’il ne change pas de vitesse, tant qu’on n’agit pas sur lui. Une fois sorti de ma main, il a une certaine vitesse, et il la garde : il glisse. Pourquoi finit-il par s’arrêter, alors ? Il y a des frottements, et ces frottements ralentissent le glaçon, qui finit par s’arrêter. Bon, se dit Albert, je comprends maintenant pourquoi un glaçon glisse quand je le lance. Et si je le mettais sur le manège ? »

Aussitôt dit, aussitôt fait : le glaçon est posé sur le manège. Albert monte sur le manège, et ce dernier démarre. Albert voit le glaçon bouger par rapport à lui : « Normal, puisque je bouge avec le manège et que les frottements du manège sur le glaçon sont faibles, le glaçon, lui, ne bouge pas par rapport au sol. » Albert descend du manège, et, effectivement, il voit le manège passer sous le glaçon sans que celui-ci ne bouge par rapport à lui. « Conclusion, se dit Albert : cette prétendue force centrifuge est due aux frottements. »

Il réfléchit, réfléchit, et l’heure de rentrer à la maison arrive. En voiture, quand son père tourne, il se sent collé contre la portière à l’extérieur du virage : encore cette maudite force centrifuge, n’est ce pas ? Albert se souvient de son glaçon, et il imagine une expérience très simple : si un glaçon était posé sur la plate-forme arrière d’un camion, et que ce camion se mettait en mouvement, le glaçon resterait en arrière. L’inertie, à nouveau : le glaçon n’a pas de raison de bouger tant qu’on ne le met pas en mouvement. Or les frottements sont faibles, on le sait bien, pour un glaçon. Puis, imaginons que l’on ait maintenu le glaçon sur la plate-forme du camion qui roule à vitesse constante. Un coup de frein projette le glaçon vers l’avant du camion : c’est simple à comprendre, le camion change de vitesse, mais le glaçon continue à la même vitesse qu’initialement : il a son inertie. Donc le glaçon semble aller plus vite que le camion quand ce dernier freine. Et au cours d’un tournant ? Le glaçon poursuivrait sa route tout droit, tandis que le camion tourne. Et, il serait donc projeté contre le bord. Il n’y a aucune force qui agit sur lui, seulement le camion change de direction, tandis que le glaçon conserve son mouvement.

Et voila la clé du mystère : il faut parler d’inertie car la force centrifuge n’existe pas.

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Archimède – Promesses

Posté par marrickevin le Lundi, 29 décembre, 2008

Promesses
par Denis Van Waerebeke et Bruno Léandri

Demain, on rase gratis. De tout temps, religions et politiques ont promis le bonheur à l’humanité, mais contrairement aux bons apôtres, la science l’a mis sur la table.

Vous avez toujours rêvé de transmuter le plomb en or ? La science l’a fait. Dans le milieu du 20e siècle, des laboratoires de physique ont effectivement obtenu des molécules d’or à partir de molécules de plomb ; mais avec une telle complexité de procédure, que l’or obtenu n’aurait pas remboursé le millième de l’énergie et du temps investi. C’est toujours comme ça, avec la science : des promesses, des promesses, mais au bout du compte, y a toujours un lézard. Faut dire que ceux qui tiennent ces propos sont moins des scientifiques que des politiques, des commerciaux.

Demain, l’homme pourra se déplacer où il veut, aussi loin qu’il le veut, à la vitesse qu’il veut, qu’ils disaient, dès l’apparition du moteur à explosion. L’avion et l’automobile ont effectivement conquis la planète. Et dans les régions où chaque humain possède sa voiture, des millions de voitures bloquées dans les embouteillages, le long de routes qui ont bétonné la nature, saturent l’atmosphère en dioxyde de carbone. Et les avions qui nous emmènent en quelques heures à n’importe quel point de la planète ont transformé une moitié du monde en parc touristique pour l’autre moitié, avant de devenir les cibles privilégiées de tout ce que la terre compte de pulsions destructrices.

