La vérité sur l’affaire Pétain – Le Maréchal et l’Action Française
Posté par marrickevin le Dimanche, 17 août, 2008
Il se passe, en juillet 1940, quelque chose dont on aurait tort de sous-estimer l’importance et que les déclarations de M. Maurras, lors de son procès, souligneront utilement : l’armée trouve enfin contre la République la revanche de l’affaire Dreyfus. Un peu imprudemment, le colonel Alerme, dans son ouvrage, note que ce qu’il appelle « la belle époque de notre armée » prit fin en 1895. La « belle époque » était revenue ; les militaires étaient nommés à de grandes charges ; un militaire était chef de l’Etat ; l’incident de la défaite avait en somme d’agréables compensations. Nous avons vu l’état d’esprit, quant à la guerre contre le Reich hitlérien, d’une bonne partie des officiers ; l’armée française, en juillet 1940, offrait à de nombreux exemplaires le type du battu goguenard dont parlera M. de Montherlant. Ajoutons-y les incapables glorieux. Ceux-ci perdaient même légèrement la tête, oubliant les égards dus aux circonstances. Le maréchal Pétain n’osera pas suivre le général Weygand dans sa proposition (août 1940) de maintenir en service actif, sans limite d’âge, tous les généraux ayant commandé des armées – comme s’il s’agissait d’une vaste liesse consécutive à un triomphe. Sur la place de Jaude, à Clermont-Ferrand, les généraux se décernaient mutuellement des décorations ; « cela se passait devant un public clairsemé et surpris, qui avait cru que les généraux avaient perdu la guerre ».
Avec l’armée, L’Action Française – les deux groupes se recouvrant d’ailleurs sur une partie de leur surface, car le journal de M. Maurras était fort lu des officiers, et spécialement dans la marine. « La France, écrivait René Benjamin, possède deux grands hommes : Philippe Pétain et Charles Maurras ; l’un est la force de la pensée ; l’autre est la force de l’action ; cette pensée maurassienne depuis vingt ans tout ce qui a préparé l’Europe s’en est inspiré ; il suffit de dire Mussolini, Salazar, Franco pour en voir les effets ; Pétain au pouvoir couronne la pensée de Maurras ». Mais le roi ? Certes, le maréchal Pétain semble peu pressé de céder sa place au descendant des Capétiens ; il a même désigné un « dauphin » [Laval] mal ressemblant au fils de Saint-Louis. Néanmoins, théoriquement, il souhaite le retour de la France au principe de l’hérédité monarchique, et le général Laure, son confident, nous le montre, en 1941, occupé à forger « les premiers anneaux de la chaîne qui rattachera la France à son passé ». M. Maurras ne lui en demande pas davantage. Il n’a jamais beaucoup souhaité la réalisation concrète de l’article de son programme qui concerne la Restauration, et le comte de Paris, même opportunément radouci à son égard, le satisfait peu, l’inquiéterait plutôt. Au reste, M. Benjamin « croi[t] pouvoir dire, sans sacrilège, qu’il [Maurras] n’en est pas à un pape ou à un roi près ». Ce qui est, sous Pétain, est très bien ainsi. Quand M. Maurras voit le Maréchal, il est « en transes », « enflammé », « aux anges » ; « lui qui depuis trente ans appelle le souverain », il l’a « rencontré » enfin ! Aussi est-il acharné contre les « dissidents ». Que veut se M. de Gaulle avec ses sottises ? Il irait, si l’on n’y veillait, à mettre en péril le triomphe obtenu : la République abattue et les « honnêtes » gens au pouvoir ; « mettons le pays en garde contre toutes les diversions », s’écrie M. Ch. Maurras ; « politique d’abord ». Et quand il revient sur le compte du chef de la France combattante, c’est avec un « regard d’horreur » pour ce « traître » ; « l’ancien client de Paul Reynaud se montre digne de son patron » ; les gaullistes sont « les volontaires de l’empire juif universel ».
