La revanche des bactéries
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger
« Quand votre médecin vous prescrit des antibiotiques, il vous recommande de continuer le traitement même si vous ne ressentez plus de symptômes et que vous pensez être guéri. Est-ce pour augmenter la fortune de l’industrie pharmaceutique ? Non point, rétorque notre bon professeur Archipi. C’est pour éliminer toutes les bactéries, même celles qui sont moins rapidement détruites par les antibiotiques. Sinon vous risquez de rechuter ou de propager une épidémie. Voici pourquoi :
Le père de la pénicilline, Alexander Fleming avait remarqué, cinq ans après le début des traitements par les antibiotiques, que certaines bactéries devenaient résistantes à la pénicilline et que l’utilisation de doses trop faibles d’antibiotiques laissait subsister les microbes les plus dangereux. Ecoutons Fleming :
- Quand, dans l’organisme, les plus faibles sont détruits, seuls subsistent les plus forts. Ceux-ci n’ont plus de concurrence et prolifèrent, donnant naissance à une population bactérienne résistante. Ces bactéries sont une grave menace car elles peuvent passer d’un patient à l’autre et provoquer une septicémie que la pénicilline ne pourra pas guérir.
- Aujourd’hui le problème est grave, gémit Archipi : un certain nombre d’espèces bactériennes est si résistant que les antibiotiques sont inopérants. Et le danger est manifeste dans les hôpitaux où les microbes sont virulents et nombreux, et les défenses naturelles de l’organisme des malades réduites. Les résistances des bactéries résultent de mutations, des changements de l’A.D.N. qui se révèlent profitables à la bactérie. Dans un premier cas, la mutation modifie l’organe bactérien où sont fabriquées les protéines et l’antibiotique n’en perturbe plus le fonctionnement : la nouvelle bactérie vit et se reproduit normalement. Dans un second cas, à cause de la mutation, la bactérie produit une enzyme qui se fixe sur l’antibiotique et inactive ses possibilités destructrices. Enfin, certaines mutations entraînent la modification des canaux de la membrane et la bactérie ne peut plus être envahie et détruite par les antibiotiques.
Evidemment, les médecins modernes peuvent prescrire plusieurs antibiotiques qui agissent sur diverses fonctions de la cellule bactérienne, à la fois contre ses facultés de reproduction et l’étanchéité de sa membrane par exemple. Il serait bien rare qu’une mutation crée ces deux modifications en même temps, raisonnaient les optimistes. Hélas, en santé humaine, les pessimistes ont souvent raison : on s’est aperçu que les bactéries pouvaient transmettre, par des organismes dénommés plasmides, un type de résistance à une autre bactérie. Ainsi, une bactérie déjà résistante à un type d’antibiotique pourrait devenir résistante à plusieurs.
Il faut donc suivre son traitement jusqu’au bout, termine Archipi, mais ne pas multiplier l’emploi des antibiotiques et ainsi éviter la résistance croissante des bactéries.
Fleming avait raison. »