Demain, plus de travail pénible, plus de risque, plus de fatigue, les robots vont tout faire, qu’ils disaient. Dans les années 1920, dès les premiers balbutiements de la micro-mécanique et de l’électronique, les chroniqueurs scientifiques annoncèrent l’avènement des robots, humanoïdes tant qu’à faire, qui travailleraient, risqueraient, se fatigueraient et même penseraient à notre place. Les automates ont effectivement remplacé les ouvriers dans bien des usines, mais ils n’ont pas remplacé le travail, ils l’ont déplacé, plus difficile et plus inaccessible. Le cyborg intelligent et serviable appartient toujours au monde du cinéma.

Demain, plus de cataclysme imprévu, plus d’intempéries inopinées, qu’ils disaient ! Dans les années 60, on pensait que le radar et les photos satellites allaient rendre les prévisions météo infaillibles sur un mois et qu’on surprendrait les masses d’air jusque dans leur lit. La connaissance des circulations atmosphériques est en effet devenue globale et précise, mais la prévision d’événements brutaux reste aléatoire, et la limite de trois jours pour les prédictions sûres n’a jamais été franchie. Au-delà, la grenouille est toujours aussi efficace.

Demain, il n’y aura plus de guerre qu’ils disaient. La bombe atomique et l’équilibre de la terreur rendront toute agression impossible. Bombes à fission en 45, bombes à fusion en 51, les arsenaux des grandes puissances ont effectivement acquis le pouvoir de pulvériser mille fois la planète, mais elles ne peuvent rien contre l’irremplaçable balle de fusil et la bonne vieille arme blanche. Les missiles à guidage laser et les chasseurs furtifs ne sont pas concurrentiels face à la bonne vieille envie de tuer et de se faire tuer.

Demain, les villes dépasseront les nuages, les prodiges des matériaux permettront une civilisation verticale, qu’ils disaient. Les tours de 600 mètres prévues à Paris, ou de 2 000 mètres au Japon n’ont jamais vu le jour. Ouf. Et celles qui existent frémissent sur leurs fondations, pour des raisons n’ayant rien à voir avec les matériaux. Leurs structures sont solides, c’est l’Humanité qui ne l’est pas.

Demain, les distances entre les hommes seront abolies, qu’ils disaient. Les promesses des télécommunications ont presque été tenues, le téléphone avec fil, puis sans fil. Pourtant, le téléphone à écran, annoncé dès 1930, n’est toujours pas effectif. Pourtant, le réseau Internet, rejeton mondial des télécommunications et de l’informatique, n’avait été prévu par personne. Celui-là, ses promesses sont si récentes qu’on peut se permettre d’en anticiper le résultat : circulation totale de l’information, nouvelle convivialité, nouvelle économie, qu’ils disent. Mais qu’est-ce qui fume ? C’est l’enthousiasme, refroidi à grands coups de lances à incendie.

Des promesses, toujours des promesses ! Mais, objectent les scientifiques, nous n’avons jamais rien promis. Aucun scientifique digne de ce nom ne se laisserait aller à des engagements inconséquents. C’est vrai, ils n’ont jamais mal parlé. C’est nous qui avons mal entendu.

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Archimède – Geyser

Posté par marrickevin le Dimanche, 28 décembre, 2008

Geyser
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

« Il se fit un tremblement, puis une détonation et une gerbe d’eau fusa dans l’atmosphère.

Archiprime le fils du professeur Archipi souriait satisfait. Le guide géologue lui avait tout expliqué sur les geysers et, pour une fois, il pouvait enseigner quelque chose à son père.

