Marrick & Kevin’s Weblog

Dernières nouvelles des lieux interdits

  • Catégories

  • Statistiques

    • 12,037 Visiteurs
  • Archives

Archive de 27 novembre 2007

Le Roman inachevé

Posté par marrickevin le Mardi, 27 novembre, 2007

Le Roman inachevé est une autobiographie du poète Aragon, écrite en 1956. Le poète est alors âgé de 59 ans. Cette autobiographie a la particularité d’être écrite en vers. Dans la suite de poèmes le poète se penche sur sa vie passée : son enfance, la Première guerre mondiale, le mouvement Dada et le mouvement surréaliste, les années trente, le Seconde guerre mondiale (il écrit alors des poèmes rappelant les valeurs de la résistance comme La rose et le reseda1), les années 50 (notamment avec la désillusion autour du régime communiste vers 1956). Il évoque plus particulièrement sa rencontre avec Elsa Triolet qu’il décrit comme sa muse et son inspiratrice. C’est elle qui le met au courant des répressions du régime communiste. Il ne quittera cependant jamais le secrétariat général du Parti Communiste.

Le Roman inachevé suit donc le vie d’Aragon. Il comporte, en outre, de nombreux poèmes qui rappellent son amour pour Elsa. C’est un « Roman » car Aragon considère que les éléments racontés sont des éléments narratifs (racontant une vie, la sienne) et comportant parfois une part de fiction. « Inachevé » car sa vie est alors inachevée. Il meurt en 1982.

 

La nuit à Moscou

Ah dans ses propres pas que marcher est étrange
Comme tout a changé et comme rien ne change
Cette ville n’est plus la même après vingt ans
Et c’est toujours la même et c’est la même neige
Les étoiles des tours les longs murs le Manège
Mais la nuit n’est plus noire et j’ai les cheveux blancs
Je ne reconnais plus les endroits où je passe
Pouchkine a traversé depuis longtemps la place
Et maladroitement comme des mots écrits
Les grilles des jardins sur la candeur d’hiver
Semblent recopier pour les couples ses vers
Le long des boulevards faits pour la flânerie
On sourira de nous pour le meilleur de l’âme
On sourira de nous d’avoir aimé la flamme
Au point d’en devenir nous-mêmes l’aliment
Et comme il est facile après coup de conclure
Contre la main brûlée en voyant sa brûlure
On sourira de nous pour notre dévouement
Quoi je me suis trompé cent mille fois de route
Vous chantez les vertus négatives du doute
Vous vantez les chemins que la prudence suit
Eh bien j’ai donc perdu ma vie et mes chaussures
Je suis dans le fossé je compte mes blessures
Je n’arriverai pas jusqu’au bout de la nuit
Qu’importe si la nuit à la fin se déchire
Et si l’aube en surgit qui la verra blanchir
Au plus noir du malheur j’entends le coq chanter
Je porte la victoire au coeur de mon désastre
Auriez-vous crevé les yeux de tous les astres
Je porte le soleil dans mon obscurité


1 La rose et le réséda est tiré du recueil La Diane française paru en décembre 1944. Il avait d’abord été publié dans un journal en 1943.

Publié dans Poèmes, Un peu de lecture | Laisser un commentaire »