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Archive de 17 août 2008

C’est pas moi qui le dis – Dernier épisode

Posté par marrickevin le Dimanche, 17 août, 2008

Phrases authentiques, datant du 7 août 2008 et des jours précédents…

“Soljenitsine, c’était un peu le Dante de notre époque. Il fut autant que les Etats-Unis et le Vatican l’un des responsables de la débâcle du communisme” – Bernard-Henri Lévy, après l’annonce du décès de l’écrivain. Débâcle du communisme ? Cubains, Nord-Coréens et Chinois seront ravis d’apprendre la nouvelle. A mon sens, et au sens de l’histoire, la vraie, le principal artisan de la débâcle de l’URSS, c’est l’URSS elle-même (et, surtout, Gorbatchev dont le rôle a été immense à côté des minables Jean-Paul II et Reagan (que ses parents auraient mieux fait d’appeler Donald ; mauvais acteur, mauvais président, mauvais souvenir). Je ne suis pas persuadé, au reste, qu’un livre, aussi brillant soit-il (je n’ai rien lu de Soljenitsine) puisse changer grand’chose. Si c’était le cas, avec tout ce qui s’écrit, on aurait tout connu, toutes les expériences politiques possibles. Rien ne change jamais rien que le malheur et la violence. C’est quand le malheur et/ou la violence que l’on subit devien(en)t trop insupportable(s) que cela change (quand le changement est populaire, s’entend). Les Russes et les peuples vivant dans l’aire soviétique n’ont pas attendu Soljenitsine pour détester ce qu’était l’URSS, pour en avoir marre de la pauvreté, des humiliations, de la violence, des camps de travail. Il n’a du reste jamais représenté le moindre espoir pour eux, à la différence d’un Gandhi en Inde, d’un Mandela en Afrique du Sud ou d’un Luther King aux Etats-Unis. Ensuite, écrire contre les camps, contre le goulag, c’est une chose. N’en reste pas moins que Soljenitsine n’écrivait pas par passion de la liberté, par amour de la cause des pauvres gens, mais par haine du “communisme” (on lirait un peu plus Marx, on dirait moins que l’URSS était communiste) et de la gauche. C’était un peu le Voltaire russe. Voltaire n’a jamais attaqué l’Eglise par amour de la liberté et de la tolérance, mais par détestation de l’institution religieuse. Il se moquait pas mal des moyens à employer, du moment qu’on arrivait à sa destruction. Au final, Soljenitsine s’est révélé être un pur nationaliste, abruti par la religion, obsédé par le maintien des hiérarchies sociales et l’ordre moral. Accueilli par les Etats-Unis, il a aussi critiqué leur système politique et économique dans leur ensemble. Même détestation du capitalisme et du communisme, la ritournelle est connue, c’est celle de l’extrême droite la plus caricaturale. Le sieur était un grand pote de Philippe de Villiers, lequel l’avait invité au début des années 1990 pour inaugurer un monument à la gloire des Vendéens qui s’étaient soulevés contre la Révolution. Pas de changements, le pouvoir est fort, les puissants commandent, les autres la ferment (“Un pays bien organisé est celui où le petit nombre fait travailler le grand, est nourri par lui et le gouverne”, comme disait Voltaire). Au cours de cette inauguration, le père Soljenistine y était allé de son couplet contre-révolutionnaire et avait dénoncé la devise “Liberté, égalité, fraternité”. Tiens, fume, c’est du héros de l’humanité. Et puis, tout de même, on ne l’a pas attendu pour dire du mal du goulag et de l’horreur de l’URSS. On pouvait lire, par exemple, en 1923 : “L’appareil d’Etat soviétique n’est en somme que l’appareil d’Etat tsariste à peine repeint. Les choses chez nous, avec l’appareil d’Etat tel qu’il est, sont tristes, pour ne pas dire répugnates”, dans un article de La Pravda, signé Lénine.

