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Archives pour octobre 2008

Les aveugles entendent mieux que les sourds

Posté par marrickevin le Samedi, 25 octobre, 2008

Rien ne fait dire plus d’âneries que le patriotisme et le nationalisme. Parce qu’on ne parle plus en son nom, mais au nom d’une abstraction, d’un quelque chose qu’on n’a pas vraiment conceptualisé, mais qu’on idéalise. Quelque chose qu’on a créé pour justifier le renoncement, pour éliminer toute forme de questionnement, de remise en cause. Un quelque chose si puissant, si évident, qui a tellement de force, qui s’impose tellement à nous et à notre bon sens, qu’on ne peut aller contre. Bergson n’était pas un imbécile ; mais la guerre déclarée en 1914, il se lance dans un discours expliquant qu’il s’agit de la lutte de « la civilisation contre la barbarie » et dénigre la philosophie et l’école historique allemandes qu’il admirait pourtant jusqu’ici. Il aimait cette philosophie mais voilà que la France, l’abstraction France, parle pour lui. Bergson se fout alors que la guerre soit « juste » ou « légitime », il se fout de qui attaque et de qui est attaqué, de qui est responsable. Il devient prisonnier d’un sentiment ridicule, plaçant de l’immuable et de l’éternel dans ce qui est le fruit d’une longue histoire et d’une succession de changements. La France, comme si elle n’était qu’une, comme si elle n’avait jamais été que comme elle est, comme si son nom seul garantissait qu’elle était la somme de toutes les vertus. Le patriotisme crée un poids social de toutes pièces qui s’impose aux êtres. Ose-t-on dire que l’on n’est pas patriote, qu’on « s’en fout de la France », comme le chantait Maxime Le Forestier, sans craindre de se faire traiter de salaud ? parce que tout le monde conclut que si on dit qu’on n’est pas amoureux, c’est qu’on hait. Qu’ont-ils trouvé de mieux, les Républicains, aux Etats-Unis, pour taper sur Barack Obama ? Pas patriote. C’est cette bande de minables qui veut diriger le pays ? « Ah ah, on envoie vos fistons se faire dessouder en Irak pour la grandeur de la patrie, et lui, il est contre, c’est bien la preuve ! » La preuve de quoi ? Qu’il est plus libre que les autres ?

Toutefois, une autre chose fait dire des âneries monumentales. Il s’agit de la bonne grosse connerie. Et on y arrive. Des centaines de gars sifflent La Marseillaise avant le match France – Tunisie par provocation, histoire de se faire remarquer. Scandale ! On siffle l’hymne. Outrage ! Comme si c’était nouveau, comme si ça n’arrivait pas d’habitude. Bernard Laporte y va de son commentaire. Il préconise de jouer les matchs en province, ou carrément de ne plus jouer contre des équipes du Maghreb. En province, afin de jouer devant (et cette partie de sa réaction n’a pas été relevée), afin de jouer devant un « public sain ». Mais, diable, pourquoi sifflent-ils un pays qui les aime tant ? Fadela Amara en rajoute une couche en préconisant « un gros coup d’estoc ». Mais, diable, pourquoi sifflent-ils ? Puis elle ajoute : « Pas de pitié avec ces gens-là ». Il faut bien ça. Les microbes pour l’un, le vocabulaire guerrier pour l’autre. Les voilà les grandes valeurs que défend la France en ne permettant pas qu’on siffle son hymne

C’est un beau pays que la France. Une belle Nation. Une belle République. Un beau truc dans lequel on peut être fier de son hymne d’émancipation et de liberté qui n’autorise pas qu’on le siffle, qui n’autorise pas qu’on brandisse une pancarte marquée des mots « Casse-toi pauvre con » sur le passage du Président, et qui autorise à peine, du bout des lèvres, qu’on critique les religions. C’est une belle province dont les gardiens de l’hymne officiel sont là pour nous rappeler que l’outrage à la Nation, le crime de lèse-Président et le blasphème siéent mal à la splendeur et à la grandeur de la peuplade qui l’occupe.

