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Les génies n’ont pas le choix

Posté par marrickevin le Mardi, 7 juillet, 2009

J’ai mal.

Je rentrais, il était déjà tard (pourquoi dit-on « déjà tard » ? Il sert à quoi le « déjà » ?), j’allais me coucher, et voilà. Merci les conneries. Résultat des courses, pour je ne sais quelle raison, l’annonce de la mort de Michael Jackson à la radio ne m’a pas suffi. Il a fallu que j’allumasse la télé. Pour voir… Pour voir quoi ? J’en sais rien. Y’avait rien à voir. Pour une fois, alors qu’on parlait de MJ, y’avait rien à voir. On voyait de pauvres gens encercler l’hôpital où il avait été admis sur des images prises depuis un hélicoptère (et sur la gauche de l’écran, des images de clips et de concerts – images d’archives ; arg). Des rues bloquées par la police. Un foutoir incroyable. Un bus arrive, s’arrête à un feu rouge. On voit un homme sortir la tête par une fenêtre. Sûrement demande-t-il à quelqu’un qui se trouve là pourquoi tant de monde se masse ici. L’autre doit lui expliquer. Et le bus ne va pas plus loin. On voit tout le monde en sortir. Et les passagers du bus arrêter les voitures suivantes, les prévenir, et tout le monde sortir des voitures. Ca porte un nom ça : commotion. Le coup sur la carafe. Alors ? Elle est pas belle celle-ci ? Tu t’y attendais, toi ? Non, ben tiens, mange-la-toi en pleine tronche. Bouffe, c’est du génie. Ah ça, pour sûr, ça n’arriverait pas à une canaille.

Y’avait rien à voir sur cette putain de télé à cette putain d’heure. Et il n’avait rien à dire Thierry Dujeon (Thierry Dujeon ! Toujours là !) mais il les commentait quand même les putains d’images. Je suis pourtant resté planté devant pendant près de trois heures, à voir les mêmes séquences en boucle, à entendre les mêmes appréciations. J’étais resté dix minutes devant les images des attaques du 11 septembre 2001. Et là, trois heures. La télécommande à la main, la bouche bée. Arrêt sur image.

Allez ? Pour de la vraie ? Il y est passé, le King ? (« king », ça suffit pas, on t’y rajoute une majuscule pour faire bon poids). Qu’un homme politique ou un roi meure, c’est dans l’ordre. On s’y attend. Ils font partie de l’Histoire, même encore en vie, alors on sait qu’on parlera d’eux au passé un jour ou l’autre. Pour peu qu’ils se fassent assassiner, ça fait une date de plus au programme scolaire. Funérailles nationales, bilan, témoignages, et biographies dans les librairies, il était formidable, c’était un salaud. Tout le bla-bla historique en somme. Mais un artiste. Mais un créateur. Ca ne marche pas. C’est pas réglo. On nous prend en traitre.

Je vous épargnerai le couplet « C’était un des derniers géants », « C’était le plus grand ». On nous le chante dès qu’un acteur américain meurt. En fait, la mort de Michael Jackson, c’est exactement comme la séparation des Beatles. Idem, tout pareil. Ca veut dire : voilà, terminé, y’en aura plus, c’était bien, c’était de l’extraordinaire, mais stop, contentez-vous de ce que vous avez.

Vinrent les réactions, plus ou moins éclairées, plus ou moins intéressantes, plus ou moins « pertinentes ». Mêmes les politiques tentèrent le coup. Chavez y va de son communiqué, le gouvernement japonais aussi. D’autres s’ajoutent à la suite. Pas vraiment le choix. Ce serait comme dire que « Citizen Kane » est un mauvais film ou que le soleil se lève à l’ouest. Et puis France Inter a une idée : aller demander à un danseur étoile ce qu’il pense de Michael Jackson. Et qu’en dit-il ? Qu’il ne connaît pas vraiment sa carrière, qu’il a vu quelques vidéos, vu quelques performances sur scène, mais qu’on lui a dit, au détour d’une conversation, que MJ n’avait aucune formation de danse, qu’il n’avait jamais appris. Alors là, ça change tout. Etre aussi bon, maîtriser des gestes, des attitudes, des enchaînements qui demandent des années de souffrance et de sueur à un danseur étoile, et les maîtriser sans avoir appris, chapeau bas. Cet avis-là aurait presque tendance à rendre tous les autres négligeables. Il savait la danse, comme on sait respirer

