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Archives pour août 2009

La nationalité supérieure : so british !

Posté par marrickevin le Jeudi, 6 août, 2009

On ne peut pas toujours gagner. Et là, on doit avouer que nous sommes battus, simples Gaulois que nous sommes, franchouillards coiffés au poteau. On s’est bien battu. On y a mis tout ce qu’on avait. Plein gaz : le Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, l’amendement sur les tests ADN (avec le député du Rhône qui en appelle, à l’Assemblée, au souvenir de Charles Martel), l’immigration choisie, et tout le bastringue. On avait mis toutes les chances de notre côté. On avait même élu un président qui déclarait sans rire que l’homme africain était un crétin absolu, ne comprenant rien à rien et qui n’était pas entré dans l’Histoire. Les survivants du Mont Cassin et Nelson Mandela, pour ne citer que deux exemples évidents, ont dû apprécier.

Nous sommes donc battus. Car la mesure de merde vainqueur toutes catégories confondues, l’étron législatif pulvérisant tous les records, la bouse fumante interplanétaire nous vient du Royaume-Uni. Le Royaume-Uni envisage en effet de rendre plus difficile l’accès (ah ah ah) à la nationalité britannique. Jusqu’ici, c’était du gâteau : vous veniez, vous vous installiez, peinard, demeurant en un cottage ravissant, vous bossiez cinq ans, fingers in the nose, et hop, british, tout pareil, vous deveniez rouquin et vous écoutiez de la pop. Mais ce temps-là, c’est terminé ! On n’entre pas comme dans un moulin ici.

Là, vous vous dites : ah bon. Alors, ils vont mettre en place des règles : 10 ans au lieu de 5, par exemple. Effectivement. Mais il y a mieux : la naturalisation à points. Pour obtenir la citoyenneté britannique, il faudra obtenir un certain nombre de points mettant en lumière votre capacité à être un bon sujet de sa majesté, tout comme James Bond qui trucide à tout va, par exemple. Attention, attention : nous tenons à préciser aux candidats (150 000 par an, environ) qu’ils pourront également perdre des points. Parce que sinon, c’est pas de jeu.

L’étranger fourbe qui voudrait se mêler aux Britanniques devra passer un certain nombre d’épreuves afin qu’on s’assure de sa bonne volonté. Bien parler l’anglais rapportera des points. Bon admettons. Encore que, si on enlevait, en France, la nationalité à ceux qui parlent un français déplorable, il n’y aura plus personne pour présenter les émissions à la télé et écrire dans les journaux. Il y aurait aussi beaucoup moins de professeurs et de chauffeurs de bus. En fait, y’aurait plus personne. Participer à la vie associative itou, ça fait des points. Autrement dit, rends service à ton prochain britannique si tu veux pouvoir être comme lui et n’avoir rien à foutre des étrangers qui voudront devenir comme toi. C’est beau. Il faudra respecter la loi. Alors, là, c’est énorme. On en conclut donc qu’un étranger qui ne désire pas devenir britannique n’est pas tout à fait tenu de respecter la loi. « Mais dis donc, tu viens de violer une petite vieille ! » – « M’en fous, je veux pas être naturalisé » (si en plus, il le dit dans un mauvais anglais, il est grillé à vie). On a bien là le grand fantasme populaire de l’étranger qui ne respecte pas la loi, ou moins que l’autochtone. « Si vous voulez devenir britannique, il faut respecter la loi », sous-entendu « On sait bien que vous, les étrangers, les pas comme nous, vous n’êtes pas très regardant sur la légalité ». On en conclut aussi que tout britannique ne respectant pas la loi sera déchu de sa nationalité. Bien fait pour sa gueule. Sera aussi prise en compte la qualification. C’est encore plus clair : si t’es utile, ok, sinon crève charogne et galère dans les administrations. Enfin, le lieu de résidence pourra rapporter des points. Comprenez : si vous vous installez dans une campagne du Royaume-Uni dont mêmes les Britanniques ne veulent plus entendre parler puisqu’ils la quittent. La raison officielle est de revitaliser les campagnes et de donner un nouveau souffle à certaines régions, comme l’Écosse dont la population est vieillissante. En fait, le but non-avoué est plus probablement d’éviter que les étrangers ne se concentrent tous au même endroit. Surtout, on veut utiliser la carotte de la naturalisation pour dynamiser certaines régions et éviter les réformes structurelles qui s’imposent. Bande de charlots. Escrocs.

Enlèveront des points le non respect de la loi donc, les actes de vandalisme (doit-on en conclure que le vandalisme est autorisé pour les Britanniques ?) et le non respect des valeurs britanniques. Va falloir nous sortir un dico spécial. C’est quoi une valeur britannique ? Pareillement, il faudra se garder de critiquer ou d’insulter les forces armées.

Le plus « drôle », c’est que chaque candidat à la naturalisation devra passer un test qui permettra de s’assurer qu’il connaît l’histoire et les institutions britanniques. Hum, hum, on serait bien curieux de savoir combien de bons Français réussiraient un tel test s’il existait ici. Et on ne voit pas pourquoi les Britanniques maîtriseraient mieux « leur » histoire que les Français.

En fait, sous couvert de lutter contre la communautarisme et de favoriser l’intégration, on en arrive à créer un communautarisme national, attendu que le seul communautarisme qui soit dangereux, c’est celui des autres. Il y aura donc les Britanniques, avec leurs valeurs, leur histoire, leurs forces armées et leur cul sur la commode, et le reste du monde, différent, étranger (au sens premier : un étranger, c’est celui qu’on trouve étrange), bizarre, douteux. Tiens, un étranger qui ne fait pas l’effort de parler un anglais impec’, qui ne s’enfile pas tout le règne de Victoria ? Curieux. Il doit manigancer quelque chose. L’ère de la suspicion. L’ère de la morale aussi. Surtout. Bon dieu, ils ne l’ont pas lu « L’étranger » de Camus ? Ils ne la connaissent pas l’histoire de ce type qui est forcément un salaud aux yeux des autres parce qu’il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? Lui, il le sent, tout le poids de la morale. Et tout le poids des valeurs aussi. Ils ne comprennent pas les Britanniques que ce qui crée une identité entre les hommes, c’est le fait qu’ils aient tous en commun d’être différents les uns des autres ? Bah tiens, faudra connaître l’histoire et les institutions, mais pas la philosophie. Question de valeurs…

Publié dans Humeur | Laisser un commentaire »