- Nous sommes devant le geyser dénommé Old Faithful, c’est-à-dire Vieux Fidèle, expliqua Archiprime qui maîtrisait la langue de Shakespeare et de la dynastie Bush. Fidèle parce que, telle une baleine, il souffle sa vapeur à intervalles réguliers, toutes les heures, et cela depuis plus d’un siècle. Il existe, continua Archiprime, une cinquantaine de champs de geysers dans le monde. Ils sont situés dans des terrains volcaniques fissurés où l’eau de pluie s’infiltre dans le sous-sol puis est collectée dans des puits très profonds. Là, cette eau se réchauffe en même temps qu’elle remplit le puits. Quand on s’enfonce dans la Terre, la température augmente de 30 degrés par kilomètres, mais dans les terrains volcaniques la température augmente plus vite avec la profondeur. Donc l’eau s’échauffe en bas de la colonne, jusqu’à dépasser la température de 100° C, mais elle ne bout pas car la pression de la colonne d’eau dans la conduite du puits empêche l’ébullition. Les geysers les plus profonds ont presque un kilomètre de hauteur et l’eau peut être chauffée à 300 ° C sans bouillir. Quand la colonne est remplie, sa partie basse continue à se réchauffer jusqu’à ce que de petites bulles de vapeur apparaissent et là le spectacle commence. En montant ces bulles grossissent car la pression diminue lors de l’ascension. Comme ces bulles de vapeur allègent le poids d’eau comprimant les couches d’eau inférieures, le liquide sous-jacent commence à bouillir à son tour, ce qui fait que plus de bulles montent, diminuant encore la pression et la réaction en chaîne est déclenchée. L’ébullition de l’eau en profondeur projette toute la colonne d’eau vers la surface et le geyser entre en éruption.  Et voilà le travail de la nature parfaitement compris par qui maîtrise les lois physiques de l’ébullition, triompha Archiprime.

Archipi riait d’aise en entendant son fils si savant. Il poursuivit l’explication :

- Au fond, c’est parce qu’une colonne de liquide chauffée par le bas est instable ! Ainsi, l’eau de la casserole, quand elle bout, projette de l’eau tout autour et bien des brûlures domestiques dangereuses résultent de cette instabilité. Peux-tu maintenant me dire pourquoi les vaillants explorateurs qui ont été voir les volcans d’Islande ont observé des dépôts de soufre qui s’accumulent au voisinage de la sortie des geysers, que l’on nomme des solfatares ?

- L’eau chaude des profondeurs dissout le soufre contenu dans la roche, répondit Archiprime. En surface la température de l’eau diminue et le soufre précipite. Il se dépose en couche jaunâtre de cristaux tout autour de la bouche du geyser. L’haleine de Vulcain, le dieu des Enfers, est fétide parce qu’elle est riche en ces composés soufrés qui sentent l’œuf pourri. Maintenant, pourquoi l’odeur d’œuf pourri correspond à des émanations soufrées relève d’autres compétences à la fois chimiques et alimentaires. C’est une autre histoire. »

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Archimède – Invisible vapeur

Posté par marrickevin le Samedi, 27 décembre, 2008

Invisible vapeur
par Patrick Rebeaud et Hervé This

Regardez la fumée, au dessus d’une casserole d’eau qui bout. Ceux qui la nomment vapeur ont tort car la véritable vapeur est invisible. Ce que vous voyez, en vérité, ce sont les petites gouttes d’eau que les molécules de vapeur – invisibles tant qu’elles sont séparées sous la forme de vapeur – forment en se condensant dans l’air, car celui-ci est à une température inférieure à 100 degrés.

En toute rigueur, au-dessus des casseroles d’eau bouillante, on devrait parler non de vapeur, mais de vapeur condensée. Mais avouez que ça fait un peu snob.

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L’expulsé de la semaine – Hortefeux, sergent recruteur

Posté par marrickevin le Samedi, 27 décembre, 2008

“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays” (article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme)

Figuella Diakanua est née en 19983 en République démocratique du Congo. Elle y a vécu ces huit dernières années, retenue contre sa volonté après le décès de son père, en 1997. Une mort liée à des questions politiques. Sa mère est également décédée. Alors qu’elle risque d’être enrôlée, Figuella réussit à échapper à la guerre qui frappe la région de Goma, dans l’est de la RDC – selon le rapport 2006 d’Amnesty International, 40 % de certaines troupes sont constitués de jeunes filles.

