Discours de Nicolas Sarkozy à Latran
Posté par marrickevin le Samedi, 29 décembre, 2007
Le 20 décembre 2007, le Président de la République, Nicolas Sarkozy, s’est fendu d’un discours à Latran devant des cardinaux et bon nombre de religieux. Quelques extraits, parmi les plus significatifs. Sa conception de la laïcité semble assez spéciale et son devoir de réserve en tant que chef d’un Etat religieusement neutre ne l’étouffe apparemment pas. Sans oublier la splendide boulette historique qu’il commet. Il est vrai qu’il n’écrit pas lui-même ses discours. Mais après celui de Dakar aux relents racistes et coloniaux, ça commence à faire légèrement tâche dans le décor…
« J’ai été sensible aux prières qu’il (le cardinal Ruini) a bien voulu offrir pour la France et le bonheur de son peuple. »
« La France a apporté au rayonnement du christianisme une contribution exceptionnelle. (…). Contribution littéraire et artistique : de Couperin à Péguy, de Claudel à Bernanos, Vierne, Poulenc, Duruflé, Mauriac ou encore Messiaen. » Volontairement ou non, Nicolas Sarkozy oublie Victor Hugo. Il faut dire que le sieur, s’il louait Dieu, se montrait assez farouchement anticlérical. Citer Péguy, Bernanos, Claudel et Mauriac pour parler du “rayonnement du christianisme”, c’est, tout de même, avoir une vision renfermée, pour ne pas dire nationaliste ou réactionnaire.
« Je sais que l’interprétation de la loi de 1905 comme un texte de liberté, de tolérance, de neutralité est en partie une reconstruction rétrospective du passé. »
« Bien sûr, fonder une famille, contribuer à la recherche scientifique, enseigner, se battre pour des idées, en particulier si ce sont celles de la dignité humaine, diriger un pays, cela peut donner du sens à une vie. Ce sont ces petites et ces grandes espérances « qui, au jour le jour, nous maintiennent en chemin » pour reprendre les termes même de l’encyclique du Saint Père. Mais elles ne répondent pas pour autant aux questions fondamentales de l’être humain sur le sens de la vie et sur le mystère de la mort. Elles ne savent pas expliquer ce qui se passe avant la vie et ce qui se passe après la mort. »
« Ma conviction profonde, dont j’ai fait part notamment dans ce livre d’entretiens que j’ai publié sur la République, les religions et l’espérance, c’est que la frontière entre la foi et la non-croyance n’est pas et ne sera jamais entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, parce qu’elle traverse en vérité chacun de nous. Même celui qui affirme ne pas croire ne peut soutenir en même temps qu’il ne s’interroge pas sur l’essentiel. Le fait spirituel, c’est la tendance naturelle de tous les hommes à rechercher une transcendance. Le fait religieux, c’est la réponse des religions à cette aspiration fondamentale. »
« La République a intérêt à ce qu’il existe aussi une réflexion morale inspirée de convictions religieuses. D’abord parce que la morale laïque risque toujours de s’épuiser ou de se changer en fanatisme quand elle n’est pas adossée à une espérance qui comble l’aspiration à l’infini. Ensuite parce qu’une morale dépourvue de liens avec la transcendance est davantage exposée aux contingences historiques et finalement à la facilité. »
« Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent. La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres, n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence. »
« Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » Deux passages on ne peut plus clairs. Nicolas Sarkozy verrait d’un bon oeil que les religieux prennent le pas sur les associations dans l’action sociale. Il en arrive même à tenir un propos énorme en parlant du “désert spirituel des banlieues”. De deux choses l’une : soit il considère qu’un être humain n’a aucune spiritualité, aucune interrogation, aucun questionnement du moment qu’il ne croit pas en Dieu, ce qui est une ânerie monumentale ; soit il “oublie” que les populations des banlieues sont très souvent mulsulmanes, et c’est cela qu’il appelle le “désert spirituel des banlieues”[1]. Pour Nicolas Sarkozy, croire en Dieu est une chose ; encore faut-il croire au bon, c’est-à-dire au Dieu des catholiques. D’autre part, que les instituteurs puissent être, dans une certaine mesure, et pour certaines choses, remplacés par des religieux, ne lui paraît pas un fait incroyable. Au point de dire qu’un instituteur ne peut pas remplacer un curé dans l’apparentissage de la différence du bien et du mal. Premier point, l’instituteur enseigne, et non apprend. C’est l’élève qui apprend. Mais passons. On n’est plus à une faute de syntaxe et de sens près. Second point, l’instituteur n’a jamais été là pour enseigner la différence entre le bien et le mal aux enfants. C’est l’erreur imbécile faite depuis des décennies qui consiste à dire que l’Ecole doit enseigner aux enfants ce qu’il faut penser au lieu de leur enseigner à penser.
« En donnant en France et dans le monde le témoignage d’une vie donnée aux autres et comblée par l’expérience de Dieu, vous [les cardinaux] créez de l’espérance et vous faites grandir des sentiments nobles. »
« Depuis toujours, la France rayonne à travers le monde par la générosité et l’intelligence. C’est pourquoi elle a besoin de catholiques pleinement chrétiens, et de chrétiens pleinement actifs. »
« La France a besoin de catholiques convaincus qui ne craignent pas d’affirmer ce qu’ils sont et ce en quoi ils croient. »
« Partout où vous agirez, dans les banlieues, dans les institutions, auprès des jeunes, dans le dialogue inter-religieux, dans les universités, je vous soutiendrai. La France a besoin de votre générosité, de votre courage, de votre espérance. »
« C’est par le baptême de Clovis que la France est devenue Fille aînée de l‘Eglise. Les faits sont là. » En fait, ce “titre” a été “décerné” à la France après que Pépin le Bref a battu les Lombards et conquis ce qui allait devenir les Etats pontificaux en 754 – 756. On comprend que le pape ait voulu l’en remercier. Hum, hum, les faits sont là… La vision que donne Nicolas Sarkozy de l’Histoire est très romantique, mais si la France est la Fille aînée de l’Eglise, ce n’est pas une affaire de conversion, de spiritualité, d’élévation de l’âme et d’entente séculaire entre l’Eglise et notre bonne vieille France ancestrale qu’on aime tant et dont on regrette que tant de modernité et d’incroyance lui soient passées sur les reins, mais plutôt une affaire d’épées, de géopolitique et de conquêtes. Evidemment, d’un point de vue “rayonnement”, c’est tout de suite moins glorieux.
Le discours peut être lu en intégralité sur le site de la Présidence de la République : www.elysee.fr
[1] Nicolas Sarkozy parle du désert spirituel des banlieues. C’est le même homme qui, quand il a créé le CFCM, claironnait à toute heure qu’il existait partout dans ces mêmes banlieues des lieux de prière clandestins et des mosquées pas très nettes. Il faudrait savoir !