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La vérité sur l’affaire Pétain – L’armistice

Posté par marrickevin le Mardi, 22 juillet, 2008

Après le désastre, de nombreux parlementaires et le Président de la République souhaitent installer le gouvernement en Algérie pour continuer, en s’appuyant sur l’empire colonial, à lutter contre l’Allemagne nazie. Le maréchal Pétain est contre et dénonce dans cette entreprise un acte de trahison et de désertion devant l’ennemi. Il pousse à la signature d’un armistice qui ferait de lui le chef du nouvel Etat français qu’il entend mettre en place aux côtés de l’occupant.

Ce vendredi 21 juin [1940], à 15 h 15, la délégation Huntziger est arrivée auprès des généraux allemands. Les conditions du Reich sont connues à Bordeaux [où le gouvernement français s’est déplacé] le soir même. Bien entendu, le Maréchal les trouve honorables. Qui pourrait se permettre de discuter, sur un tel sujet, l’appréciation de l’Honneur en personne, de celui qui, ès qualité, dispose, sur ce point, d’une manière d’infaillibilité ? Un aussi « grand soldat », un maréchal de France et, qui plus est, le « sauveur de Verdun », c’est le pape, en matière d’honneur, ou, si l’on préfère, le mètre-étalon. « On a dit à ce peuple : l’armistice qui te dégrade et te livre n’est pas contraire à l’honneur. Ce peuple le crut parce que l’homme qui lui tenait ce langage parlait au nom de son passé de vainqueur »1. Les trois cinquièmes du territoire français seraient occupés par l’ennemi, mais Ph. Pétain avait ce qu’il désirait avant tout : une zone « libre » où il pourrait régner, l’espoir, même, de rentrer bientôt à Paris, et l’administration civile de tout le pays.

Le 22 juin, au matin, le maréchal Pétain donne au général Huntziger l’ordre de signer. Le soir, à 18 h 35, c’est fait. L’armistice franco-allemand, cependant, n’entrera en vigueur qu’après l’autre armistice, encore à obtenir, mais que veut bien consentir M. Mussolini. Le délai de quarante-huit heures qui va s’écouler permettra à l’Allemagne une rafle massive de prisonniers supplémentaires. L’armistice franco-italien est signé le 24 juin, à 19 h 15. Dès le 22 au soir, la victoire était pratiquement acquise, Ph. Pétain avait fait entrer M. Laval dans son cabinet, en qualité de ministre d’Etat. Après les mauvaises heures qu’il venait de connaître, et le concours puissant qu’il avait dû demander à M. Laval, le Maréchal ne pouvait plus, cette fois, se dérober2.

La proclamation du gouvernement hollandais, qui continuait courageusement la lutte après l’occupation militaire des Pays-Bas par l’Allemagne et la nomination du gauleiter Seyss-Inquart, contenait ces mots : « Nous devons prendre connaissance avec une certaine satisfaction de la nomination de Seyss-Inquart (…). Le rouge de la honte nous serait monté au visage si l’envahisseur avait choisi pour ce poste quelqu’un de notre nationalité. Cette ignominie au moins nous a été épargnée ». Les Français n’avaient pas ce bonheur. Le 25 juin, à la radio, le maréchal Pétain leur annonçait : « Le gouvernement reste libre ; la France ne sera administrée que par des Français ». Autrement dit : les Français allaient voir chez eux des compatriotes servir les desseins, exécuter les ordres de l’ennemi. Inappréciable avantage pour l’Allemagne qui redoute la fougue du tempérament français, qui préfère éviter les rébellions, les répressions. Les vainqueurs ne tiennent pas à ce que les vaincus sachent jusqu’à quel point ils devront obéir ; les dirigeants du Reich connaissent l’étendue des services que le maréchal Pétain va leur rendre à la tête d’un gouvernement qui passera pour indépendant et pourra même envoyer à l’étranger des ambassadeurs3. Philippe Pétain est chargé de maintenir la France à terre. Il s’acquittera au mieux de sa mission4 qui concorde avec ses propres intérêts. Certains, sincèrement convaincus que la guerre était perdue sans recours, et que l’Angleterre ne pouvait manquer d’être écrasée elle-même à brève échéance, certains croyaient voir en Pétain, comme disait Weygand, crédule, un Hindenburg. C’était un Quisling de type inédit, mais de premier ordre, mais « introuvable » en vérité, et si parfaitement maquillé, dans son uniforme à sept étoiles, que l’aventure semblait inouïe. Cependant, Adolf Hitler avait de longue date déclaré, à propos des complices qu’il se procurerait : « C’est le plus invraisemblable qui est le plus certain ».