Le rôle et la place du citoyen ne s’arrêtent pas au bureau de vote et un de ses droits les plus importants est de pouvoir manifester son mécontentement et son désaccord. On insulte la France en sifflant l’hymne ? Alors que n’interdit-on pas les manifestations ? N’insulte-t-on pas le suffrage universel, l’expression sacrée de la nation souveraine ? Le citoyen qui siffle un hymne ne représente jamais que lui-même. On nous dit que l’hymne, que le drapeau sont des symboles de la France, qu’ils représentent le pays. Alors, justement, il est bien normal qu’on puisse les critiquer. Il est tout de même naturel que, vivant dans un pays, étant citoyen de ce pays, on puisse dire que ce qui nous représente partout, ce qui nous symbolise ne nous plaît pas. D’autant que dans le cas présent, ce ne sont que des sifflets. Il n’y a pas eu d’insurrection, pas de violences, ni d’appels à la violence. La démocratie et la république qu’on nous vend à longueur de discours et qu’on invoque au moindre problème ont justement cela de grand qu’elles laissent s’exprimer la contradiction et l’opposition, qu’on peut ne pas être d’accord avec et le dire. On aurait le droit de critiquer la représentation nationale, on aurait le droit de critiquer la forme même du régime (on peut être royaliste et demander une restauration ; on peut être bonapartiste ; etc.), mais on n’aurait pas le droit de critiquer les symboles du pays ? D’autant que, selon du côté où l’on se place, il y aurait de quoi. Le 14 juillet, par exemple, n’est jamais qu’une fête monarchique : on fête le 14 juillet 1790, quand Louis XVI « présidait » à la Fête de la Fédération. Alors ils repasseront avec leur République.

Ce qu’on eût aimé, c’est que le gouvernement et le président politisassent les sifflets, au sens premier du terme, et non les fliquassent en promettant d’arrêter les matchs. On est vraiment dans la gaminerie la plus complète : face à un mécontentement, on dit : « Ne le faites plus, sinon, on vous prive de match, et na ! ». Mais en quoi cela met-il fin au mécontentement ? En quoi cela répond-il au problème que soulèvent ceux qui sifflent. Bernard Laporte a été le plus ridicule en demandant soit qu’on joue en province (on s’éloigne du problème), soit qu’on ne joue plus contre des équipes du Maghreb (on cache le problème). Personne, à aucun moment, n’a posé la seule question qui vaille : mais pourquoi sifflent-ils ? Jacques Chirac, en son temps, avait déjà eu une réaction inepte en quittant la tribune. Lui, le Président, le garant des institutions, la plus haute autorité, quand ce qu’il est censé représenter est malmené, il s’en va. Pour le coup, au niveau du symbole, on pète un score. La situation est pourtant d’une simplicité confondante. Il suffit d’écouter les siffleurs, de leur demander d’exprimer clairement leur point de vue. De deux choses l’une : soit ils n’ont rien à dire, ce sont des imbéciles qui sifflent pour s’amuser, pour foutre le bordel, pour se faire remarquer (pour le coup, c’est réussi et ils se fendent la gueule qu’on leur donne autant d’importance) et le problème est réglé. Ce sont des crétins, ils sifflent parce qu’ils n’ont rien trouvé de mieux à faire et on ne va pas punir la bêtise. Soit ils ont quelque chose à dire, ils expriment un mécontentement (fondé ou non), ils ont un discours politique, ils ne se reconnaissent pas dans ce que défend La Marseillaise, ils ne se sentent pas appartenir au pays, ils se sentent rejetés par un pays qu’on leur dit d’aimer plus que tout, auquel cas c’est le plus grand devoir du politique de les écouter, de s’interroger sur la situation, sur son action personnelle et collective et sur la réponse à apporter. Dans tous les cas, tout le monde est gagnant : on dédramatise ou on prend la mesure d’un problème.

