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Deuxième partie : Les immigrés choisis

Posté par marrickevin le Jeudi, 25 octobre, 2007

A l’exception notable de l’extrême droite, la plupart des partis politiques sont favorables à l’immigration et à l’introduction massive et organisée de travailleurs étrangers en France. Reste qu’il faut les choisir. Plusieurs critères vont alors rentrer en ligne de compte. Le critère ethnique et racial, le plus important pour certains, joue un grand rôle. C’est l’époque des théories se voulant scientifiques, des grandes études sur les peuples et les races, issues du dévoiement des découvertes de Darwin. Le Docteur Martial réalise une grande étude fondée sur les groupes sanguins majoritaires au sein de plusieurs nations. A la suite de calculs improbables, il déduit des possibilités d’association entre certains peuples. Ses conclusions sont claires, évidentes : pour éviter les mauvais mélanges, pour ne pas déprécier le sang français, il faut faire appel aux Belges, Suédois, Allemands, Suisses, Hollandais, Tchécoslovaques, Polonais, Italiens et Berbères ; et surtout, surtout, il faut éviter les Noirs, les Juifs et les Arabes. George Mauco, lui, raisonne en termes d’assimilation et s’appuie sur des études réalisées en entreprises. Auprès de chefs de services d’une maison de construction automobile, il détermine sur la base de l’aspect physique, de la régularité du travail, de la productivité, de la discipline et de la compréhension du français que les plus assimilables sont les Belges, les Suisses et les Italiens et qu’il ne faut accorder aucune confiance aux Grecs, aux Arméniens et aux Arabes. Les deux études n’ont rien de nouveau : tout ce qui est vaguement africain ou asiatique n’a pas sa place ici. Pas assez bien. Hormis les Berbères, bénéficiant du « mythe berbère » largement répandu en France et qui voudrait que ce peuple soit totalement à part des autres peuples africains1.

Autre point important : la démographie. On fait venir des étrangers car on manque de Français. Alors, si en plus, ils font des enfants… Le député Charles Lambert, devant la Chambre le 25 octobre 1925, demande la venue de « races particulièrement prolifiques », tandis que L’Illustration du 1er novembre 1924, sous la plume de Ludovic Noudeau, espère que la France fera appel aux bons étrangers pour qu’ils viennent « y faire souche et grossir ainsi [la] masse nationale ». Ainsi, entre 1924 et 1939, 50 % des étrangers entrant officiellement sur le territoire français ont entre 15 et 39 ans. Et l’on prend bien soin de recruter avant tout des populations venues de pays ou de régions où le poids du catholicisme est fort et la méconnaissance des techniques contraceptives grande. Procréez, vous dit-on. Entre 1919 et 1939, le taux de natalité des Français est de 1,82 % contre 2,3 % pour les étrangers vivant en France. Faible tout de même. Finalement, ces animaux là ne sont pas les sacripants que l’on pensait.

On favorise également le regroupement familial2, sous la pression politique de l’Eglise. Monseigneur Chaptal n’hésite pas à écrire le 20 décembre 1924 dans La Vie Catholique : « Le socialisme, le communisme, l’alcoolisme finissent par avoir raison du travailleur célibataire ; au contraire, la famille, entourée de bien-être, favorisée par ses goûts religieux, assainit l’atmosphère spirituelle et détruit tous les germes de révolution et de dissolution sociale ».

D’autres, critères, moins déterminants, moins importants, annexes, sont utilisés. On établit une liste de maladies dont le port interdit l’entrée en France. Chaque étranger reçoit une feuille sanitaire s’il est en règles et, à partir du 15 février 1927, les candidats à l’immigration doivent fournir un certificat médical délivré par un médecin assermenté par le consul de France. Enfin, on recrute surtout dans des pays neutres ou alliés durant la guerre de 14-18 et dans tous les domaines politiques afin d’éviter la création de gros noyaux militants.

Le mouvement est important. On compte 1 550 000 étrangers en France en 1921 (soit 3,9 % de la population) et 2 890 000 – plus de trois millions si l’on compte les clandestins – en 1931 (soit 7 % de la population). En détails, on compte, en ce qui concerne les plus grosses communautés, 808 000 Italiens, 507 000 Polonais, 351 000 Espagnols et 253 000 Belges dont le nombre est en net recul depuis 1919. Les étrangers, suite aux expulsions décidées après le déclenchement de la crise de 1931, sont 2 453 000 en 1936 – trois millions, au moins, en comptant les clandestins.

La France jouit d’une bonne image à l’étranger et les Français se plaisent à accueillir les immigrés, encore plus quand il s’agit d’honorer le droit d’asile. On se méfie tout de même. Il ne faudrait pas que les allogènes viennent à perpétuer leurs mœurs et coutumes et la sympathie naturelle, de premier abord, diminue avec l’éloignement, qu’il soit géographique, religieux, linguistique ou physique. On voit l’étranger à travers le prisme des stéréotypes et des préjugés. On voyage peu, on connaît mal les autres. On est tenté de croire ce qu’il nous en est dit par ceux qui les ont vus, en vrai. Le racisme, selon Olivier Milza, est « larvé, rampant, presque respiratoire » mais on se montre bien plus indulgent si l’immigré est bien éduqué, s’il présente bien et s’il a de l’humour.