Car M. Maurras est un de ceux qui depuis longtemps réclament l’épuration raciale ; et M. Benjamin dit leur fait aux gens qui font les délicats devant ce grand acte du Maréchal, « les Juifs chassés » ; ces opposants, chrétiens et autres, sont des « malheureux, gâtés jusqu’à la moelle » et qui ont « dans le sang plusieurs siècles de sensiblerie ». Ce n’est pas qu’on chérisse l’Allemagne, du côté de MM. Pétain, Maurras et Benjamin : on se donne toujours, et plus que jamais, pour de « bons Français » détestant les « Boches ». Mais enfin, il faut reconnaître d’une part que l’Allemagne hitlérienne, en terminant comme il convenait cette guerre déclarée « sur l’initiative des démocraties », a rendu aux « idées d’ordre » un incomparable service – et que d’autre part, si la Wehrmacht est un peu gênante, la Gestapo est assez commode pour aider les gens de bien à se débarrasser des « séditieux », « terroristes », et autres fortes têtes qui mésestiment L’Action Française. Après l’entrevue de Montoire, M. Maurras emploiera deux grands articles de son journal (1er et 3 novembre 1940) à convaincre ses abonnés, dont quelques-uns s’étonnent tout de même, qu’il faut suivre le Maréchal les yeux fermés : « Multiplions, dit-il, les efforts pour ramasser autour de lui le plus grand nombre possible de bons citoyens, créer une atmosphère de confiance absolue ». Le périodique axiste Le Mois suisse déclarera, par la plume de M. Gentizon : « Les meilleurs cadres de la milice ont été et sont encore d’Action Française ».
Extrait de Henri Guillemin, La vérité sur l’affaire Pétain, Utovie, 1996 (Collection H.G.), p. 181-186.
Michel Alerme, Les causes militaires de notre défaite, Paris, 1940, p. 36.
Le Solstice de juin, 1941, p. 138.
V. Vinde, La fin d’une grande puissance ? Marguerat éd., p. 161.
Le groupe d’Action Française retrouvait avec bonheur un climat de Restauration : les circonstances, en effet, avaient de grandes similitudes ; citons à ce propos ces lignes de Lamennais (10 août 1815), à propos de Louis XVIII : « monarque qu’ils [les envahisseurs] nous ont rapporté sur leurs sanglantes baïonnettes. Cet homme désormais ne peut plus être vu de la nation que comme l’instrument, ou le prétexte, de sa honte et de ses malheurs. L’acte de son rétablissement a été signé avec le sang français (…). Une armée étrangère peut seule le maintenir sur son trône ; et si cette armée reste en France, si le pillage régulièrement organisé continue (…), nous n’avons qu’un exemple à suivre : l’insurrection ; car il n’y a point de maux pour un peuple qui ne soient préférables à la perte de l’honneur et de l’indépendance ».
René Benjamin, L’homme à la recherche de son âme, p. 303.
René Benjamin, op. cit., p. 293.
René Benjamin, Le grand homme seul, p. 46-47. On lira avec sympathie ce paragraphe du même ouvrage (p. 42) : « Dès qu’il vit Maurras, il [Pétain] se leva. Maurras s’élança, mit sa main dans celle du Maréchal et se releva radieux. Et les yeux de ces deux hommes croisèrent leurs feux. Ce furent deux éclairs ; je crois les voir encore ; la lumière du respect, la flamme de l’admiration (…). Maurras eut envie de s’écrier : “Sauveur, ô sauveur magnifique !”
Charles Maurras, La seule France, p. 29.
Ibid., p. 115, 117, 126 et 130.
Il importe de noter que les conventions d’armistice ne prévoyaient aucune mesure contre les juifs. L’antisémitisme du gouvernement Pétain releva donc de la propre initiative du Maréchal, à l’instigation de M. Maurras et des siens. Le 11 mai 1942, M. Darquier de Pellepoix déclarera à la presse : « Les Français doivent se rendre compte que le principal responsable de leurs misères actuelles est le Juif »
René Benjamin, Les sept étoiles, p. 4.