La vérité, c’est qu’en faisant de ces sifflets une crise nationale, en mettant ça sur le terrain du patriotisme, le gouvernement cache sa propre médiocrité. Il n’entend pas regarder ni écouter ceux qui souffrent, qui vivent dans des trous à rats, dans des banlieues pourries, quotidiennement catalogués par les media et les politiques comme des dealers, de violeurs, des délinquants, des sauvages, des fainéants, des profiteurs, qui sont la cible privilégiée des contrôles de police (ce qui incite à se sentir chez soi) et qui ont une telle confiance dans l’Etat qu’ils s’en prennent aux pompiers et aux écoles dans leurs accès de violence, une telle confiance en la police qu’ils préfèrent se jeter dans un transformateur que de montrer leurs papiers alors qu’ils n’ont rien à se reprocher. Ni tout blancs, ni tout noirs, mais dans une situation qui va finir par péter à la gueule de tout le monde si on continue à faire appel au patriotisme des vieux cons cocardiers quand La Marseillaise est sifflée, au lieu de regarder les choses en face. Si La Marseillaise a été sifflée, ce n’est pas parce qu’elle est La Marseillaise, c’est parce qu’elle représente un Etat en lequel une bonne partie de la jeunesse française n’a pas confiance et qu’elle finira par ne plus respecter du tout si on continue à lui dire qu’elle n’est pas « saine » et qu’on menace de la mettre en taule du moment qu’elle manifeste un peu de mécontentement. Quant aux politiques, ils préfèrent défendre des abstractions au lieu de défendre des populations qu’ils appellent à voter pour eux ; et bien qu’étant en grande partie responsables de la situation actuelle, ils n’ont même pas la décence d’avoir honte.


Le patriotisme n’est jamais qu’une religion, avec ses prophètes, ses héros, ses légendes et sa mystique. Et comme toute religion, il a ses courants de pensée, ses récits et ses apocryphes. Par exemple, les patriotes français n’ont pas tous la même vision de Jeanne d’Arc, de la bataille de Valmy, de celle de Verdun, ou de l’appel du 18 juin. Comme toute religion, la patriotisme évacue le doute, le questionnement et le jugement personnel. Grâce à Dieu, je ne me demande pas si l’évolution est un fait car je sais, en lisant la Bible, que Darwin se trompe. Grâce au Marché, je sais que l’Etat ne doit pas intervenir dans l’économie. Et grâce à la Nation, je sais que je dois supporter les sportifs français.

Sarah Palin y est même allée de sa petite accusation qui ne mange pas de pain : « Barack Obama fraie avec les terroristes ». Quels terroristes ? Mystère. Tous ? C’est vrai que ça fait du monde. Quant à Colin Powell, il est du dernier risible à se rallier à Obama. Et Obama un peu décevant sur le coup. On aurait aimé qu’il dît : « Quoi quoi ? Colin Powell ? L’imbécile qui nous a ridiculisés et qui a pris l’ONU pour un con en faisant croire qu’il avait des preuves des armes bactériologiques de Saddam Hussein alors qu’il n’agitait qu’un tube d’aspirine ? Le type qui a contribué à nous lancer dans un guerre qui n’avait pas lieu d’être, qui fait des milliers de morts et dont on n’arrive pas à se sortir ? J’en veux pas d’un tocard pareil ». Là, ça aurait eu de la gueule.

Il serait bon qu’on nous dise où commence l’outrage et où finit le respect. En général, je profite des hymnes pour finir la vaisselle ou aller aux toilettes.

Et on ne parlera pas du communiqué du Ministère de la Jeunesse, du Dopage et des Sports qui, bien entendu, précise qu’on est « choqué », mais qui a le défaut ballot d’être daté de la veille du match. Le chargé de com’ n’a pas eu l’idée de changer la date quand on lui a fait rédiger le truc en prévision de la réaction feinte qu’on aurait au moment voulu.

J’ai vu à deux reprises, seulement, un blanc contrôlé par la police à Lyon durant les cinq dernières années. J’étais bien placé, c’était moi. La seconde fois, il y a quelques semaines, j’ai précisé aux policiers que dorénavant je m’habillerai en costume cravate. Ils m’ont demandé pourquoi. Je leur ai répondu qu’ils ne contrôlaient jamais les gens habillés comme ça. Ils n’ont pas trop apprécié. Au vrai, les contrôles de police répondent à de fortes discriminations fondées sur le physique et les vêtements, ce qui est douteux.