Les étrangers sont surtout la cible des journaux et des partis d’extrême droite. Mais les railleries populaires ne manquent pas. On moque des communautés pour les noms que portent leurs membres. Les Russes en entendent de belles. Et pourquoi ? Parce qu’ils font leur lit différemment des Français. En voilà des manières ! Et il arrive, à Marseille, par exemple, que des Français refusent d’attendre dans la même file que des étrangers dans les administrations. Il est évident, en sus, que les étrangers sont débauchés et volages. Voilà qui rend problématique le métissage. Que dira-t-on du fiston ?

Si l’Etat et les structures d’immigration ont leurs critères, l’opinion publique a aussi les siens. Plusieurs enquêtes, réalisées dans les années 1920 ont montré que les Français avaient des préférences parmi les populations étrangères. En premier lieu, il convient de faire pleine confiance aux Suisses et Belges qui sont discrets et qui s’intègrent rapidement. Viennent ensuite les Italiens. Acceptés au bénéfice de l’analogie de mœurs et de langue. Mais voyez vous-même, ces gens sont plus sales et plus nomades que nos amis romands et wallons. Quid des Espagnols ? Ah, inférieurs aux Italiens sur le plan professionnel, sans doute possible. Dociles, certes, mais paresseux et malpropres. Et les Portugais ! oui, ils travaillent mieux que les Espagnols mais ils sont bien moins intelligents. Descendons d’un étage. Les Polonais sont de bons ouvriers, robustes, économes et courageux, mais sans initiatives, il faut toujours les surveiller. Et ce penchant pour l’alcool. Quand à leurs jeunes, de la graine de délinquant. Et nos voisins allemands ? Sans finesse et inintelligents. Et puis cette rudesse des mœurs, ce respect sans bornes de la hiérarchie, cet amour des armes, ce militarisme exacerbé. Ils nous ont attaqués deux fois, ils recommenceront. Vous connaissez le dicton. Encore, s’ils n’étaient pas mégalomanes, orgueilleux, prétentieux et mesquins3. En milieu de tableau, on retrouve les Américains et les Russes sur lesquels personne n’a vraiment d’avis. On les connaît mal. Ah si, tenez, les Russes sont des traitres, souvenez-vous de 1917. Et voici la base de la pyramide, la populace, la plèbe internationale. Les Nord-Africains sont trop différents physiquement, ils viennent de trop loin – tellement loin, me direz-vous, qu’on s’est installé chez eux – et ils ont une psychologie infantile. Et qui est responsable des vols et des agressions sexuelles à part eux ? Les Chinois ne sont pas malaimés, mais on les craint énormément. Ils sont redoutables en affaires, tout en mesquinerie, tout en petitesse, et ils ont la fâcheuse tendance d’être mêlés aux trafics de stupéfiants. Les arméniens sont trop orientaux pour savoir se mélanger. Des rustres, voilà tout ; et mauvais travailleurs avec ça. Quant aux Levantins, n’en parlons pas. Enfin si, à peine, pour dire qu’ils sont répugnants ces pauvres gens, tous trafiquants dans un domaine ou un autre et cédant facilement à l’escroquerie.

Au final, pensée officielle et pensée officieuse se rejoignent : débrouillez-vous comme vous voulez mais point d’Africains et d’Asiatiques. La France des années 1920 a déjà en magasin de solides stocks de préjugés, d’idées reçues et d’a priori. Voulait-on que cela s’améliorât avec les années 1930 et leur déversement de crises économiques et politiques ? Que pouvait-on espérer des mentalités quand, le 17 juin 1931, Le Peuple, le journal de la C.G.T., écrivait que les Nord-Africains étaient des « âmes primitives » dotées d’une « sauvagerie naturelle » ? Allons, un peu de bon sens.


1 Mauco a plus de succès que Martial : en 1938, il est nommé au cabinet du sous-secrétaire d’Etat chargé des services de l’immigration du gouvernement Chautemps.

2 D’abord très largement masculine, l’immigration se stabilise en 1931 autour de 100 femmes pour 155 hommes.

3 Le romancier André Chamson écrit : « Sûr que les hommes, c’est partout du pareil au même. Mais les Allemands sont quand même plus étrangers ».

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Première partie : Les avocats de l’immigration

Posté par marrickevin le Dimanche, 21 octobre, 2007

Le 11 novembre 1918, à cinq heures du matin, les Etats, après quatre ans de combats, sonnent la fin de la récréation. L’armistice, prenant effet à onze heures onze est valable pour une durée de trente-six jours1. Cela n’empêche pas qu’on continue de se battre encore un peu dans les tranchées qu’on a oublié de prévenir. Mais allez, que ce soit dit : la guerre est finie. Déclenchée par les systèmes d’alliance, encouragée, souhaitée même, par une partie des milieux financiers et de la presse en Europe, la boucherie s’achève faute de combattants et de moyens. La Russie a quitté la scène après la Révolution bolchévique (financée en partie par l’Allemagne), la France commence à manquer de chair à canon, l’opinion publique se lasse et peine de plus en plus à penser que cette guerre est « la lutte de la civilisation contre la barbarie » comme le dit Bergson ou qu’elle est « régénératrice » comme l’écrit Le Figaro. En Allemagne ? Encore mieux : la gauche s’agite, elle s’apprête à faire un coup. Les ouvriers de Kiel manifestent, les Spartakistes, autour de Rosa Luxembourg, brandissent leurs drapeaux rouges. Ca va mal. Soulèvements ouvriers à Munich, Hanovre, Cologne… La révolution gagne Berlin. Le 9 novembre, de son propre chef, le chancelier Max de Bade annonce l’abdication de Guillaume II. Tiens donc ! Curieux. L’empereur n’a pas le temps de réagir que la République est proclamée. L’armistice est signé. L’Allemagne va maintenant se débrouiller avec sa révolution. En un an, tout sera liquidé. Les ouvriers et chômeurs allemands ne sont pas les soldats français et l’armée allemande a encore de beaux restes. Hindenburg, qui avait secrètement conseillé au gouvernement impérial de demander l’armistice, s’en donnera à cœur-joie pour accuser les politiciens du « coup de poignard dans le dos ». Si l’Allemagne a perdu la guerre, ce n’est pas la faute des militaires. Si nous n’avons pas gagné, c’est parce qu’on n’a pas voulu qu’on gagne, on nous a trahis. Devenu président de la république, Hindenburg saura qui nommer chancelier pour chasser les traitres…