1 Déclaration de M. Léon Blum au procès Pétain, 27 juillet 1945.

2 S’il faut en croire M. Montigny (L’œuvre du maréchal Pétain ; six mois de révolution nationale : juin décembre 1940, p. 30), « les trois présidents [de la République et de deux Chambres] voulaient [encore] faire rebondir, le dimanche 23, la question du départ [vers l’Algérie du gouvernement et des parlementaires auquel Pétain s’opposait de toutes ses forces] ; le Maréchal, pour briser cette nouvelle tentative, décida alors de faire appel à MM. Laval et Marquet ».

3 Quelques-uns, il est vrai, seront parfois mal accueillis. M. Paul Morand, ministre du gouvernement de Vichy à Bucarest, verra tel Roumain considérable lui fermer sa maison en s’excusant sur ses sentiments bien connus ; M. *** regrettait de ne pouvoir entrer en relations avec M. Paul Morand, « ayant toujours été francophile »

4 Dès ses premiers discours, le Maréchal s’appliquera à convaincre les Français qu’on est mieux, en somme, couché que debout. « Vous serez bientôt, leur dit-il le 25 juin 1940, rendus à vos foyers ».

Extrait de Henri Guillemin, La vérité sur l’affaire Pétain, Utovie, 1996 (Collection H.G.), p. 150-153.

2 réponses vers “La vérité sur l’affaire Pétain – L’armistice”

  1. didier souccar a dit

    j’ai bienlu votre interprétation lamentable de l’arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain.
    comparez le nombre des déportés d’autres pays avec la france et vous verrez qu’il nous a protégés.
    ce fut le plus vieux prisonnier du monde. honte aux politiques qui l’exilèrent à l’ile d’yeu , n’ayant pas le courage de le faire exécuter…on aurait vu une belle guerre civile..
    Je suis pétainiste et j’admire Atatürk .
    sincèrement
    Didier souccar

  2. marrickevin a dit

    Je ne sais pas exactement qui vous englobez dans le “nous” qu’aurait protégé Philippe Pétain. Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas protégé les Juifs. 80 000 Juifs (dont 11 000 enfants tout de même) vivant en France ont été déportés pendant la Seconde Guerre Mondiale et seulement 3 % d’entre eux ont survécu aux camps. De plus, 85 % des Juifs déportés de France ont été arrêtés par des forces de police françaises. Il a par ailleurs qualifié de “juste” la rafle du Vel d’Hiv’.
    Pétain avait une singulière conception de la protection puisque c’est lui qui a créé la Milice qui, jusqu’à preuve du contraire, était une police française.
    Il ne faut pas oublier non plus que c’est lui qui a fait entrer la France dans la Collaboration, alors qu’Hitler lui-même n’en voulait pas, puisqu’il ne croyait pas ; et si la collaboration n’est pas allée plus loin, c’est en raison des réticences d’Hitler, et non de celles de Pétain (ce qui a été très bien montré par les travaux de Robert Paxton). C’est également Pétain, et sans que l’Allemagne ne le lui demande, qui a fait adopter les lois d’exclusion des Juifs et de francs-maçons.
    Pétain n’a pas du tout protégé les Français puisqu’en accompagnant la politique allemande, et parfois en la devançant, il a très nettement dégradé le sort de la population : politique contre la Résistance, mise en place du STO, pillage économique et alimentaire, livraisons des Juifs, etc. Les Français étaient si bien protégés par Pétain que les rations alimentaires françaises étaient parmi les plus faibles d’Europe. Il n’a donc rien de comparable avec le roi du Danemark, par exemple, qui a protégé sa population jusqu’au bout, et permis l’évacuation des Juifs du Danemark vers la Suède. Rien de comparable non plus avec la reine des Pays-Bas qui a au moins eu la satisfaction de constater que les Allemands n’avaient pas trouvé de Néerlandais pour diriger le pays occupé et qu’ils ont dû nommer un de leurs pour faire le travail. Pas de risque que cela arrive en France puisqu’un bon Français, illustre qui plus est, s’est très rapidement mis au service des nazis.

    C’est le grand paradoxe de l’histoire de France : Dreyfus l’innocent fut envoyé à l’Ile du Diable, tandis que Pétain le coupable fut envoyé à l’Ile d’Yeu.
    Il a protégé les Français, pour sûr, et il les aimait de tout son coeur. En captivité, après la guerre, il s’est un jour plaint de sa nourriture. Son geôlier lui a répondu que c’était bien souvent comme ça que mangeaient les Français pendant la guerre, et souvent même pire. Pétain a alors répondu : “Les Français, je m’en balance, je veux manger mieux que ça”.

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