Parlant avec éloge des vieux cons cocardiers, Christophe Barbier, sur LCI, nous a bien rappelé, après avoir expliqué qu’il fallait frapper fort en punissant les siffleurs, que la Nation et le patriotisme n’était une valeur de droite puisque ce sont les électeurs communistes (c’est-à-dire personne) qui se sont dits les plus outrés par les sifflets. Argument stupide car les gros néo-nazis d’extrême droite ont du l’être aussi pas mal. Non pas que des gens intelligents ne puissent partager une bonne valeur avec des imbéciles, mais on a du mal à croire qu’un communiste attaché à la Nation soit quelqu’un d’intelligent ; c’est tout du moins quelqu’un qui ne sait pas lire.

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Archimède – La revanche des bactéries

Posté par marrickevin le Lundi, 13 octobre, 2008

La revanche des bactéries
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

« Quand votre médecin vous prescrit des antibiotiques, il vous recommande de continuer le traitement même si vous ne ressentez plus de symptômes et que vous pensez être guéri. Est-ce pour augmenter la fortune de l’industrie pharmaceutique ? Non point, rétorque notre bon professeur Archipi. C’est pour éliminer toutes les bactéries, même celles qui sont moins rapidement détruites par les antibiotiques. Sinon vous risquez de rechuter ou de propager une épidémie. Voici pourquoi :

Le père de la pénicilline, Alexander Fleming avait remarqué, cinq ans après le début des traitements par les antibiotiques, que certaines bactéries devenaient résistantes à la pénicilline et que l’utilisation de doses trop faibles d’antibiotiques laissait subsister les microbes les plus dangereux. Ecoutons Fleming :

- Quand, dans l’organisme, les plus faibles sont détruits, seuls subsistent les plus forts. Ceux-ci n’ont plus de concurrence et prolifèrent, donnant naissance à une population bactérienne résistante. Ces bactéries sont une grave menace car elles peuvent passer d’un patient à l’autre et provoquer une septicémie que la pénicilline ne pourra pas guérir.

- Aujourd’hui le problème est grave, gémit Archipi : un certain nombre d’espèces bactériennes est si résistant que les antibiotiques sont inopérants. Et le danger est manifeste dans les hôpitaux où les microbes sont virulents et nombreux, et les défenses naturelles de l’organisme des malades réduites. Les résistances des bactéries résultent de mutations, des changements de l’A.D.N. qui se révèlent profitables à la bactérie. Dans un premier cas, la mutation modifie l’organe bactérien où sont fabriquées les protéines et l’antibiotique n’en perturbe plus le fonctionnement : la nouvelle bactérie vit et se reproduit normalement. Dans un second cas, à cause de la mutation, la bactérie produit une enzyme qui se fixe sur l’antibiotique et inactive ses possibilités destructrices. Enfin, certaines mutations entraînent la modification des canaux de la membrane et la bactérie ne peut plus être envahie et détruite par les antibiotiques.

Evidemment, les médecins modernes peuvent prescrire plusieurs antibiotiques qui agissent sur diverses fonctions de la cellule bactérienne, à la fois contre ses facultés de reproduction et l’étanchéité de sa membrane par exemple. Il serait bien rare qu’une mutation crée ces deux modifications en même temps, raisonnaient les optimistes. Hélas, en santé humaine, les pessimistes ont souvent raison : on s’est aperçu que les bactéries pouvaient transmettre, par des organismes dénommés plasmides, un type de résistance à une autre bactérie. Ainsi, une bactérie déjà résistante à un type d’antibiotique pourrait devenir résistante à plusieurs.

Il faut donc suivre son traitement jusqu’au bout, termine Archipi, mais ne pas multiplier l’emploi des antibiotiques et ainsi éviter la résistance croissante des bactéries.

Fleming avait raison. »

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Archimède – Zéro

Posté par marrickevin le Lundi, 13 octobre, 2008

Zéro
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

Penser le rien en mathématiques ne va pas de soi. Historique de ce chiffre qui n’en est pas un.

Il existe un ensemble qui ne contient aucun élément : c’est l’ensemble vide. L’ensemble vide est, par exemple, l’ensemble des nombres premiers pairs autres que 2, l’ensemble des cercles carrés, etc. Tout ce que vous dites des éléments de l’ensemble vide est vrai car il ne possède pas d’élément pour lequel cet énoncé pourrait être faux. Le nombre d’éléments de l’ensemble vide est zéro : zéro dénote l’absence. Mais une absence peut être utile.