En France, la situation est plus calme. Et pour cause : la guerre est gagnée. Vraiment ? Qu’y gagne-t-on ? L’Alsace et la Lorraine. Maigre consolation. Ne vous inquiétez pas, l’Allemagne, seule responsable du carnage – cela va sans dire dans une classe politique devenue entièrement nationaliste après l’assassinat de Jaurès2 – paiera. Avec quoi ?

Le bilan de la guerre est pour le moins catastrophique. Plus de deux millions d’Allemands tués, un million sept cent mille Russes, un million quatre cent mille Français3, un million deux cent mille Austro-hongrois. De l’Europe au Japon (300 victimes), en passant par Terre-Neuve (1 251 morts), plus de neuf millions de personnes ont été tuées, directement, par la guerre. Record battu. Qui dit mieux ?

En plus de ses morts, la France compte, comme les autres nations, ses blessés. Plus de quatre millions. Les plaies pansées, les éclats de balle extraits, les jambes et les bras coupés, on arrive, tout de même, à un million cent mille invalides permanents. Deux millions et demi de personnes manquent. Plus en réalité. C’est à venir. La natalité a chuté durant la guerre du fait de l’absence des hommes et des classes creuses seront inévitables vers 1933. Le nord et l’est du pays sont ravagés, l’économie est totalement désorganisée et demande à être reconvertie après avoir été toute entière tournée vers l’effort de guerre, les campagnes se désertifient4 et une bonne partie des terres cultivées avant le conflit ne pourront pas servir avant plusieurs années. Les seuls bras français ne suffiront jamais si l’on veut rapidement rétablir le pays. Il va falloir faire appel aux étrangers.

La chose n’est pas nouvelle. Déjà avant la guerre, la France avait un taux de natalité faible au point d’être le plus bas d’Europe. Entre 1890 et 1913, le nombre des décès a été à sept reprises supérieur à celui des naissances et déjà on avait favorisé l’immigration. Ainsi, en 1914, on comptait 420 000 Italiens, 287 000 Belges, 105 000 Espagnols, 102 000 Allemands et 72 000 Suisses. Après la guerre, les économistes et le patronat ne perdent pas de temps pour appeler à une immigration massive et rapide. Le Temps, journal de droite, reprend le discours et se charge de le diffuser : avec trois millions d’hommes en moins, la main-d’œuvre sera, est, c’est certain, insuffisante dans l’agriculture et l’industrie. Déjà dans le sud-ouest, les campagnes se vident et les cultures restantes doivent beaucoup aux Italiens qui les maintiennent (tout comme la viticulture qui ne serait plus rien sans les saisonniers espagnols).

Argument supplémentaire pour la droite et le patronat : la journée de huit heures de travail hebdomadaires votée le 23 avril 1919. Allons, mes bons, vous n’y pensez pas, cela va freiner la reconstruction. A moins… A moins ?… A moins d’embaucher des étrangers. Cela manque d’organisation toutefois. L’Etat signe bien des accords de travail avec la Pologne (3 septembre 1919), l’Italie (30 septembre) et la Tchécoslovaquie (20 mars 1920) mais il n’y a, à vrai dire, aucun contrôle et aucun encadrement. Tout juste les traités assurent-ils, en principe, aux travailleurs étrangers une égalité de salaire et de droits avec les Français. Et puis, pour l’image et pour ménager l’opinion, on élabore une liste des nationalités prioritaires. Surtout, ne pas recruter des populations venues des colonies. Trop lentes, trop faibles, insubordonnées et malhonnêtes ; on l’a vérifié pendant la guerre. Point d’Allemands non plus, cela va de soi. Non, avant tout, des Italiens, Polonais, Tchécoslovaques, Portugais, Espagnols, Grecs, Russes et Bulgares.

En 1924, des associations patronales agricoles et industrielles créent la Société Générale de l’Immigration, en partie pour accélérer le mouvement, en partie pour démembrer les services publics5. La technique est simple : à l’étranger, près des usines, dans les campagnes, à la sortie des églises on placarde des affiches où l’on fait une présentation – flatteuse – de la France sous un énorme titre appelant les travailleurs. Les candidats, une fois choisis, sont systématiquement épouillés et vaccinés contre la variole avant d’être transportés, à leurs frais (ils doivent bien ça) en France où on leur remet papiers et permis de travail. Force est de reconnaître que la SGI est plus efficace que l’Etat. En 1929, quand celui-ci recrutait 539 Polonais, la SGI en recrutait plus de cinquante mille. Chiffre d’autant plus étonnant quand on sait qu’elle demandait, pour financer ses activités de passeur, 507 francs à un Polonais alors que le Ministère de l’Agriculture n’en demandait que 358. Que voulez-vous ? Tout est dans le discours : la SGI proposait des salaires trois à quatre fois supérieurs à la réalité.

