En direct de Rangoon
Posté par marrickevin le Jeudi, 27 septembre, 2007
Aung San Suu qui ? Au Myanmar (ex-Birmanie), les choses sont assez simples, vues de l’extérieur : une dictature militaire, des manifestants, la répression, toute la communauté internationale qui s’émeut et des pleines pages dans les journaux. En fait, la situation dure depuis 1962 et le premier coup d’Etat militaire. En 1990, la Ligue Nationale pour la Démocratie, menée par Aung San Suu Kyi, remporte haut la main les élections, victoire à laquelle les militaires répondent par un nouveau coup d’Etat. Depuis, le gouvernement légitime est en exil, et Aung San Suu Kyi est assignée à résidence (sauf entre 1991 et 1995) et il est interdit de consulter la médecin, la junte militaire la sachant malade depuis plusieurs années et espérant qu’elle y passe. Il lui a été interdit de sortir du pays pour aller chercher son Prix Nobel de la Paix en 1991 et elle a refusé, il y a quelques mois, une intervention américaine lui permettant de quitter le pays. Aujourd’hui, tout le monde joue à l’étonné. La Birmanie ? C’est quoi ? C’est où ? Et les journalistes sont tout fiers de nous informer à coups de « Comme nous vous le disions hier » et de « La situation devient préoccupante en Birmanie ». Ca fait belle lurette qu’elle l’est, que les manifestations sont nombreuses et la population n’en est pas à son premier défi lancé à la junte militaire.
On croit rêver. Il se trouve que le Président de la République Nicolas Sarkozy devait rencontrer le gouvernement birman en exil, ce dernier accompagné de Jane Birkin, militante de longue date pour la mobilisation de la communauté internationale et le retour de la démocratie en Birmanie. On ne s’étonne donc pas que, tout à coup, presse, radio et télé s’intéressent à qui mieux-mieux à la Birmanie et à son triste sort. Ce que pourra en dire ensuite Nicolas Sarkozy, arrivant sur son fidèle destrier médiatique comme le Chevalier Blanc, n’en intéressa que plus la population qui, autrement, ne serait jamais soucié de la Birmanie. A défaut d’admirer l’héroïne d’un peuple qu’est Aung San Suu Kyi, les Français peuvent admirer le héros du micro qu’est Nicolas Sarkozy. Ce dernier s’est empressé de demander aux entreprises françaises ayant des intérêts en Birmanie de « geler les investissements à venir », ce qui relève de la farce. En clair, Total doit éviter de signer de nouveaux partenariats avec la Birmanie, mais peut continuer à profiter de ceux déjà existants. Voilà qui devrait faire bouger les choses au pays des femmes-girafes. Quant à la Chine, principal investisseur et partenaire financier de la Birmanie, elle a appelé la junte militaire à la retenue. N’allez surtout pas nous foutre le souk dans notre business, on serait tous perdants.
Docteur Folamour, où es-tu ? Bernard Kouchner est sans doute trop occupé à mitonner l’attaque surprise qu’il réserve à l’Iran pour s’occuper du dossier birman sur lequel on ne l’a toujours pas entendu, bien qu’il soit toujours Ministre des Affaires Etrangères. Il faut dire qu’il a déjà joué son rôle dans cette affaire en signant des deux mains un rapport dédouanant Total des accusations de violations de droits de l’Homme (lesquelles ont entraîné de nombreuses plaintes pour la plupart prises très au sérieux et examinées par la justice belge). Rémunéré pour cette belle ouvrage et s’y étant attelé avec soin (les plaintes portaient sur les conditions de travail d’ouvriers – parmi lesquels des enfants – construisant un pipeline en pleine jungle ; Kouchner est resté trois jours en Birmanie, à Rangoon, avant de revenir), On se demande si notre docteur Folamour n’est pas sous le coup d’un contrat avec la grande firme française lui interdisant de la critiquer publiquement. Au point où on en est dans cette sordide histoire, tout devient possible, comme dit l’autre.