Lao Tseu a dit : « Trente rayons se partagent le moyeu d’une roue, c’est le trou central qui le rend utile. » « Façonnez un récipient en argile, c’est l’espace intérieur qui le rend utile. » L’humoriste Alexandre Breffort disait de l’absence de son amie Rididine : « Je la connais, allez, et je sais que du moment où elle n’est pas encore là, c’est qu’elle est en retard, et c’est qu’elle vient… » Le vide, l’absence, il a fallu les nommer, ce qui a prêté à confusion : souvenons-nous d’Ulysse qui se faisait appeler Personne par le géant Polyphème.

Le zéro est progressivement apparu dans les systèmes de numération où une quantité limitée de chiffres représente un nombre. Dans ces systèmes, c’est la position du chiffre qui indique sa valeur. Ainsi, pour notre système de numération à base 10, dans le nombre 21, le 2 représente 2×10 et le 1 représente 1. Ce principe de position a été inventé d’abord au IIIe siècle avant notre ère, dans la numération babylonienne en base 60. Chez les babyloniens, un clou représente 1 et deux clous représentent 2 ; le nombre 62 s’écrivait donc par 60 clous suivis de 2 autres clous [(1 x 60) + (2 x 1)]. Une difficulté apparaît quand l’on doit figurer des unités manquantes : comment distinguer 60 et 1 ?

Les hindous, au Ve siècle de notre ère, désignèrent par sunya une absence ; ce n’est qu’au VIe siècle que l’absence est représentée par un petit rond et désigné par le mot bindu, synonyme de « vide ». Avec bindu, les hindous ont un véritable zéro, et connaissent ses propriétés dans l’addition et la multiplication. Le rien avait un statut propre et il était distinct de l’absence.

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Faire travailler plus pour gagner plus

Posté par marrickevin le Dimanche, 12 octobre, 2008

L’économie, finalement, c’est simple. On ennuie une partie des lycéens avec ça, alors que ce n’est pas sorcier. Une partie seulement car les sciences économiques et sociales sont optionnelles au lycée. Une des aberrations du système éducatif français1. Donc, l’économie, c’est très simple : vous réussissez à convaincre les autres que leur argent sera nettement plus en sécurité chez vous que sous leur matelas. De toute façon, ils n’ont pas choix, parce que s’ils veulent palper le fruit de leur dur labeur à la fin du mois, ils doivent avoir un compte ouvert chez vous. Eux, après réflexion, ils se disent que ce n’est pas forcément une mauvaise idée, car on ne sait jamais ce qui peut arriver, et puis ce n’est pas prudent de garder tout ça chez soi. Ensuite, avec cet argent, vous vous fendez la gueule. Vous placez, vous achetez, vous investissez. Dans tous les cas, vous êtes gagnant. Si ça marche, ça marche, donc c’est réglé. Si ça ne marche pas, vous vous écriez : « Ah mais non ! » et là, l’Etat, grand seigneur, vous renfloue plein pot avec l’autre argent de ceux que vous avez plumés (celui qui n’est pas chez vous, mais chez l’Etat). Il se débrouillera après l’Etat. Il trouvera bien un François Fillon pour déclarer sans rire qu’il est « à la tête d’un Etat en faillite » alors qu’il n’est que Premier Ministre et que ce sont ses potes qui le gèrent depuis cinq ans l’Etat ; et un Eric Woerth pour faire la leçon à tout le monde en disant que chaque Français a une dette de tant de milliers d’euros et que chaque Français est un gros salaud qui ne pense pas à l’avenir de ses enfants. Faut dire que le Français est con : il dépense l’aumône qu’on veut bien lui faire à la fin de chaque mois pour payer sa bouffe, son loyer, ses fringues et les études du petit dernier, au lieu d’économiser pour rembourser la fameuse dette2. Simple comme bonjour l’économie : jouer avec l’argent des autres et se faire rembourser par ceux qu’on a ruinés.

