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Archive de 13 octobre 2008

Archimède – La revanche des bactéries

Posté par marrickevin le Lundi, 13 octobre, 2008

La revanche des bactéries
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

« Quand votre médecin vous prescrit des antibiotiques, il vous recommande de continuer le traitement même si vous ne ressentez plus de symptômes et que vous pensez être guéri. Est-ce pour augmenter la fortune de l’industrie pharmaceutique ? Non point, rétorque notre bon professeur Archipi. C’est pour éliminer toutes les bactéries, même celles qui sont moins rapidement détruites par les antibiotiques. Sinon vous risquez de rechuter ou de propager une épidémie. Voici pourquoi :

Le père de la pénicilline, Alexander Fleming avait remarqué, cinq ans après le début des traitements par les antibiotiques, que certaines bactéries devenaient résistantes à la pénicilline et que l’utilisation de doses trop faibles d’antibiotiques laissait subsister les microbes les plus dangereux. Ecoutons Fleming :

- Quand, dans l’organisme, les plus faibles sont détruits, seuls subsistent les plus forts. Ceux-ci n’ont plus de concurrence et prolifèrent, donnant naissance à une population bactérienne résistante. Ces bactéries sont une grave menace car elles peuvent passer d’un patient à l’autre et provoquer une septicémie que la pénicilline ne pourra pas guérir.

- Aujourd’hui le problème est grave, gémit Archipi : un certain nombre d’espèces bactériennes est si résistant que les antibiotiques sont inopérants. Et le danger est manifeste dans les hôpitaux où les microbes sont virulents et nombreux, et les défenses naturelles de l’organisme des malades réduites. Les résistances des bactéries résultent de mutations, des changements de l’A.D.N. qui se révèlent profitables à la bactérie. Dans un premier cas, la mutation modifie l’organe bactérien où sont fabriquées les protéines et l’antibiotique n’en perturbe plus le fonctionnement : la nouvelle bactérie vit et se reproduit normalement. Dans un second cas, à cause de la mutation, la bactérie produit une enzyme qui se fixe sur l’antibiotique et inactive ses possibilités destructrices. Enfin, certaines mutations entraînent la modification des canaux de la membrane et la bactérie ne peut plus être envahie et détruite par les antibiotiques.

Evidemment, les médecins modernes peuvent prescrire plusieurs antibiotiques qui agissent sur diverses fonctions de la cellule bactérienne, à la fois contre ses facultés de reproduction et l’étanchéité de sa membrane par exemple. Il serait bien rare qu’une mutation crée ces deux modifications en même temps, raisonnaient les optimistes. Hélas, en santé humaine, les pessimistes ont souvent raison : on s’est aperçu que les bactéries pouvaient transmettre, par des organismes dénommés plasmides, un type de résistance à une autre bactérie. Ainsi, une bactérie déjà résistante à un type d’antibiotique pourrait devenir résistante à plusieurs.

Il faut donc suivre son traitement jusqu’au bout, termine Archipi, mais ne pas multiplier l’emploi des antibiotiques et ainsi éviter la résistance croissante des bactéries.

Fleming avait raison. »

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Archimède – Zéro

Posté par marrickevin le Lundi, 13 octobre, 2008

Zéro
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

Penser le rien en mathématiques ne va pas de soi. Historique de ce chiffre qui n’en est pas un.

Il existe un ensemble qui ne contient aucun élément : c’est l’ensemble vide. L’ensemble vide est, par exemple, l’ensemble des nombres premiers pairs autres que 2, l’ensemble des cercles carrés, etc. Tout ce que vous dites des éléments de l’ensemble vide est vrai car il ne possède pas d’élément pour lequel cet énoncé pourrait être faux. Le nombre d’éléments de l’ensemble vide est zéro : zéro dénote l’absence. Mais une absence peut être utile.

Lao Tseu a dit : « Trente rayons se partagent le moyeu d’une roue, c’est le trou central qui le rend utile. » « Façonnez un récipient en argile, c’est l’espace intérieur qui le rend utile. » L’humoriste Alexandre Breffort disait de l’absence de son amie Rididine : « Je la connais, allez, et je sais que du moment où elle n’est pas encore là, c’est qu’elle est en retard, et c’est qu’elle vient… » Le vide, l’absence, il a fallu les nommer, ce qui a prêté à confusion : souvenons-nous d’Ulysse qui se faisait appeler Personne par le géant Polyphème.

Le zéro est progressivement apparu dans les systèmes de numération où une quantité limitée de chiffres représente un nombre. Dans ces systèmes, c’est la position du chiffre qui indique sa valeur. Ainsi, pour notre système de numération à base 10, dans le nombre 21, le 2 représente 2×10 et le 1 représente 1. Ce principe de position a été inventé d’abord au IIIe siècle avant notre ère, dans la numération babylonienne en base 60. Chez les babyloniens, un clou représente 1 et deux clous représentent 2 ; le nombre 62 s’écrivait donc par 60 clous suivis de 2 autres clous [(1 x 60) + (2 x 1)]. Une difficulté apparaît quand l’on doit figurer des unités manquantes : comment distinguer 60 et 1 ?

Les hindous, au Ve siècle de notre ère, désignèrent par sunya une absence ; ce n’est qu’au VIe siècle que l’absence est représentée par un petit rond et désigné par le mot bindu, synonyme de « vide ». Avec bindu, les hindous ont un véritable zéro, et connaissent ses propriétés dans l’addition et la multiplication. Le rien avait un statut propre et il était distinct de l’absence.

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