Le fait est – et c’est l’un des principaux arguments du patronat – que les Français refusent de plus en plus les métiers rebutants, pénibles, les métiers qui les éloignent de leur famille (travail en forêt, construction de barrage, de pont…). A cela s’ajoute qu’on manque de spécialistes et que les Français font de plus en plus d’études et qu’ils entrent plus tard dans la vie active.

A gauche, on accepte l’immigration d’autant plus facilement qu’elle est justifiée. A l’extrême gauche, les positions changent. On était indifférent, au non de l’internationalisme. On se montre ensuite bien plus réservé, voire hostile, après la création de la SGI. Non pas qu’on soit contre les immigrés, mais bien contre l’immigration telle qu’elle est. C’est avant tout le combat contre le patronat qui dirige les arguments : les étrangers connaissent mal le français donc s’engagent sans connaître exactement les règlements et conditions de travail. Craignant d’être renvoyés, voire expulsés, ils n’osent pas se plaindre des salaires et évitent le militantisme syndical. Sans compter qu’il leur faut un certificat patronal pour obtenir une carte d’identité, ce qui les pousse à accepter des carrières sans avancement et des mises à l’essai indéfinies. Pour l’extrême gauche, donc, l’immigration apparaissait comme un moyen pour le patronat de briser le syndicalisme et de faire baisser la pression sociale, bien réelle : l’état de grâce de la fin de la guerre est vite retombé et on compte, en mai 1920, un million et demi de grévistes. On brise le mouvement selon les méthodes habituelles.

Pour une bonne partie du patronat, l’immigration n’est qu’une parenthèse, un épisode. Cela n’est utile qu’à éviter la déchéance de la nation et à maintenir sa puissance. C’est un gage de sécurité : penserait-on à attaquer un pays dont la population est nombreuse ? Et la présence des étrangers limite aussi le travail des femmes qui peuvent ainsi se consacrer à faire des enfants. Enfin, la gauche et les syndicats ne sont pas dupes : l’immigration permet d’embaucher des ouvriers dont on n’a pas à payer la formation.

Les étrangers ont, durant tout l’entre-deux-guerres un rôle économique indéniable. Ils permettent de relever les ruines, de faire d’énormes progrès dans les houillères et ils assurent pour une bonne part la survie de l’agriculture. Ainsi, pour Ralph Schor, si « l’afflux des étrangers […] découlait d’une ancienne déficience démographique, aggravée par la Grande Guerre », « ce fut au prix d’une immigration […] que les tâches les plus ingrates furent accomplies, que la production se maintint, que le chiffre des naissances parut peu déficient ».

Il est vrai, qu’à bien y regarder, avant l’appel aux étrangers, la situation de l’économie française n’était pas brillante et qu’elle ne paraissait pas pouvoir aller vraiment en s’améliorant. A tel point qu’en 1925, devant la Chambre, le député radical Charles Lambert n’hésite pas à dire que « la dépopulation continue et progressive de la France est un fait brutal » et que « [le] pays se meurt lentement » avant de demander, lui aussi, qu’on favorise massivement la venue d’étrangers. Oui, d’accord, mais lesquels ?


1 Il sera renouvelé régulièrement jusqu’au traité de paix du 28 juin 1919.

2 Le 4 août 1914, lors des obsèques de Jaurès, Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, exprime, selon lui, les sentiments de « la classe ouvrière au cœur meurtri » et appelle à entrer dans l’Union Sacrée, pour la guerre, osant dire que c’était là l’idée de Jaurès. Après cela, tout le monde ou presque, de l’extrême gauche à l’extrême droite, des pacifistes aux monarchistes, s’est retrouvé pour la guerre et la défense de la République contre la barbarie allemande.

3 Soit la perte de 10,5 % de la population active masculine. Ce chiffre est de 9,8 % pour l’Allemagne et de 5,7 % pour l’Angleterre.

4 Le pays est toutefois encore pour moitié rural. La population urbaine dépassera celle des campagnes en 1931.

5 D’autres initiatives, plus locales, sont lancées. Ainsi la Société Lyonnaise de Soie de Décines recrute dans les bidonvilles d’Athènes et de Salonique des Arméniens rescapés du génocide de 1915.

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Définition : N

Posté par marrickevin le Jeudi, 18 octobre, 2007

N

Quatorzième lettre de l’alphabet. Jusqu’en 2007, la lettre n se montrait plutôt discrète dans la langue française. C’est bien contre sa volonté qu’elle embrasse la célébrité par force législative en étant associée aux lettres A et D quand il est proposé puis voté de pratiquer des tests ADN sur les candidats au regroupement familial en France. La lettre peut, depuis lors, s’orthographier de deux façons, admises par les grammairiens et les linguistes : n ou haine.