Le système économique actuel est merveilleux car rien ne peut l’atteindre dans la mesure où ceux qui peuvent en souffrir sont les mêmes que ceux qui garantissent sa pérennité. C’est Germinal plein but : faudrait refaire les boiseries, mais si on prend le temps de les refaire, on extrait moins de minerai, donc on gagne moins. Sauf que si on ne refait pas les boiseries, on prend tout sur la tête, et de toutes façons, d’autres viendront après nous pour creuser à notre place. Donc on refait les boiseries. Pendant ce temps, le propriétaire de la mine se gave vu que vous êtes payés au rendement : d’accord, en refaisant les boiseries, vous sortez moins de charbon, donc il en vend moins, donc il gagne moins. Mais, d’une part, il vous paie moins puisque vous ne sortez pas de charbon. D’autre part, il ne perd rien puisque le charbon y est toujours, dans la mine, qu’on en a forcément besoin quelque part et qu’il y aura toujours quelqu’un pour l’acheter. Et comme il s’est bien engraissé sur votre dos, il peut attendre un petit peu que les boiseries soient refaites, il a bien du stock à vendre. Et puis, vous, vous avez bien un estomac à remplir (voire plusieurs), alors, tôt ou tard, vous finirez bien pour l’extraire le putain de charbon dont vous voyez la couleur mais pas l’argent. Et quand bien même vous protesteriez, quand bien même vous oseriez avoir l’outrecuidance de vous plaindre, de faire grève, quand bien même certains d’entre vous gueuleriez parce qu’au chômage, il reste la solution extérieure pour résoudre le problème. Dans Germinal, ce sont des Belges qu’on va chercher. Vous voulez faire grève ? Allez-y, mais on vous remplace par des Belges. Si bien qu’au lieu de cogner sur le responsable, vous finissez par cogner sur celui qui est dans la même panade que vous. Et vas-y que je t’en écris des Germinal et des Raisins de la colère.

Il ne marche pas le système économique dans lequel nous vivons. Tout le monde le sait. Tout le monde le constate chaque jour. Produit-il la fameuse croissance (laquelle est plus un dogme, une sorte de lubie et de croyance mystique qu’autre chose) ? Non. Anéantit-il la pauvreté, la faim dans le monde, la misère culturelle, le malheur ? Pas plus. Assure-t-il sa propre survie ? Encore moins. Le système fondé sur l’économie de marché, sur la bourse, sur le libéralisme et sur le capitalisme est une impasse qui l’a prouvé de lui-même à plusieurs reprises. A preuve : si l’on en écoute les grands défenseurs (d’Adam Smith à Raymond Barre3), qu’ils prônent le respect des cinq conditions de la « concurrence pure et parfaite », ou qu’ils s’appuient sur l’idée de « main invisible », rien ne doit venir troubler le fonctionnement de l’économie et du marché qui s’en sortent très bien tout seuls4. Or, c’est bien ce qui s’est passé : on a laissé les bourses s’amuser, on a laissé les traders échanger à qui mieux-mieux, on a laissé les banquiers faire toutes les opérations qu’ils voulaient. On n’a rien troublé. Et voilà que tout part en quenouille. Et que font-ils les apôtres du Dieu Marché ? Ils viennent pleurer auprès des Etats pour qu’on leur donne un coup de main (ou ils se ruent chez les psychologues, comme les boursicoteurs de la City de Londres qui envahissent les cabinets depuis deux semaines ; pauvres biquettes). Ceux-là mêmes qui demandaient aux Etats de leur foutre la paix car c’était le seul moyen de faire fonctionner le tout viennent maintenant dire : « On a merdé, c’est n’importe quoi, aidez-nous ou tout va s’écrouler ». Comme on ne peut pas vraiment faire autrement, on renfloue le tout, et c’est reparti comme en 29. Parce qu’il y a ça aussi : si c’était la première fois, on dirait : « Bon, on n’avait pas prévu le coup, on va faire gaffe maintenant ». Mais pas du tout en fait ; on va recommencer, comme après chaque krach. On va repartir dans le même délire suicidaire. Et si la crise devient vraiment sérieuse, on fera comme dans Germinal : on utilisera la solution extérieure. Sauf que cette fois, les Belges seront joués par les Chinois.

