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L’extrême droite décomplexée

Posté par marrickevin le Mercredi, 3 octobre, 2007

On avait déjà tiqué quand il avait été question, à droite, suite à un rapport de l’INSERM, de détecter la délinquance chez les enfants en bas-âge. L’idée était simple : disons qu’un enfant de trois ans se montre un peu trop turbulent ou même violent dans sa classe de maternelle, cela doit être interprété comme un signe de future délinquance, voire de criminalité potentielle. Donc, pour museler le sauvage avant qu’il ne soit trop tard, on agit tout de suite et l’INSERM préconise alors un traitement médicamenteux. Le projet, soutenu par Nicolas Sarkozy, avait finalement été abandonné.

Ensuite, pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy y était allé de sa découverte scientifique : le suicide et la pédophilie ont des causes génétiques. On est prédestiné à mettre fin à ses jours ou à agresser sexuellement des enfants. Quand on a demandé à Sarkozy d’où il tenait une telle information qui laissait coi quiconque avait suivi la moindre initiation à la biologie, il avait tout simplement répondu ne pas être en mesure d’expliquer ce fait, n’étant pas lui-même un spécialiste. Ben voyons. Il venait tout bonnement de réactiver le concept de races. Ainsi, certains groupes de la population humaine sont, par essence, génétiquement, différents. Les uns suicidaires, les autres pédophiles. On prend peur devant le danger et l’abyssale imbécillité d’un tel raisonnement et d’une telle croyance. Il ne manque plus à cette croyance le moyen de reconnaître, tout à fait arbitrairement, ces groupes différents (un point commun physique, ou géographique, etc), de les identifier afin de pouvoir les isoler ou les supprimer. Pas spécialiste ? Imaginons un politique expliquant que les juifs sont une catégorie d’hommes inférieure physiquement et intellectuellement mais qui s’empresserait de préciser qu’il est incapable de dire pourquoi les choses sont ainsi car il n’est pas spécialiste. En plus clair : c’est comme ça, on ne sait pas pourquoi, mais c’est comme ça, d’ailleurs il n’y a pas d’explication, c’est comme ça et point barre. Sarkozy, du point de vue du raisonnement et des ces applications possibles, a tenu un discours que n’aurait pas renié un théoricien nazi.

Troisième acte : voilà qu’on crée un ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement (le temps de prononcer l’intitulé, 2 000 clandestins expulsés ; qui dit mieux ?). Le terme de codéveloppement voudrait nous faire croire qu’il ne s’agit pas d’un ministère du chacun chez soi. On associe pour mieux les opposer « immigration » et « identité nationale ». L’identité nationale, personne ne sait ce que c’est, personne ne pourrait la définir, pour aucune nation. Est-ce qu’on parle de la langue ? Impossible puisqu’on parle français ailleurs qu’en France (et qu’il est certains pays qui ont plusieurs langues). Est-ce qu’on parle de culture ? Ridicule car personne ne peut dire ce qui fait la culture d’un pays, ce qui est culturel ou non, et personne ne peut assurer qu’une population a les mêmes références. Est-ce qu’on parle d’enseignement ? Foutaises puisque le gouvernement qui vante l’identité nationale est le même qui entend supprimer le collège unique. Alors on parle peut-être de bouffe ? Sauf que les Alsaciens s’empiffrent de choucroute pendant que les Marseillais font cuire leur bouillabaisse et que les Lyonnais se flinguent la santé à la charcuterie. L’identité nationale, c’est cet amas de clichés. Le Français ? Il trouve la Tour Eiffel magnifique, se marre devant Laurent Gerra (après Guy Lux et Jacques Martin), regarde la grand messe du 20 heures, mange du pain, aime le foot, achète les disques de Johnny Hallyday, lit Marc Lévy et admire Brigitte Bardot. A bien y regarder, la seule chose que les personnes habitant en France ont en commun, ce sont les institutions et les dirigeants, les derniers tentant de démolir les premières. Et côté bouffe, les seuls points communs sont Mac Donald’s et les surgelés. L’identité nationale, personne ne sait ce que c’est, mais ça sonne bien et tout le monde est prêt à la défendre (car ça fait partie de ces choses dont on ne parle que quand elles sont menacées). Tout ce qu’on sait – et ça suffit – c’est que « identité », c’est moi et que « nationale » ce ne sont pas les autres. Et il faut bien un ministère pour s’occuper de tout ça et s’assurer que l’immigration ne vienne pas tout mettre à bas. Comme si la France, en nation autodidacte, s’était construite toute seule, sans influence extérieure, sans forces et cerveaux venus d’ailleurs, et surtout sans aller se servir chez les autres quand quelque chose l’intéressait.

