Le ciel est bleu
par Gilles Roqueplo
« L’azur, l’azur, l’azur, l’azur », scande Mallarmé dans son recueil « Poésies ». Qu’aurait dit notre grand poète sur la Lune, ou le ciel n’est pas bleu, mais désespérément noir ? Sans ciel bleu, pas de poètes ? Le ciel de la Lune est noir car notre satellite n’a pas d’atmosphère. C’est la couche gazeuse entourant la Terre qui donne au ciel sa belle couleur bleutée. Comment cela se peut-il, s’interroge Archimède, puisque la lumière qui nous vient du Soleil, est jaune ? Quand nous observons le ciel, si bleu, si calme, nous ne regardons pas dans la direction du Soleil. Aussi la lumière qui frappe notre rétine ne vient pas directement du Soleil, mais a été réémise par l’atmosphère de la Terre. Les molécules des constituants de l’air ont absorbé la lumière du Soleil, et l’ont renvoyée dans toutes les directions, dont celle de notre œil.
Alors, me direz-vous, pourquoi le ciel n’est il pas jaune comme le Soleil ? Parce que le Soleil émet tout un spectre de couleurs, du bleu au rouge. Cette variété de couleurs résulte de sa température. Comme tout les corps chauffés, le Soleil émet des rayonnements et sa température de 6 000 degrés correspond à un rayonnement centré sur la couleur jaune, avec un peu de bleu et un peu de rouge. Or les molécules de l’atmosphère ne réémettent pas également toutes les couleurs : elles renvoient plus de lumière bleue que de lumière rouge. La lumière solaire, transformée par cette réémission, est bleue.
Poursuivons la chaîne des interrogations. Pourquoi les molécules de l’air réémettent-elles plus le bleu que le rouge ? Les molécules, quand elles absorbent la lumière, se mettent à vibrer comme un diapason. Or ce diapason optique vibre plus facilement dans le bleu que dans le rouge : il réémet donc plus de bleu.
Alors, poursuit Archimède, pourquoi le Soleil est-il rouge au couchant ? Le paradoxe s’éclaire d’un coup quand on y réfléchit : parce que nous regardons alors le Soleil directement. Quand nous voyons le Soleil près de l’horizon, sa lumière traverse une plus grande longueur d’atmosphère que lorsqu’il est au zénith. Lors de la traversée, les molécules de l’air réémettent dans toutes les directions beaucoup de lumière bleue. Ces couleurs disparaissent de la lumière solaire et le Soleil, en vision directe, est d’un jaune dont le bleu a disparu, c’est-à-dire un rouge. Et un beau rouge ! « Le Soleil s’est noyé dans son sang qui se fige », a écrit Baudelaire. Sans coucher de Soleil, pas de poète non plus.