Citation : “Le n (ou haine) de ADN est la lettre qui permet de passer de éthique à ethnique” (Brice Hortefeux)

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En direct de Russie

Posté par marrickevin le Jeudi, 11 octobre, 2007

Un an après l’assassinat de la journaliste russe Anna Politovskaia1, le 7 octobre 2006, l’enquête semble en rester toujours au même point. De nombreuses arrestations ont eu lieu, notamment dans le courant du mois d’août (11 personnes arrêtées). Cependant, même si la main armée est retrouvée, le plus difficile reste à faire : établir la liste des « complices » qui ont participé à cet assassinat et retrouver le commanditaire du crime. Les institutions seraient-elles en causes dans ce crime ? Le FSB aurait-il un rôle dans cette histoire ? Toujours est-il que le président russe, Vladimir Poutine, en déplacement à Dresde (Allemagne) a aujourd’hui dénoncé l’assassinat de la journaliste, le qualifiant d’ « inacceptable ». Une question se pose aux enquêteurs : que faisait-il ce jour là ? A Moscou et à Saint-Pétersbourg, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées hier pour rendre hommage à la journaliste et à travers elle célébrer la mémoire des victimes de la répression politique (à Saint-Pétersbourg devant le monument aux victimes des répressions politiques). Pendant que le président Vladimir Poutine recevait pour fêter son 55ème anniversaire, Garry Kasparov2 déposait une plaque dénonçant le « lâche » assassinat de la journaliste sur l’immeuble où elle demeurait. Voici un article paru, il y a quelques jours, dans le Courrier International3 :

Liberté de la presse : l’ange d’Anna Politovskaia.

Où l’on apprend que la liberté de la presse se paie cher. Surtout en Russie, à quelques jours du premier anniversaire de l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa.

Le 7 octobre prochain, cela fera donc un an que la journaliste Anna Politkovskaïa a été assassinée de trois balles dans la poitrine et une dernière dans la tête. J’insiste sur ces détails, pour que l’on comprenne bien à qui la journaliste russe a eu affaire ce jour-là. Anna Politkovskaïa travaillait pour un des derniers journaux indépendants du pays : Novaïa Gazeta. Un périodique, puisqu’il ne sort plus que deux fois par semaine. Un refuge aussi pour des journalistes qui, comme Anna, exercent leur métier dans des conditions souvent effroyables.

La liberté se paie cher : déjà trois journalistes de Novaïa Gazeta ont été exécutés. Ils sont 13, selon The New York Times, à avoir perdu la vie depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir en 2000. Et 256, selon le quotidien madrilène El País, à être morts depuis la fin de l’Union soviétique. Ce chiffre terrifiant fait de la Russie le pays le plus meurtrier au monde pour les journalistes, juste après l’Irak et un peu devant la Colombie. Une situation si grave, toujours selon El País, qu’il y a plus de journalistes russes en exil que dans les rédactions du pays.

Quant à l’enquête sur l’assassinat d’Anna Politkovskaïa, elle a connu un rebondissement il y a quelques semaines. Le procureur général Youri Chaika annonçait, le 31 août dernier, avoir fait arrêter 10 suspects. Le problème, ce n’est pas tant que trois de ces suspects aient été presque immédiatement libérés. Trois officiers de police d’ailleurs.

Le problème, selon Novaïa Gazeta, c’est que le procureur général a accompagné ces arrestations de commentaires étranges. M. Chaika a en effet expliqué que le meurtre de la journaliste avait été commandité depuis l’extérieur du pays et que l’intention des commanditaires était de déstabiliser la Russie. Etrange, explique Novaïa Gazeta, car ces commentaires ressemblent presque mot pour mot à ce qu’avait dit Vladimir Poutine au lendemain du meurtre d’Anna. De deux choses l’une : soit le président russe est un prophète puisqu’il est capable avec un an d’avance de deviner les conclusions d’une enquête, soit le procureur général fait des efforts à peine voilés pour complaire au Kremlin.

D’ailleurs la main du pouvoir est si évidente, dès qu’il s’agit des médias en Russie, que 11 journalistes de la région de Saratov ont écrit une lettre ouverte au président Poutine pour lui demander de les protéger. C’était il y a deux jours dans les pages du quotidien Kommersant. Pour les protéger de quoi ? Et bien des persécutions dont ils sont l’objet de la part… des autorités russes. Et en particulier de la part de cadres zélés de Russie Unie, un parti inféodé au Kremlin. Autrement dit, et pour résumer la situation, c’est un peu comme si des agneaux demandaient au grand méchant loup de les protéger de la meute.

Vous me direz que la Russie est loin d’être un cas unique. Après tout, il y a deux jours à peine, un reporter de l’agence japonaise APF a été tué par des militaires birmans alors qu’il couvrait les manifestations de Rangoon. En Egypte, par exemple, le rédacteur en chef du quotidien Al-Dustur a appris hier qu’il ne serait pas jugé devant une cour martiale mais simplement devant un tribunal correctionnel. Son crime ? Avoir évoqué dans un éditorial la mauvaise santé du raïs Hosni Moubarak. Depuis un mois, 7 journalistes égyptiens ont écopé de peine de prison pour avoir parlé du même sujet.

Au Zimbabwe, une liste sinistre a été publiée hier par l’hebdomadaire d’opposition The Zimbabwean. Une liste de quinze journalistes dont le document – officiel – leur conseillait de “s’occuper”. La liste en question porte la date du mois de juin et, depuis, au moins un des journalistes concernés, Abel Mutsakani, a reçu une balle dans la jambe (le 23 juillet dernier).