“Il se heurte à une certaine incompréhension” – Entendu pendant le journal de 20 h de France 2, vendredi 1er août, à propos de Michelito, torrero de 10 ans, interdit de corrida par le sous-préfet d’Arles. Pour des raisons obscures, le service public s’obstine à nous passer, depuis des années, dans ses journaux, des images de corridas, ainsi que des reportages la glorifiant. Mais, là, tout de même, c’est énorme. De toute façon, on ne voit pas pourquoi on discute : la loi interdit en France la présence de personnes de moins de 16 ans durant les corridas. Torrero ou spectateur, à dix ans, il reste à la porte, et c’est réglé. Le sous-préfet n’a même pas de décision à prendre. Il lui suffit d’envoyer les flics à la sortie de la représentation. Cela dit, il est vrai qu’il existe une certaine incompréhension : comment peut-on être assez taré pour inscrire son gosse dans une école de tauromachie ? Enfin, tout de même, comment peut-on croire que c’est une activité pour un enfant ? Je suis contre la peine de mort, mais quand je vois la guillotine et des cons pareils, je suis du côté de la guillotine. Certains sont visiblement trop bêtes pour s’apercevoir qu’ils méritent moins de vivre que le taureau qu’ils regardent se faire occire.

“Nous sommes face à un phénomène majeur qui peut mettre en péril l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel” – Frédéric Delacroix, délégué de l’Association de Lutte contre la Piraterie Audiovisuelle. Il nous alertait sur le fait qu’il y a, chaque jour, en France autant de films téléchargés que d’entrées au cinéma. Le truc, c’est que le film le plus téléchargé est “Bienvenue chez les Ch’tis” dont les entrées ont été plus que correctes (pas loin de 20 millions). En général, les films sont téléchargés à hauteur de leur succès. Pourtant, ni la fréquentation des salles, ni les ventes de DVD ne baissent. Il y a donc visiblement plusieurs marchés ; plusieurs populations aussi. Ils s’étonnent que les gens n’aillent pas plus au cinéma ? A cela, deux bonnes raisons à mes yeux. 1. Vous avez vu ce qui sort ? Je vais payer une entrée pour voir “Bienvenue chez les Ch’tis” ? Pour voir le dernier Woody Allen ? Pour voir un film chiant comme en pond le cinéma français (traduction en termes de critiques : “peinture sociale”, “miroir de la réalité” ; bande de buses ! si je veux voir une peinture sociale, je sors dans la rue. C’est quoi ce cinéma à la con qui veut nous montrer “la vraie vie”, les petits tracas de nos existences ? On les connaît : on les vit. On n’a pas besoin du cinéma ni des chansons de Bénabar pour les avoir sous les yeux). Peu importe la qualité de ces films (Woody Allen, c’est très très bien), leur intérêt, ils n’utilisent pas l’outil, ils ne sont pas un spectacle, ils ne jouent pas sur le noir de la salle, sur l’ambiance du cinéma, ils ne jouent pas sur l’immersion. “There will be blood” ou “Into the wild”, pour prendre des titres récents, ça c’est du cinéma. C’est un spectacle, c’est artistique. C’est pas trois types dans une cuisine qui discutent. 2. Prenons une famille. Un couple, deux enfants. Montant de la séance à Lyon : entre 25 et 35 euros. Le choix est vite fait.

“Alors, ce reptile, est-ce que c’était un mammifère ?” – Entendu sur Europe 1 de la part d’une journaliste qui posait cette question à un membre d’une équipe de scientifiques venant de découvrir en Afrique un fossile de reptile vieux de 250 millions d’années.

“Hey, bouge ton cul, connard !” – Entendu rue Garibaldi à Lyon, mardi 5 août, provrenant d’une voiture de police en direction de la voiture d’un gars qui tardait à démarrer au feu vert. Si ça se trouve, c’étaient les mêmes que ceux qui, à Villeurbanne, ont volontairement accéléré alors que je traversais la route (avec le bonhomme au vert), m’obligeant à courir pour ne pas finir sous les roues de la voiture, et qui m’ont ensuite salué d’un très civique et amical bras d’honneur.

“Des scientifiques ont identifié le plus petit serpent du monde, un reptile de 10 cm de long, aussi fin qu’un spaghetti, découvert sous une pierre de l’île de la Barbade. La nouvelle espèce, appelée Leptotyphlops carlae, est plus petite que le 3 100 autres recensés jusqu’à maintenant” – Premières lignes d’un article du Monde sur la découverte en question. Mon latin me fait peut-être défaut, mais traduit en français, le nom de la bestiole n’est-il pas : “Le disque de Carla Bruni ne marche pas” ?

