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Benoît Hamon, porte-parole des muets

Posté par marrickevin le Dimanche, 11 octobre, 2009

Si l’on schématise en résumant à la louche, la gauche, c’est l’évolution, et la droite, c’est le conservatisme, agrémenté d’un respect benêt et soumis de la hiérarchie et de l’autorité (le père, le patron, l’instituteur le sergent-chef, le curé…1). D’où des structures et des parcours politiques différents. A droite, comme on conserve, comme on trouve pas mal ce qui est sous nos yeux, on n’a pas besoin de trouver autre chose, on a donc moins besoin d’idées et donc moins besoin de débats. Du coup, quand il y a un type vaguement charismatique, qui parle bien (et s’il sait embobiner le plus de monde possible, tant mieux) et qui ne présente pas le risque de trahir son camp, l’union se fait assez facilement. On suit le chef.

A gauche, l’ennui, c’est que puisqu’on débat, puisqu’on cherche de nouvelles voies, puisqu’on aimerait bien faire changer le truc mais qu’on n’est pas toujours d’accord ni sur le pourquoi ni sur le comment, c’est le foutoir. Et forcément, le temps qu’on met à se tirer dans les pattes, on ne le met pas à réfléchir. Ou alors à réfléchir à comment tirer mieux dans les pattes que l’autre. On s’éclate au PS, qu’est-ce que vous croyez ; amenez vos gosses, vous verrez. Surtout que quand on cherche des idées, on n’en trouve pas toujours que des bonnes. Le PS vient par exemple de trouver le moyen de se saborder, sans l’aide de personne, comme un grand : des primaires pour désigner le candidat à la prochaine élection présidentielle. Déjà, s’inquiéter de savoir comment on va désigner le candidat d’une élection qui a lieu dans deux ans et demi, c’est limite. Mais surtout, les primaires, c’est valable aux Etats-Unis, au système politique bipartite, dans une démocratie de feu qui laisse le choix entre la droite et la droite2. C’est valable aussi quand les élections sont un show et les meetings des gala-concerts. Une fois de plus, le PS a l’intention de donner à la France entière le spectacle d’un parti même pas capable de savoir qui est le plus à même de le représenter. C’est plus démocratique, qu’ils disent. Faudra nous expliquer ; surtout dans un parti où, manifestement, on bourre les urnes. Et pourquoi que c’est plus démocratique ? Mais parce que ce sont les militants qui vont voter. Et qu’est-ce qu’ils ont fait les militants pour avoir le droit de voter ? Ils ont raqué leur cotisation. La démocratie par le cens, c’est beau, c’est socialiste, et c’est français Monsieur !

M’enfin, tout de même, va-t-on dire, ils ont le mérite de chercher des solutions, d’essayer de proposer ; historiquement, c’est là qu’on retrouve la gauche. Ce n’est pas faux. Le conservatisme ne propose pas puisqu’il conserve3. Mais le conservatisme doit bien faire quelque chose pour qu’on l’écoute et pour décrédibiliser ceux qui veulent changer un peu. C’est là la seconde différence : quand la gauche a des idées, la droite a des mots. Vous défendez Dreyfus qui a trahi ? (Si, si, il a trahi puisqu’on l’a condamné). Mais vous êtes un agent de l’étranger qui veut la défaite et la disparition de la France. C’est concis, net, précis et plus facilement compréhensible que le bordel législatif, littéraire et philosophique que nous balancent Blum, Zola, Jaurès et la Ligue des Droits de l’Homme. Mai 68 ? Une bande de feignasses et de voyous qui veulent glander et jouir comme des cons après avoir tout cassé. L’impôt sur le revenu ? Un parasite sur le dos du travailleur qui se nourrit de sa sueur. Vas-y, rame pour défendre ton texte une fois que les journaux ont imprimé ça. Etc. Etc.

La gauche a depuis longtemps perdu la bataille des mots, qu’elle n’a d’ailleurs pas livrée. Défaite à laquelle s’est ajouté un peu de démagogie comme on l’aime. En témoigne les réactions outrées sorties du PS et de la gauche en général lorsque Bertrand Delanoë s’est dit « libéral ». Le libéralisme ? « Mais c’est le diable », mon bon4. Tu veux nous faire fermer la boutique, ou quoi ? Or, le libéralisme, pour bonne part, c’est la gauche. C’est la lutte contre Charles X, contre Juillet, contre le parti de l’Ordre, contre Napoléon III, pour la liberté de la presse, d’opinion, de grève, d’association, pour le droit de vote, etc. La droite l’a bien compris, car la droite est malicieuse (c’est-à-dire un mélange entre l’intelligence et la fourberie). Et la droite s’est dit : « A l’école, on va apprendre aux gosses que le 19e siècle intelligent, c’est le libéralisme. Comme nous, on est libéral en économie, on va dire à tout le monde que les libéraux de 1850 et ceux de maintenant, ce sont les mêmes, et hop, in the pocket ». C’est le discours d’un Madelin qui dès qu’on critique son libéralisme nous sort les avancées politiques des libéraux du 19e siècle. Du coup, quand un type de gauche revendique cet « héritage », la gauche lui tombe dessus. Alors qu’il n’est pas possible d’être de gauche sans être libéral politiquement. Seulement, les huiles du PS sont tellement pétochardes et bas de peuple qu’elles n’ont pas envie de s’ennuyer à expliquer qu’il y a libéralisme et libéralisme. On ne va quand même pas faire comme si les gens pouvaient comprendre ! Ca va pas la tête ! Si en plus, il faut parler civilisation, projet de société, place de l’homme et rôle de l’État, c’est à vous dégoûter de la politique.