Je pourrais d’ailleurs continuer longtemps mais, avant de vous quitter, je voulais finir par une drôle d’histoire pêchée dans Izbrannoé, un quotidien russe en ligne. Le 7 octobre prochain, à Potsdam en Allemagne, aura lieu la première d’une pièce de théâtre un brin provocatrice. La pièce parle de l’actualité russe et met en scène l’ancien chancelier Schröder en pleine conversation avec son ami Poutine. Anna Politkovskaïa intervient dans la discussion, elle est représentée sous la forme d’un ange. La date du 7 octobre a évidemment été choisie parce que c’est l’anniversaire de la mort de la journaliste russe. Mais elle a aussi été choisie pour une autre raison : le 7 octobre, c’est aussi le jour anniversaire… de Vladimir Poutine. Il aura ce jour-là 55 ans et la pièce s’intitule Bon anniversaire M. Poutine. »

Anthony Bellanger


1 Auteur notamment de La Russie selon Poutine en 2005 et Douloureuse Russie en 2006.

2 Ancien joueur d’échec, actuellement leader du mouvement d’opposition L’Autre Russie. Il est candidat pour son parti aux élections de 2008. Il a été Interpellé (en compagnie de plusieurs personnes), en avril 2007, lors d’une manifestation de protestation contre le recul des libertés démocratiques sous la présidence de Vladimir Poutine.

3 Courrier International du 2 octobre 2007

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L’extrême droite décomplexée

Posté par marrickevin le Mercredi, 3 octobre, 2007

On avait déjà tiqué quand il avait été question, à droite, suite à un rapport de l’INSERM, de détecter la délinquance chez les enfants en bas-âge. L’idée était simple : disons qu’un enfant de trois ans se montre un peu trop turbulent ou même violent dans sa classe de maternelle, cela doit être interprété comme un signe de future délinquance, voire de criminalité potentielle. Donc, pour museler le sauvage avant qu’il ne soit trop tard, on agit tout de suite et l’INSERM préconise alors un traitement médicamenteux. Le projet, soutenu par Nicolas Sarkozy, avait finalement été abandonné.

Ensuite, pendant la campagne présidentielle, le candidat Sarkozy y était allé de sa découverte scientifique : le suicide et la pédophilie ont des causes génétiques. On est prédestiné à mettre fin à ses jours ou à agresser sexuellement des enfants. Quand on a demandé à Sarkozy d’où il tenait une telle information qui laissait coi quiconque avait suivi la moindre initiation à la biologie, il avait tout simplement répondu ne pas être en mesure d’expliquer ce fait, n’étant pas lui-même un spécialiste. Ben voyons. Il venait tout bonnement de réactiver le concept de races. Ainsi, certains groupes de la population humaine sont, par essence, génétiquement, différents. Les uns suicidaires, les autres pédophiles. On prend peur devant le danger et l’abyssale imbécillité d’un tel raisonnement et d’une telle croyance. Il ne manque plus à cette croyance le moyen de reconnaître, tout à fait arbitrairement, ces groupes différents (un point commun physique, ou géographique, etc), de les identifier afin de pouvoir les isoler ou les supprimer. Pas spécialiste ? Imaginons un politique expliquant que les juifs sont une catégorie d’hommes inférieure physiquement et intellectuellement mais qui s’empresserait de préciser qu’il est incapable de dire pourquoi les choses sont ainsi car il n’est pas spécialiste. En plus clair : c’est comme ça, on ne sait pas pourquoi, mais c’est comme ça, d’ailleurs il n’y a pas d’explication, c’est comme ça et point barre. Sarkozy, du point de vue du raisonnement et des ces applications possibles, a tenu un discours que n’aurait pas renié un théoricien nazi.

Troisième acte : voilà qu’on crée un ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement (le temps de prononcer l’intitulé, 2 000 clandestins expulsés ; qui dit mieux ?). Le terme de codéveloppement voudrait nous faire croire qu’il ne s’agit pas d’un ministère du chacun chez soi. On associe pour mieux les opposer « immigration » et « identité nationale ». L’identité nationale, personne ne sait ce que c’est, personne ne pourrait la définir, pour aucune nation. Est-ce qu’on parle de la langue ? Impossible puisqu’on parle français ailleurs qu’en France (et qu’il est certains pays qui ont plusieurs langues). Est-ce qu’on parle de culture ? Ridicule car personne ne peut dire ce qui fait la culture d’un pays, ce qui est culturel ou non, et personne ne peut assurer qu’une population a les mêmes références. Est-ce qu’on parle d’enseignement ? Foutaises puisque le gouvernement qui vante l’identité nationale est le même qui entend supprimer le collège unique. Alors on parle peut-être de bouffe ? Sauf que les Alsaciens s’empiffrent de choucroute pendant que les Marseillais font cuire leur bouillabaisse et que les Lyonnais se flinguent la santé à la charcuterie. L’identité nationale, c’est cet amas de clichés. Le Français ? Il trouve la Tour Eiffel magnifique, se marre devant Laurent Gerra (après Guy Lux et Jacques Martin), regarde la grand messe du 20 heures, mange du pain, aime le foot, achète les disques de Johnny Hallyday, lit Marc Lévy et admire Brigitte Bardot. A bien y regarder, la seule chose que les personnes habitant en France ont en commun, ce sont les institutions et les dirigeants, les derniers tentant de démolir les premières. Et côté bouffe, les seuls points communs sont Mac Donald’s et les surgelés. L’identité nationale, personne ne sait ce que c’est, mais ça sonne bien et tout le monde est prêt à la défendre (car ça fait partie de ces choses dont on ne parle que quand elles sont menacées). Tout ce qu’on sait – et ça suffit – c’est que « identité », c’est moi et que « nationale » ce ne sont pas les autres. Et il faut bien un ministère pour s’occuper de tout ça et s’assurer que l’immigration ne vienne pas tout mettre à bas. Comme si la France, en nation autodidacte, s’était construite toute seule, sans influence extérieure, sans forces et cerveaux venus d’ailleurs, et surtout sans aller se servir chez les autres quand quelque chose l’intéressait.