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La vérité sur l’affaire Pétain – Le Maréchal et l’Action Française

Posté par marrickevin le Dimanche, 17 août, 2008

Il se passe, en juillet 1940, quelque chose dont on aurait tort de sous-estimer l’importance et que les déclarations de M. Maurras, lors de son procès, souligneront utilement : l’armée trouve enfin contre la République la revanche de l’affaire Dreyfus. Un peu imprudemment, le colonel Alerme, dans son ouvrage, note que ce qu’il appelle « la belle époque de notre armée » prit fin en 1895. La « belle époque » était revenue ; les militaires étaient nommés à de grandes charges ; un militaire était chef de l’Etat ; l’incident de la défaite avait en somme d’agréables compensations. Nous avons vu l’état d’esprit, quant à la guerre contre le Reich hitlérien, d’une bonne partie des officiers ; l’armée française, en juillet 1940, offrait à de nombreux exemplaires le type du battu goguenard dont parlera M. de Montherlant. Ajoutons-y les incapables glorieux. Ceux-ci perdaient même légèrement la tête, oubliant les égards dus aux circonstances. Le maréchal Pétain n’osera pas suivre le général Weygand dans sa proposition (août 1940) de maintenir en service actif, sans limite d’âge, tous les généraux ayant commandé des armées – comme s’il s’agissait d’une vaste liesse consécutive à un triomphe. Sur la place de Jaude, à Clermont-Ferrand, les généraux se décernaient mutuellement des décorations ; « cela se passait devant un public clairsemé et surpris, qui avait cru que les généraux avaient perdu la guerre ».

Avec l’armée, L’Action Française – les deux groupes se recouvrant d’ailleurs sur une partie de leur surface, car le journal de M. Maurras était fort lu des officiers, et spécialement dans la marine. « La France, écrivait René Benjamin, possède deux grands hommes : Philippe Pétain et Charles Maurras ; l’un est la force de la pensée ; l’autre est la force de l’action ; cette pensée maurassienne depuis vingt ans tout ce qui a préparé l’Europe s’en est inspiré ; il suffit de dire Mussolini, Salazar, Franco pour en voir les effets ; Pétain au pouvoir couronne la pensée de Maurras ». Mais le roi ? Certes, le maréchal Pétain semble peu pressé de céder sa place au descendant des Capétiens ; il a même désigné un « dauphin » [Laval] mal ressemblant au fils de Saint-Louis. Néanmoins, théoriquement, il souhaite le retour de la France au principe de l’hérédité monarchique, et le général Laure, son confident, nous le montre, en 1941, occupé à forger « les premiers anneaux de la chaîne qui rattachera la France à son passé ». M. Maurras ne lui en demande pas davantage. Il n’a jamais beaucoup souhaité la réalisation concrète de l’article de son programme qui concerne la Restauration, et le comte de Paris, même opportunément radouci à son égard, le satisfait peu, l’inquiéterait plutôt. Au reste, M. Benjamin « croi[t] pouvoir dire, sans sacrilège, qu’il [Maurras] n’en est pas à un pape ou à un roi près ». Ce qui est, sous Pétain, est très bien ainsi. Quand M. Maurras voit le Maréchal, il est « en transes », « enflammé », « aux anges » ; « lui qui depuis trente ans appelle le souverain », il l’a « rencontré » enfin ! Aussi est-il acharné contre les « dissidents ». Que veut se M. de Gaulle avec ses sottises ? Il irait, si l’on n’y veillait, à mettre en péril le triomphe obtenu : la République abattue et les « honnêtes » gens au pouvoir ; « mettons le pays en garde contre toutes les diversions », s’écrie M. Ch. Maurras ; « politique d’abord ». Et quand il revient sur le compte du chef de la France combattante, c’est avec un « regard d’horreur » pour ce « traître » ; « l’ancien client de Paul Reynaud se montre digne de son patron » ; les gaullistes sont « les volontaires de l’empire juif universel ».

