Marrick & Kevin’s Weblog

Dernières nouvelles des lieux interdits

  • Catégories

  • Statistiques

    • 12,164 Visiteurs
  • Archives

En direct de Russie

Posté par marrickevin le Jeudi, 11 octobre, 2007

Un an après l’assassinat de la journaliste russe Anna Politovskaia1, le 7 octobre 2006, l’enquête semble en rester toujours au même point. De nombreuses arrestations ont eu lieu, notamment dans le courant du mois d’août (11 personnes arrêtées). Cependant, même si la main armée est retrouvée, le plus difficile reste à faire : établir la liste des « complices » qui ont participé à cet assassinat et retrouver le commanditaire du crime. Les institutions seraient-elles en causes dans ce crime ? Le FSB aurait-il un rôle dans cette histoire ? Toujours est-il que le président russe, Vladimir Poutine, en déplacement à Dresde (Allemagne) a aujourd’hui dénoncé l’assassinat de la journaliste, le qualifiant d’ « inacceptable ». Une question se pose aux enquêteurs : que faisait-il ce jour là ? A Moscou et à Saint-Pétersbourg, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées hier pour rendre hommage à la journaliste et à travers elle célébrer la mémoire des victimes de la répression politique (à Saint-Pétersbourg devant le monument aux victimes des répressions politiques). Pendant que le président Vladimir Poutine recevait pour fêter son 55ème anniversaire, Garry Kasparov2 déposait une plaque dénonçant le « lâche » assassinat de la journaliste sur l’immeuble où elle demeurait. Voici un article paru, il y a quelques jours, dans le Courrier International3 :

Liberté de la presse : l’ange d’Anna Politovskaia.

Où l’on apprend que la liberté de la presse se paie cher. Surtout en Russie, à quelques jours du premier anniversaire de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa.

Le 7 octobre prochain, cela fera donc un an que la journaliste Anna Politkovskaïa a été assassinée de trois balles dans la poitrine et une dernière dans la tête. J’insiste sur ces détails, pour que l’on comprenne bien à qui la journaliste russe a eu affaire ce jour-là. Anna Politkovskaïa travaillait pour un des derniers journaux indépendants du pays : Novaïa Gazeta. Un périodique, puisqu’il ne sort plus que deux fois par semaine. Un refuge aussi pour des journalistes qui, comme Anna, exercent leur métier dans des conditions souvent effroyables.

La liberté se paie cher : déjà trois journalistes de Novaïa Gazeta ont été exécutés. Ils sont 13, selon The New York Times, à avoir perdu la vie depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en 2000. Et 256, selon le quotidien madrilène El País, à être morts depuis la fin de l’Union soviétique. Ce chiffre terrifiant fait de la Russie le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes, juste après l’Irak et un peu devant la Colombie. Une situation si grave, toujours selon El País, qu’il y a plus de journalistes russes en exil que dans les rédactions du pays.

Quant à l’enquête sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, elle a connu un rebondissement il y a quelques semaines. Le procureur général Youri Chaika annonçait, le 31 août dernier, avoir fait arrêter 10 suspects. Le problème, ce n’est pas tant que trois de ces suspects aient été presque immédiatement libérés. Trois officiers de police d’ailleurs.

Le problème, selon Novaïa Gazeta, c’est que le procureur général a accompagné ces arrestations de commentaires étranges. M. Chaika a en effet expliqué que le meurtre de la journaliste avait été commandité depuis l’extérieur du pays et que l’intention des commanditaires était de déstabiliser la Russie. Etrange, explique Novaïa Gazeta, car ces commentaires ressemblent presque mot pour mot à ce qu’avait dit Vladimir Poutine au lendemain du meurtre d’Anna. De deux choses l’une : soit le président russe est un prophète puisqu’il est capable avec un an d’avance de deviner les conclusions d’une enquête, soit le procureur général fait des efforts à peine voilés pour complaire au Kremlin.

D’ailleurs la main du pouvoir est si évidente, dès qu’il s’agit des médias en Russie, que 11 journalistes de la région de Saratov ont écrit une lettre ouverte au président Poutine pour lui demander de les protéger. C’était il y a deux jours dans les pages du quotidien Kommersant. Pour les protéger de quoi ? Et bien des persécutions dont ils sont l’objet de la part… des autorités russes. Et en particulier de la part de cadres zélés de Russie Unie, un parti inféodé au Kremlin. Autrement dit, et pour résumer la situation, c’est un peu comme si des agneaux demandaient au grand méchant loup de les protéger de la meute.

Vous me direz que la Russie est loin d’être un cas unique. Après tout, il y a deux jours à peine, un reporter de l’agence japonaise APF a été tué par des militaires birmans alors qu’il couvrait les manifestations de Rangoon. En Egypte, par exemple, le rédacteur en chef du quotidien Al-Dustur a appris hier qu’il ne serait pas jugé devant une cour martiale mais simplement devant un tribunal correctionnel. Son crime ? Avoir évoqué dans un éditorial la mauvaise santé du raïs Hosni Moubarak. Depuis un mois, 7 journalistes égyptiens ont écopé de peine de prison pour avoir parlé du même sujet.

Au Zimbabwe, une liste sinistre a été publiée hier par l’hebdomadaire d’opposition The Zimbabwean. Une liste de quinze journalistes dont le document – officiel – leur conseillait de “s’occuper”. La liste en question porte la date du mois de juin et, depuis, au moins un des journalistes concernés, Abel Mutsakani, a reçu une balle dans la jambe (le 23 juillet dernier).

Je pourrais d’ailleurs continuer longtemps mais, avant de vous quitter, je voulais finir par une drôle d’histoire pêchée dans Izbrannoé, un quotidien russe en ligne. Le 7 octobre prochain, à Potsdam en Allemagne, aura lieu la première d’une pièce de théâtre un brin provocatrice. La pièce parle de l’actualité russe et met en scène l’ancien chancelier Schröder en pleine conversation avec son ami Poutine. Anna Politkovskaïa intervient dans la discussion, elle est représentée sous la forme d’un ange. La date du 7 octobre a évidemment été choisie parce que c’est l’anniversaire de la mort de la journaliste russe. Mais elle a aussi été choisie pour une autre raison : le 7 octobre, c’est aussi le jour anniversaire… de Vladimir Poutine. Il aura ce jour-là 55 ans et la pièce s’intitule Bon anniversaire M. Poutine. »

Anthony Bellanger


1 Auteur notamment de La Russie selon Poutine en 2005 et Douloureuse Russie en 2006.

2 Ancien joueur d’échec, actuellement leader du mouvement d’opposition L’Autre Russie. Il est candidat pour son parti aux élections de 2008. Il a été Interpellé (en compagnie de plusieurs personnes), en avril 2007, lors d’une manifestation de protestation contre le recul des libertés démocratiques sous la présidence de Vladimir Poutine.

3 Courrier International du 2 octobre 2007

Laisser un commentaire

XHTML: Vous pouvez utiliser ces étiquettes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>