Désormais, en France, la politique d’immigration, c’est choisir l’étranger qui nous plaît, comme on fait avec les bêtes de concours, et traquer les sans-papiers. Le président de la République et le Ministre de l’immigration, etc., sont même allés jusqu’à donner un nombre minimum de clandestins à expulser chaque année. Et comment vont-ils s’y prendre. Ils parlent des clandestins comme s’ils en connaissaient le nombre exact. Or, pour connaître le nombre exact de clandestins (ou un nombre approchant), il faut contrôler les frontières, et si on contrôle les frontières, on n’a pas besoin d’expulser les clandestins. Ce que Le Pen propose de faire aux frontières, Sarkozy propose de le faire dans la rue, là où ça se voit. En conséquence de quoi, à la faveur de l’autorité, de la répression, du contrôle, de la présence policière accrus, Sarkozy crée chez la population une peur de ceux censés la protéger. Le fait n’est pas nouveau et ne s’applique pas qu’aux clandestins. A ceux qui s’opposent à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une augmentation de la présence policière (multiplication des uniformes, installation de caméras partout, etc.), ses partisans répondent que quand on n’a rien à se reprocher, on accepte qu’il y ait plus de police, plus de contrôles et qu’on ne voit pas en quoi ça peut poser le moindre problème. Sauf qu’il y a quelques mois, alors que Sarkozy était ministre de l’Intérieur, deux adolescents qui n’avaient absolument rien à se reprocher ont préféré se réfugier dans un transformateur électrique et y laisser leur peau plutôt que de se soumettre à un banal contrôle d’identité (Sarkozy avait alors inventé une histoire de cambriolage, mensonge de plus dans la litanie qu’il égrène depuis cinq ans). Et les clandestins – dont la folle envie de retourner là d’où ils viennent n’est plus à démontrer – préfèrent, quand ils entendent frapper la police à leur porte, sauter par la fenêtre. N’avoir rien à se reprocher, ça ne pèse pas lourd quand on a la trouille.

Aidé du député Thierry Mariani, le gouvernement a eu une autre idée : tester génétiquement les candidats au regroupement familial ; tour de passe-passe pour mettre en place un fichier et une sélection ethniques des étrangers. Les tests génétiques, ça coûte cher, c’est pour cette raison qu’ils ne sont pas systématiquement utilisés dans les affaires criminelles. Là, ça reviendra à 300 euros par personne, remboursés par l’Etat français si le test est « positif ». Bref, on se fout de la gueule du monde.

L’idée est dégueulasse, le principe raciste, l’application grand-guignolesque. Et passons aux cas pratiques. Quid de l’enfant élevé par un papa qui n’est pas son père biologique ? Quid de l’enfant qui, pour des raisons pouvant être multiples, est orphelin, élevé par un oncle, une tante, des grands-parents, un frère ou une soeur ? Quid de l’enfant adopté ? Le gouvernement dit vouloir lutter contre la polygamie mais il va permettre à des hommes de pouvoir faire venir des enfants qu’ils auront eus avec plusieurs femmes différentes. Alors va-t-on tester les enfants entre eux aussi ? Le code génétique de l’enfant doit-il correspondre à celui de la mère ou du père ? On dit vouloir lutter contre les fraudes, mais quel intérêt une personne peut-elle avoir à faire venir en France quelqu’un qui n’est pas de sa famille, avec qui il n’a aucun lien ? C’est n’importe quoi. Le père et la mère, ce sont ceux qui sont là ou, à défaut d’être là tout le temps, ceux qui exercent une responsabilité, qui donnent de l’amour, qui éduquent. En fait, comme avec les traitements médicamenteux pour les enfants de 3 ans, comme pour le suicide et la pédophilie à causes génétiques, une fois de plus, on crée, volontairement, la confusion entre science (ou pseudo-science) et fait social, chimie et éducation. Et cette fois-ci, pour en rajouter une couche, on confond père et mère avec papa et maman.

Que la droite que conduit Nicolas Sarkozy puisse proposer de telles mesures, cela finit par ne même plus nous surprendre. Le candidat UMP a grossi son électorat en puisant dans celui du Front National par la reprise, à peine édulcorée, de certains thèmes et idées chers à Jean-Marie Le Pen . Il a déplacé une partie de la droite républicaine vers l’extrême droite et non ramener, comme il le prétend, les électeurs frontistes vers la démocratie et la République. L’UMP abrite tout de même des gens tels que Eric Raoult,chaud partisan du rétablissement de la peine de mort ; Jacques Peyrat, maire de Nice, ancien du FN et qui avait annoncé qu’il voterait Le Pen si ce dernier était opposé à Royal lors des présidentielles ; Nadine Morano, Thierry Mariani, Christian Estrosi, Patrick Devedjian, Brice Hortefeux, tous aux idées proches de l’extrême droite (et certains en sortant directement). Qu’une droite pareille vote une loi pareille, ça n’est pas étonnant. Mais que la gauche fasse comme s’il ne se passait rien, voilà qui fait d’autant plus mal. Il a fallu que ce soit Jean-Pierre Raffarin qui monte au créneau, avec d’autres parlementaires UMP (qui, ne soyons pas dupes, voient là une bonne occasion de casser du Sarkozy), pour dire qu’il n’était pas admissible de résumer l’homme à une équation génétique et qu’il « [croyait] au mystère de la personne humaine ». A gauche ? Silence. Pour le vote l’Assemblée Nationale ? Personne, ou presque. Bien sûr, la droite a la majorité et le texte serait passé de toute façon. Mais y aller quand même, représenter l’idée pour laquelle on a été élu, amender, demander la parole, poser des questions, retourner le problème dans tous les sens possibles, faire durer le débat, gueuler, provoquer l’incident de séance, que ça pète à la tronche du pays, qu’on en parle. Mais non, rien. Devant une gauche qui renonce à tout ce qui justifie son existence, la droite aurait bien tort de se priver.

Un sursaut ! Le Sénat, grâce à l’appui de voix UMP, renvoie le texte en lecture. On s’étonne qu’une institution créée uniquement pour assurer la sécurité du conservatisme censure une droite réactionnaire. C’est que le Sénat compte beaucoup d’anciens, comme l’on dit dans un faux respect. Des vieux. Des ancêtres, qu’on critique et qu’on moque assez. Il n’empêche ! Les ancêtres, ils ont vécu la dernière guerre et ils savent encore le prix qu’il faut attacher aux Droits de l’Homme et à la démocratie.

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