Car M. Maurras est un de ceux qui depuis longtemps réclament l’épuration raciale ; et M. Benjamin dit leur fait aux gens qui font les délicats devant ce grand acte du Maréchal, « les Juifs chassés » ; ces opposants, chrétiens et autres, sont des « malheureux, gâtés jusqu’à la moelle » et qui ont « dans le sang plusieurs siècles de sensiblerie ». Ce n’est pas qu’on chérisse l’Allemagne, du côté de MM. Pétain, Maurras et Benjamin : on se donne toujours, et plus que jamais, pour de « bons Français » détestant les « Boches ». Mais enfin, il faut reconnaître d’une part que l’Allemagne hitlérienne, en terminant comme il convenait cette guerre déclarée « sur l’initiative des démocraties », a rendu aux « idées d’ordre » un incomparable service – et que d’autre part, si la Wehrmacht est un peu gênante, la Gestapo est assez commode pour aider les gens de bien à se débarrasser des « séditieux », « terroristes », et autres fortes têtes qui mésestiment L’Action Française. Après l’entrevue de Montoire, M. Maurras emploiera deux grands articles de son journal (1er et 3 novembre 1940) à convaincre ses abonnés, dont quelques-uns s’étonnent tout de même, qu’il faut suivre le Maréchal les yeux fermés : « Multiplions, dit-il, les efforts pour ramasser autour de lui le plus grand nombre possible de bons citoyens, créer une atmosphère de confiance absolue ». Le périodique axiste Le Mois suisse déclarera, par la plume de M. Gentizon : « Les meilleurs cadres de la milice ont été et sont encore d’Action Française ».

Extrait de Henri Guillemin, La vérité sur l’affaire Pétain, Utovie, 1996 (Collection H.G.), p. 181-186.


Michel Alerme, Les causes militaires de notre défaite, Paris, 1940, p. 36.

Le Solstice de juin, 1941, p. 138.

V. Vinde, La fin d’une grande puissance ? Marguerat éd., p. 161.

Le groupe d’Action Française retrouvait avec bonheur un climat de Restauration : les circonstances, en effet, avaient de grandes similitudes ; citons à ce propos ces lignes de Lamennais (10 août 1815), à propos de Louis XVIII : « monarque qu’ils [les envahisseurs] nous ont rapporté sur leurs sanglantes baïonnettes. Cet homme désormais ne peut plus être vu de la nation que comme l’instrument, ou le prétexte, de sa honte et de ses malheurs. L’acte de son rétablissement a été signé avec le sang français (…). Une armée étrangère peut seule le maintenir sur son trône ; et si cette armée reste en France, si le pillage régulièrement organisé continue (…), nous n’avons qu’un exemple à suivre : l’insurrection ; car il n’y a point de maux pour un peuple qui ne soient préférables à la perte de l’honneur et de l’indépendance ».

René Benjamin, L’homme à la recherche de son âme, p. 303.

Laure, Pétain, p . 437.

René Benjamin, op. cit., p. 293.

René Benjamin, Le grand homme seul, p. 46-47. On lira avec sympathie ce paragraphe du même ouvrage (p. 42) : « Dès qu’il vit Maurras, il [Pétain] se leva. Maurras s’élança, mit sa main dans celle du Maréchal et se releva radieux. Et les yeux de ces deux hommes croisèrent leurs feux. Ce furent deux éclairs ; je crois les voir encore ; la lumière du respect, la flamme de l’admiration (…). Maurras eut envie de s’écrier : “Sauveur, ô sauveur magnifique !”

Charles Maurras, La seule France, p. 29.

Ibid., p. 115, 117, 126 et 130.

Il importe de noter que les conventions d’armistice ne prévoyaient aucune mesure contre les juifs. L’antisémitisme du gouvernement Pétain releva donc de la propre initiative du Maréchal, à l’instigation de M. Maurras et des siens. Le 11 mai 1942, M. Darquier de Pellepoix déclarera à la presse : « Les Français doivent se rendre compte que le principal responsable de leurs misères actuelles est le Juif »

René Benjamin, Les sept étoiles, p. 4.

Charles Maurras, op. cit., p. 42.

« Les proscrits de Sigmaringen », janvier 1945.

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