Désormais, en France, la politique d’immigration, c’est choisir l’étranger qui nous plaît, comme on fait avec les bêtes de concours, et traquer les sans-papiers. Le président de la République et le Ministre de l’immigration, etc., sont même allés jusqu’à donner un nombre minimum de clandestins à expulser chaque année. Et comment vont-ils s’y prendre. Ils parlent des clandestins comme s’ils en connaissaient le nombre exact. Or, pour connaître le nombre exact de clandestins (ou un nombre approchant), il faut contrôler les frontières, et si on contrôle les frontières, on n’a pas besoin d’expulser les clandestins. Ce que Le Pen propose de faire aux frontières, Sarkozy propose de le faire dans la rue, là où ça se voit. En conséquence de quoi, à la faveur de l’autorité, de la répression, du contrôle, de la présence policière accrus, Sarkozy crée chez la population une peur de ceux censés la protéger. Le fait n’est pas nouveau et ne s’applique pas qu’aux clandestins. A ceux qui s’opposent à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une augmentation de la présence policière (multiplication des uniformes, installation de caméras partout, etc.), ses partisans répondent que quand on n’a rien à se reprocher, on accepte qu’il y ait plus de police, plus de contrôles et qu’on ne voit pas en quoi ça peut poser le moindre problème. Sauf qu’il y a quelques mois, alors que Sarkozy était ministre de l’Intérieur, deux adolescents qui n’avaient absolument rien à se reprocher ont préféré se réfugier dans un transformateur électrique et y laisser leur peau plutôt que de se soumettre à un banal contrôle d’identité (Sarkozy avait alors inventé une histoire de cambriolage, mensonge de plus dans la litanie qu’il égrène depuis cinq ans). Et les clandestins – dont la folle envie de retourner là d’où ils viennent n’est plus à démontrer – préfèrent, quand ils entendent frapper la police à leur porte, sauter par la fenêtre. N’avoir rien à se reprocher, ça ne pèse pas lourd quand on a la trouille.

Aidé du député Thierry Mariani, le gouvernement a eu une autre idée : tester génétiquement les candidats au regroupement familial ; tour de passe-passe pour mettre en place un fichier et une sélection ethniques des étrangers. Les tests génétiques, ça coûte cher, c’est pour cette raison qu’ils ne sont pas systématiquement utilisés dans les affaires criminelles. Là, ça reviendra à 300 euros par personne, remboursés par l’Etat français si le test est « positif ». Bref, on se fout de la gueule du monde.

L’idée est dégueulasse, le principe raciste, l’application grand-guignolesque. Et passons aux cas pratiques. Quid de l’enfant élevé par un papa qui n’est pas son père biologique ? Quid de l’enfant qui, pour des raisons pouvant être multiples, est orphelin, élevé par un oncle, une tante, des grands-parents, un frère ou une soeur ? Quid de l’enfant adopté ? Le gouvernement dit vouloir lutter contre la polygamie mais il va permettre à des hommes de pouvoir faire venir des enfants qu’ils auront eus avec plusieurs femmes différentes. Alors va-t-on tester les enfants entre eux aussi ? Le code génétique de l’enfant doit-il correspondre à celui de la mère ou du père ? On dit vouloir lutter contre les fraudes, mais quel intérêt une personne peut-elle avoir à faire venir en France quelqu’un qui n’est pas de sa famille, avec qui il n’a aucun lien ? C’est n’importe quoi. Le père et la mère, ce sont ceux qui sont là ou, à défaut d’être là tout le temps, ceux qui exercent une responsabilité, qui donnent de l’amour, qui éduquent. En fait, comme avec les traitements médicamenteux pour les enfants de 3 ans, comme pour le suicide et la pédophilie à causes génétiques, une fois de plus, on crée, volontairement, la confusion entre science (ou pseudo-science) et fait social, chimie et éducation. Et cette fois-ci, pour en rajouter une couche, on confond père et mère avec papa et maman.

Que la droite que conduit Nicolas Sarkozy puisse proposer de telles mesures, cela finit par ne même plus nous surprendre. Le candidat UMP a grossi son électorat en puisant dans celui du Front National par la reprise, à peine édulcorée, de certains thèmes et idées chers à Jean-Marie Le Pen . Il a déplacé une partie de la droite républicaine vers l’extrême droite et non ramener, comme il le prétend, les électeurs frontistes vers la démocratie et la République. L’UMP abrite tout de même des gens tels que Eric Raoult,chaud partisan du rétablissement de la peine de mort ; Jacques Peyrat, maire de Nice, ancien du FN et qui avait annoncé qu’il voterait Le Pen si ce dernier était opposé à Royal lors des présidentielles ; Nadine Morano, Thierry Mariani, Christian Estrosi, Patrick Devedjian, Brice Hortefeux, tous aux idées proches de l’extrême droite (et certains en sortant directement). Qu’une droite pareille vote une loi pareille, ça n’est pas étonnant. Mais que la gauche fasse comme s’il ne se passait rien, voilà qui fait d’autant plus mal. Il a fallu que ce soit Jean-Pierre Raffarin qui monte au créneau, avec d’autres parlementaires UMP (qui, ne soyons pas dupes, voient là une bonne occasion de casser du Sarkozy), pour dire qu’il n’était pas admissible de résumer l’homme à une équation génétique et qu’il « [croyait] au mystère de la personne humaine ». A gauche ? Silence. Pour le vote l’Assemblée Nationale ? Personne, ou presque. Bien sûr, la droite a la majorité et le texte serait passé de toute façon. Mais y aller quand même, représenter l’idée pour laquelle on a été élu, amender, demander la parole, poser des questions, retourner le problème dans tous les sens possibles, faire durer le débat, gueuler, provoquer l’incident de séance, que ça pète à la tronche du pays, qu’on en parle. Mais non, rien. Devant une gauche qui renonce à tout ce qui justifie son existence, la droite aurait bien tort de se priver.