On a beau jeu de se foutre de la gueule des Américains, sous prétexte qu’ils vivent dans un pays où les crédits remboursent les crédits qui remboursent les hypothèques qui remboursent les emprunts qui remboursent les prêts, qu’on se retrouve avec un nombre de pauvres hallucinant et des rues vides parce que les habitants ont dû quitter leur maison car ne pouvant plus payer. C’est vrai, quels cons. N’empêche. Qu’est-ce qu’on a en France depuis quelques années ? Devant les problèmes de « pouvoir d’achat », il y a eu deux réponses. D’une part le fameux « Travailler plus » qui est une esbroufe monumentale, qui n’a pas de sens économiquement parlant, et qui est contredit par l’exemple américain, justement, dans lequel certaines personnes cumulent deux voire trois emplois sans pour autant rouler sur l’or. En prônant le « Travailler plus », Sarkozy dévalorise la « valeur travail » puisqu’il reconnaît de fait qu’une personne travaillant convenablement et à plein temps ne peut pas gagner assez sans faire des heures supplémentaires. D’autre part, il y a le tout crédit. Le permis de conduire est trop cher ? Crédit. Les ordinateurs sont trop chers ? Crédit. Le permis de conduire et l’ordinateur à un euro sont l’exemple type du plumage de pauvres. Vous n’avez de quoi payer ? Bien, alors voilà, vous contractez un crédit à un taux impossible et vous remboursez en payant un euro par jour jusqu’à la somme totale et les intérêts. Au final, vous êtes plus pauvres qu’avant, l’Etat n’a pas moufté pour vous et les banques empochent. Plus c’est gros, plus ça passe. Où voit-on un gouvernement qui s’occupe d’enrichir les banques sans chercher à en tirer le moindre avantage ? Où voit-on des mesures qui ne profitent à personne si ce n’est à ceux qui ne risquent rien ? Parce que si le crédit représentait un moindre risque pour les banques, elles auraient arrêté depuis longtemps. Sans compter qu’elles s’enrichissent en prêtant l’argent des autres. On devrait réclamer notre part, notre pourcentage d’intérêt sur chaque crédit et prêt accordés par les banques. Elles risquent notre argent, si ça marche, elles ramassent le tout, et si ça rate, c’est l’Etat (donc nous) qui renfloue. Encore mieux, Sarkozy et ses sbires n’étant plus à une provocation près : hausse des loyers ? pas assez de logement social ? Pas grave, on va faciliter l’accès à la propriété, par le crédit bien sûr. Travaille plus, contracte un crédit, fais tout ce qui peut réduire un peu plus ta liberté. Avec cette marotte de l’accession à la propriété, ce sont les banques qu’on caresse dans le bon sens et auxquelles on donne un blanc seing pour siphonner l’épargne.

Les banques ont trouvé autre chose, parce que le crédit immobilier, ça n’est plus tendance5. On va désormais passer au crédit alimentaire. A des taux incroyables (le taux d’usure maximum autorisé est compris entre 20 et 21 %, alors il y a de quoi faire), on pourra acheter tomates et pâtes à crédit. Jusqu’à ne plus pouvoir payer. Mais heureusement, grâce au mécanisme de faillite personnelle, la collectivité viendra éponger tout ça et rembourser la banque. Encourager l’endettement a ce sublime avantage de maintenir l’endetté dans la dépendance. Il ne va pas déménager, il ne va pas trop faire grève et encore moins dire merde à son patron (de toute façon, vu le taux de chômage, il n’a pas trop intérêt). Les banques s’enrichissent et remercient l’Etat. Vive la crise !