Seulement, l’ennui de la gauche, c’est que ça ne lui dit pas d’expliquer, de faire de la politique, mais ça ne lui dit pas non plus de faire de la com’. Il lui reste un fond de conscience politique qu’elle ne veut pas trahir. N’expliquant rien, ne parlant plus de changer la société, mais ne faisant pas de com’ non plus, elle se fait enrhumer dans tous les sens dès qu’un micro se tend vers une bouche de droite. Une grève à la SNCF suite à une agression ? Il s’agit d’une « grève sauvage » ; les cheminots étant, c’est bien connu, des bêtes violentes assoiffées de sang. Sans compter que tout gréviste qui se respecte un minimum s’assure que les « usagers », soient « pris en otages », sinon, c’est pas de jeu. On proteste contre une réforme ? Mais non, ce n’est pas que la réforme est mauvaise, c’est que « le gouvernement a manqué de pédagogie ». Une mesure destinée à laisser les riches compter leur pognon ? C’est un « bouclier fiscal » défendant les honnêtes gens contre les hordes fanatiques des agents du Fisc qui vous attaquent. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut faire, qu’on aide un peu ceux-ci au détriment de ceux-là, c’est bien de la mauvaise foi, puisqu’en France il n’y a plus de pauvres : il y a les riches et les « moins riches ». Formules et idées reprises sans problème par les journalistes qui en abusent. La grève, c’est embêtant, l’impôt, c’est méchant, la pauvreté, c’est inexistant5.

La com’, c’est foutu. La droite est trop forte dans ce sport. Et qui plus est, ce n’est pas spécialement valorisant. Il n’y a bien que les publicitaires et les directeurs d’écoles pour penser que la com’ est un art ou un métier. Reste, donc, les idées.

La semaine passée, Benoît Hamon était l’invité du « Grand journal » de Canal +. Lors de la séquence de « La boîte à questions », on lui demande ce qu’il ferait s’il était une journée dans la peau de Nicolas Sarkozy. Vous pensez qu’il a répondu quelque chose comme : « Je ferai sortir la France de l’OTAN pour montrer que la France entend travailler avant tout au sein de l’Union Européenne afin de mettre en place une politique commune à l’Union et ne pas s’investir inutilement dans une entente militaire obsolète servant des intérêts qui ne nous concernent pas » ? Ou alors : « Je déciderai de dissoudre l’Assemblée Nationale pour donner l’occasion au pays de changer de gouvernement et de mettre en place une politique sociale, tournée vers l’humain et le respect des droits fondamentaux de chacun » ? En somme, une réponse intéressante et politique. Mais vous rêvez ! Il nous a balancé un : « Je tiendrais mes promesses ». Il en est là, le porte-parole du PS, à critiquer le camp adverse par un « Je tiendrais mes promesses, et na ! ». Ca se complique sacrément : apparemment, c’est foutu même du côté des idées…


1 Anecdote. En seconde, je me retrouve dans le bureau du proviseur. J’avais contredit le professeur d’histoire qui m’avait expulsé de sa classe. Attention, c’est du lourd : nous diffusant un « clip » de l’association Witness de Peter Gabriel, il nous demande si on connaît le sieur. Je réponds que c’est l’ancien chanteur de Genesis. Il me dit « Non ». Je dis « Si ». Il me dit « Non ». Je dis « Si ». Il me dit « Dehors ». Je m’en vais comme un prince.

2 Bon sujet d’étude pour politologues et historiens la démocratie américaine. J’ai eu l’honneur d’écouter un professeur d’histoire nous expliquant sans rire que la Seconde Guerre Mondiale était la lutte des démocraties contre les régimes totalitaires. Bon, l’URSS, comme démocratie, ça pète un score. Il y avait aussi la Chine dans le camp des démocrates. Certes, pas la Chine communiste devenue la plus grande dictature capitaliste de l’Histoire, mais tout de même pas un fleuron démocrate. Enfin, peu importe. Le drôle n’est pas là. Parce que dans la même phrase, il nous explique que l’enrôlement de soldats aux Etats-Unis a pu poser certains problèmes du fait de la ségrégation raciale. Oh quelle est belle la démocratie qui définit les droits des gens en fonction de la couleur de leur peau. Encore un couillon qui croit que la démocratie c’est de choisir le chef.

3 Parenthèse. Lors de la dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a osé ce propos gaffe : l’écologie n’est pas une valeur de gauche, mais une valeur de droite car le conservatisme, c’est la droite ! On se demande bien où Marine Le Pen est allée pêcher que l’écologie était conservatrice. Défendre l’environnement, c’est défendre son évolution, défendre sa « liberté », c’est-à-dire lui foutre la paix, pour être plus clair. Il n’est pas question de tout faire pour laisser les choses en état, mais de tout faire pour qu’elles évoluent naturellement. La nature est tellement conservatrice que nous sommes tous des dinosaures qui nous ignorons.

4 Jeune adolescent, Henri Guillemin s’était rendu dans une bibliothèque de Mâcon, tenue par un ecclésiastique et lui avait demandé ce qu’il pouvait lire de Zola pour commencer. Réponse du clerc : « Zola ? Mais rien ! Rien du tout ! Zola, c’est le diable ». C’était même pire que ça : les parents de François Mauriac lui avaient acheté un pot de chambre qu’ils avaient baptisé Zola.

5 Il y a quelques jours, annonce à la télévision : « Les usagers [les fameux usagers] vont être soulagés : la grève des TCL prendra fin lundi ». Fin de transmission. Et ? Pourquoi étaient-ils en grève ? Ont-ils obtenu quelque chose ? Pourquoi cessent-ils leur mouvement ? Mystère. Mais l’essentiel est assuré : la grève, c’est mal. L’information française…

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