Un sursaut ! Le Sénat, grâce à l’appui de voix UMP, renvoie le texte en lecture. On s’étonne qu’une institution créée uniquement pour assurer la sécurité du conservatisme censure une droite réactionnaire. C’est que le Sénat compte beaucoup d’anciens, comme l’on dit dans un faux respect. Des vieux. Des ancêtres, qu’on critique et qu’on moque assez. Il n’empêche ! Les ancêtres, ils ont vécu la dernière guerre et ils savent encore le prix qu’il faut attacher aux Droits de l’Homme et à la démocratie.

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Raffarinade

Posté par marrickevin le Mardi, 2 octobre, 2007

Jean-Pierre Raffarin, interrogé ce dimanche sur RTL sur les franchises médicales auxquelles songe le gouvernement pour renflouer les caisses de la Sécurité Sociale*, en a dit tout le bien qu’il en pensait et les a même justifiées. Selon lui, il “est très dangereux d’être dans un système où la conscience de la dépense n’existe pas“. Autrement dit : les Français ne payent pas le médecin, ni les médicaments, alors forcément, ils en abusent. On rappelle à Raffarin que son gouvernement a mis en place l’euro forfaitaire, non remboursé, pour chaque consultation ; et qu’à moins d’être couvert à 100 %, les médicaments ne sont pas intégralement remboursés.

Qu’est-ce qu’il a dit ? Conscience de payer inexistante ? D’après lui, qui c’est qui paye mes impôts, la TVA et ma mutuelle ?…

* Dernier déficit en date : 3 milliards d’euros cette année. Avec les réformes du dernier gouvernement, rien d’étonnant. Par contre, les lois votées depuis le 6 mai – le fameux paquet fiscal -, profitant surtout aux plus aisés et validant l’arnaque que sont les défiscalisations des heures supplémentaires, vont priver l’Etat d’une quinzaine de milliards d’euros de rentrées fiscales par an. Cherchez l’erreur.

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“Zola assassiné ?” – suite

Posté par marrickevin le Mardi, 2 octobre, 2007

Pour réagir à l’article posté sur la mort de Zola, la conclusion que l’historien Henri Guillemin donnait à la préface qu’il avait écrite pour une réédition de l’ouvrage de Zola “La vérité en marche”.

“Le romancier ne verra pas la réhabilitation de Dreyfus, qui n’interviendra, grâce à Jaurès et à Emile Combes, qu’en 1906. A cette date, Zola est depuis quatre ans dans la tombe. Il n’aura jamais su le fin mot de l’histoire ; il s’obstinera à prendre Henry pour un traître et Picquart pour un héros ; alors qu’Henry était seulement un sous-ordre exemplaire, sachant Dreyfus innocent, mais ayant pour principe que les chefs ont toujours raison, et qu’un officier soucieux de son avancement ne saurait montrer trop de zèle pour plaire à ses supérieurs ; quant à Picquart, qui était antisémite, si sa carrière n’eût pas été cruellement endommagée par son faux pas de 1896 lorsque, après de longues hésitations, il avait révélé à ses chefs le crime d’Esterhazy, le sort du Capitaine Dreyfus l’eût toujours laissé parfaitement indifférent. Zola ignorera que toute l’Affaire reposait sur l’épouvante qu’éprouvaient l’état-major et les « honnêtes gens » informé, à la pensée de voir le nom d’un grand personnage militaire (probablement le « généralisme » Saussier) mêlé à l’aventure si l’immonde Esterhazy n’était pas couvert à tout prix ; d’où la protection écœurée mais vigilante dont l’entoureront les généraux.

Ce n’est pas, ici, ce qui nous intéresse. C’est Zola que nous regarderons. « L’Affaire Dreyfus m’a rendu meilleur » ; il prononcera ces mots sans élever la voix, mais distinctement. L’Affaire avait été pour lui l’offre de se retrouver et de s’accomplir ; une offre qu’il n’avait pas repoussée. Son fils Jacques-Emile – dont je salue ici la haute et noble mémoire (et croyez que je pèse mes termes) – m’a dit et redit la conviction où il était que son père, lorsqu’il disparut subitement en 1902, asphyxié dans sa chambre, mourrait victime d’un assassinat. Je ne saurais me prononcer. Une chose est certaine : la droite haïssait ce combattant, républicain pour de bon ; et l’on savait qu’il écrivait alors un roman sur l’Affaire. Que la droite l’ait fait tuer, je ne vois là rien d’impossible.”

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