Pour couronner le tout, Bernard Acoyer sort de son chapeau une grande idée : un emprunt d’Etat assorti d’une amnistie fiscale pour ceux qui ont quitté le pays pour ne pas payer d’impôts. Vous avez planqué votre argent en Suisse, les autres ont payé très justement leurs impôts tandis que vous comptiez vos sous, revenez avec le tout, donnez-le à l’Etat qui vous le remboursera avec intérêts et ne vous réclamera pas les impôts passés. Bingo ! On y est. Ce n’est pas le petit contribuable, bien inquiété par la crise, qui va souscrire à l’emprunt d’Etat (si tant est qu’il puisse le faire), donc il n’y gagnera rien. Alors que ceux déjà bien engraissés pourront s’engraisser un peu plus au frais de la princesse. D’une part, vous n’avez pas payé vos impôts ; d’autre part, votre argent ne sert pas à renflouer les banques qui ont volé ceux qui ont payé les leurs ; enfin vous vous transformez vous-même en banque en prêtant à l’Etat qui vous remboursera avec intérêts, en partie sur les impôts des autres. A se demander pour qui roule le gouvernement. Revient alors en mémoire la réflexion que faisait Julien Benda dans La Revue Blanche à propos de l’amnistie votée en faveur des généraux pendant l’affaire Dreyfus : Depuis des années, on nous répète qu’ils sont insoupçonnables ; et maintenant, on s’empresse de les amnistier d’avance.


1 Préparez-vous à en constater d’autres. Darcos, le nullard grenouille de bénitier à la tête du ministère le plus important du pays (puisque tout le monde passe entre ses mains), ne va pas tarder à nous sortir une énième réforme. Au programme : les mathématiques et l’histoire-géographie en option à partir de la première. D’un côté, enseigner la Shoah à des gosses de 10 ans qui n’y comprennent rien et qui ont bien mieux à faire à un âge où il est important de s’amuser et de découvrir ; de l’autre, supprimer l’histoire-géographie pour ceux à peu près en âge de comprendre et de réfléchir dessus. Autre chose prévue dans la réforme en question : réduire le nombre d’heures de cours aux collège et lycée. Le fait est que pour réduire l’échec scolaire et les inégalités sociales, on n’a rien trouvé de mieux que des emplois du temps chargés. Parce que forcément, le temps que les élèves passent à travailler à l’école, ils ne le passent pas à rien foutre dehors, ce qui est nettement profitable aux catégories les plus défavorisées et dont le bagage culturel familial est le moins large.

2 Cela dit, il ne faut pas non plus absoudre le Français qui reste quand même une espèce capable de voter pour un type qui explique que la solution est de travailler plus alors qu’il y a deux millions et demi de chômeurs. C’est donc le « Travailler plus pour gagner plus » de Sarkozy. En termes normaux, après traduction, ça veut dire : « Entretuez-vous ».

3 Le grand économiste Raymond Barre, qui a prouvé ses compétences à maintes reprises lorsqu’il était (Premier) Ministre, a l’honneur, en tant qu’ancien maire de Lyon, d’avoir depuis le 18 septembre une belle esplanade à son nom à la Cité Internationale, laquelle a été inaugurée par les socialistes Gérard Collomb (maire de Lyon) et Jean-Jack Queyranne (Président de la région Rhône-Alpes). On remercie ces deux personnages de se soucier à un tel point de la vie associative de la capitale des Gaules et d’offrir enfin un lieu officiel de rassemblement aux antisémites lyonnais.

4 Les théories économiques capitalistes et/ou libérales ont un côté mystique, voire religieux, assez frappant (la religion de Dieu remplacée ou aidée par celle de l’argent). Les expressions de « main invisible » ou de « concurrence pure et parfaite » en témoignent. Tout comme ceux qui nous bassinent avec le marché : le marché se porte bien, le marché est inquiet, le marché craint une hausse des taux de crédit, etc. Pour peu, l’on croirait que le marché est vivant, que c’est un être qui existe. Et comme les libéraux nous disent que le marché est au-dessus de tout, qu’il ne faut pas y toucher, c’est donc qu’il est un être suprême. De même, les successifs dirigeants du CNPF et du MEDEF ne savent nous dire que : « Pour que l’entreprise aille bien… », « L’entreprise exige que… », « Il faut pour l’entreprise que… ». Depuis qu’on nous en parle, on aimerait bien la rencontrer l’entreprise, ça doit vraiment être une personne très importante. L’entreprise, ce n’est jamais que les types qui y bossent, et donc qui la font. Aux dernières nouvelles, ce sont les travailleurs qui font vivre les patrons, et non l’inverse.

5 Encore que, certains préconisent d’introduire en France le crédit hypothécaire qui vient justement de retourner l’économie américaine qui n’avait pas besoin de ça.

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