Arrivée en France, elle demande l’asile politique. On lui refuse la possibilité de voir sa situation examinée hors procédure d’urgence. C’est-à-dire d’accorder à sa demande un examen équitable et serein. Malgré la mobilisation, les recours auprès du tribunal administratif, les démarches auprès du ministère de l’Immigration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement et du ministère de l’Intérieur, le statut de réfugié lui est refusé. Un conseiller municipal de Villetaneuse s’est porté garant, une sénatrice est intervenue… En pure perte. Le traitement rapide de son dossier aboutit à un refus.

Le 3 décembre 2008, Figuella est expulsée vers la RDC, où la guerre fait rage. Une guerre où les violences faites aux femmes auraient largement justifié que l’Office des réfugiés et apatrides (OFPRA) accorde l’asile à Figuella. Mais la France a décidé de la renvoyer vers ses bourreaux. Un déni de justice, doublé d’un déni d’humanité.

Réseau Education Sans Frontières et Charlie Hebdo (n° 862, du mercredi 24 décembre 2008)

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Archimède – Virus

Posté par marrickevin le Mardi, 23 décembre, 2008

Virus
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

« Le virus est un envahisseur qui s’infiltre dans les cellules de l’organisme comme le Cheval de Troie a traversé les remparts de la ville avec son contenu d’agresseurs. A l’intérieur de la cellule, le virus utilise la machinerie de la cellule pour se reproduire. Il en ressort ensuite pour pénétrer dans d’autres cellules et réitérer son forfait, propageant ainsi l’infection qui épuise l’organisme et empêche la cellule de fabriquer ce pourquoi elle était destinée. Les virus sont des particules très petites, explique le Professeur Archipi. On les dénommait les virus filtrants, car ils traversaient les pores de tous les filtres. Nous allons décrire, continue Archipi, un des virus les plus simples, le virus de la forêt de Semliki en Ouganda qui n’est pas dangereux pour l’homme. D’environ un dixième de micromètre de diamètre, il est bardé d’excroissances que l’on dénomme les spicules. Chaque spicule possède trois racines, qui sont ancrées sur une face d’un polyèdre à 60 faces. Quand le virus arrive au contact d’une cellule, les spicules trompent les récepteurs de la membrane de la cellule, comme les Grecs l’avaient fait à Troie. Mieux que cela, les récepteurs sont mobilisés pour se fixer à chaque spicule et la paroi de la membrane s’incurve autour du virus pour former une vésicule qui pénètre dans la cellule. L’ennemi est entré et va poursuivre son forfait. Là, le virus s’associe à divers éléments de la cellule qui le débarrassent des spicules et libèrent l’ARN contenu dans le virus. Cet ARN est une longue molécule commandant la fabrication des protéines constitutives des éléments du virus.

- Je croyais que c’était l’ADN qui contenait les instructions du code génétique s’exclama Archiprime, l’élève d’Archipi.

- Vrai, lui répondit Archipi : généralement l’ARN est formée à partir de l’ADN contenu dans le noyau des cellules, mais ce virus, plus fruste, fait l’économie de cette première étape. Dans la cellule infestée, une partie de l’ARN commande à la cellule de fabriquer les protéines des spicules ; une autre partie assure sa propre reproduction. Quand cette fabrication est terminée, l’ARN se regroupe en boule et va s’associer aux spicules qui se sont placées sur la membrane cellulaire. Sur cette membrane, la particule virale se reconstruit, constitue un bourgeonnement puis se libère, pour aller, dans la circulation sanguine, infecter d’autres cellules. Et ainsi s’étend l’infection amenée par les virus, comme la grippe et le SIDA. Les produits anti-virus tentent d’éviter que le Cheval de Troie pénètre dans l’organisme, mais cela est très difficile, conclut Archipi, car il se transforme très vite : le virus de la grippe change d’une année à l’autre. »

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