Génériques
par DenisVan Waerebeke et Valérie Perez
5 juin 2002, les médecins français et l’Assurance Maladie signent un accord officiel : « Si tu mets au moins 12,5 % de médicaments génériques dans ton ordonnance alors tu as le droit d’augmenter le tarif de ta consultation ».
Pourquoi a-t-on tant de mal à faire accepter les génériques en France alors qu’ils sont 30 à 50 % moins chers que leur équivalent classique ? Pour comprendre ce qu’est un générique et le pourquoi de cette différence de prix, penchons-nous sur le prix de revient d’un médicament. On sépare le coût de fabrication (machines, usines, matières premières) et le coût de développement (jusqu’à 15 ans de recherche, de tests cliniques, etc.), pour développer une molécule originale. Quand un laboratoire met au point un médicament nouveau – qu’on appelle un “princeps” – il obtient un brevet qui lui en donne l’exclusivité pendant 20 ans ; le temps de rentabiliser son investissement de recherche. Ensuite, le “princeps” tombe en quelque sorte dans le domaine public : il peut être copié et fabriqué par les autres laboratoires. On parle alors de médicament générique, du latin “genus” : genre, qui ne porte pas de nom spécifique. Du point de vue du prix, on retire – logiquement – une grande partie du coût de développement, et on obtient le même médicament, en moins cher ! Le même c’est vite dit ! Il ne ressemble pas à l’autre, il n’est pas dans la même boite et il ne porte pas le même nom. D’ailleurs, s’il se vend moins bien, c’est bien qu’il est différent, non ?
Reprenons depuis le début. Un médicament se compose d’un principe actif qui fait tout le boulot, et d’un excipient, qui ne fait rien, c’est-à-dire que c’est une substance neutre, généralement du sucre, qui est juste là pour faciliter l’absorption du principe actif. Si on compare un princeps et son générique, on voit que seul l’excipient est différent : le principe actif est absolument identique. Le médicament générique soigne et soulage donc de la même manière que le princeps. Le générique doit en plus avoir la même forme pharmaceutique – par exemple gélule, suppositoire ou crème – le même dosage, la même intensité et la même vitesse d’absorption. Pour le patient, la durée du traitement, et les effets secondaires éventuels sont les mêmes. Génériques et princeps sont d’ailleurs tellement identiques que parfois c’est la même société et les mêmes usines qui fabriquent l’un et l’autre, comme chez Bayer ou Aventis par exemple.
Pourtant, certains médecins pensent qu’à cause de son excipient différent, un générique pourrait provoquer des problèmes de tolérance, voire des risques allergiques ! D’où une certaine réticence face aux génériques. Pourtant, tout cela est très contrôlé : pour obtenir une autorisation de mise sur le marché, même la bonne vieille aspirine – le plus commun des génériques – doit passer par tout un tas de tests et de contrôles.
Le problème, il est peut-être ailleurs : à force d’être remis en question par les uns ou les autres, le générique finit par avoir mauvaise réputation ! Oui, enfin, la “réputation” comme vous dites ne change rien à l’efficacité d’une molécule ?!? Eh bien détrompez-vous ! Observons un malade. On voit que la prise de médicament est intimement liée à la psychologie. C’est le fameux effet placebo : indépendamment de l’efficacité réelle d’une molécule, le seul fait d’absorber quelque chose qui vous a été prescrit ou conseillé peut suffire à vous guérir. Bref, la confiance soigne ! Et la confiance va plutôt au médicament que l’on connaît déjà, vu à la télé et qui coûte cher, plutôt qu’à celui qu’on connaît pas. Juste à cause d’un préjugé, un générique serait moins efficace qu’un médicament classique ? Voilà un préjugé qui coûte cher !
Aux Etats-Unis, 50 % des médicaments prescrits sont des génériques, 35 % en Allemagne ou au Royaume-Uni, 5 % en France. En fait, l’utilisation des génériques est inversement proportionnelle à la couverture médicale : seulement un Américain sur deux a accès à des soins totalement remboursés, contre 4 français sur 5. Voilà sans doute l’une, si ce n’est la raison de l’échec actuel des génériques en France. Mais comment faire changer les choses ?
Première solution : supprimer la sécurité sociale, pour inciter financièrement les consommateurs à préférer les génériques. Deuxième solution : injecter aux Français une bonne dose de civisme qui provoquerait aussitôt une envie irrépressible de réduire le trou de la Sécu. Troisième solution – possible techniquement : forcer médecins et pharmaciens à prescrire et à vendre 80 % de génériques. Quatrième solution : rembourser les médicaments à hauteur du prix des génériques.
A vous de choisir. Ou d’imaginer autre chose !