Un peu plus tard, deux personnes diront deux choses intelligentes parmi les choses très justes ou très fausses qui seront dites1. D’abord Johnny Hallyday qui dit que ce qu’il aimait avant tout chez lui, c’était sa simplicité. Il a tout compris au film, le Johnny, mine de rien. Et une autre personne (qui ? aucune idée) qui dit simplement que le monde vient de perdre sa star. Quand il dit star, il ne parle pas de ses brouettes de chignoles qui s’égosillent la niaiserie à la bouche en s’ébrouant maladroitement dans des costumes ridiculement hideux. Il parle d’une star, d’une vraie, pas d’un forçat de la paillette, d’un stakhanoviste du « Regarde comment je brille plus que l’autre », mais de quelqu’un plus connu que le Christ, comme l’étaient en leur temps les Beatles, d’un type qui y a mis toutes ses tripes, toute sa passion, toute sa volonté. Parce qu’il en est ainsi des génies : ils n’ont pas le choix.

C’est monumental. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Il faut voir ne serait-ce qu’un extrait d’un concert. Un plan large. Cet homme, seul sur scène, qui donne tout ce qu’il a, qui ne s’économise pas, qui improvise. Le danseur étoile qui en parlait disait qu’il n’en revenait pas de savoir que Michael Jackson était aussi chorégraphe, et pas seulement danseur, ce qui faisait de lui un génie sans précédent. Le mot est employé à tort et à travers de nos jours, mais cet homme était bel et bien génial. On ne peut pas choisir parmi ses clips. Ici l’ambiance, ici les pas, ici le rythme. La même chose pour ses performances sur scène. On voit tel titre interprété telle année à tel endroit. On est bluffé. A certains moments, il ne paraît pas humain tant ses gestes sont « élastiques » ou bien « robotiques ». On n’en croit pas ses yeux. Et puis on voit la même chanson, mais ailleurs, lors d’un autre concert. Et c’est autre chose. Il faut avoir vu ça, c’est nécessaire. Un être humain normalement constitué ne peut pas faire l’économie de regarder quelques-unes de ses performances en concert. Ca n’a pas de sens de s’en priver .

Textes en tout genres, de la ballade dans le pur style bluette aux mots acérés et énervés qu’on oublie trop souvent de lire. Rythmes de toutes les veines, une chanson – Billie Jean – composée autour d’une ligne de basse à faire pâlir McCartney, qui lui vient alors qu’il est en voiture et « pense à autre chose » (comme disait Victor Hugo), la voix de Vincent Price sur Thriller (et sur un titre d’Iron Maiden, aussi, mais je ne sais plus lequel), les duos avec McCartney, les chansons caritatives, le public du Superbowl qui chante en chœur cette merveille qu’est Heal the world, et le Gone too soon en hommage à un enfant mort du SIDA au début des années 90. Clips inventifs et innovants (qui peut rivaliser avec Smooth Criminal ou Black or White ?) que viennent, à l’occasion, réaliser Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Spike Lee ou encore John Landis (dont « Le loup-garou de Londres » a inspiré Thriller), tandis que Steven Spielberg vient jouer son propre rôle dans un clip que MJ fait sembler de réaliser (faut suivre). Concerts dantesques au cours desquels la première partie est assurée par les pistes des Beatles poussées à fond les manettes. Tournées impensables s’étalant sur tous les continents ; et les bénéfices de celle de 1992-1993 reversés à des associations. Recordman du nombre de records détenus pour tout ce qui touche à la musique. On s’embrouille, on ne sait plus où donner de la tête. Des idées en veux-tu, en voilà. Qui dit mieux ? Qui a autant surpris ? Qui a autant créé ? C’est aussi inimaginable que c’est surprenant. Et c’est terminé. Chapeau l’artiste. Tu t’es bien donné. On aura vécu ça. Le magnifique et triste destin de l’homme devenu à lui tout seul un événement. Bête de scène, artiste génial, danseur essoufflé poussé par le mythe qu’il a créé. Eternel parce que mortel. Le moonwalk, qu’il n’invente pas, mais qu’il rend inimitable comme le symbole d’un homme marchant ailleurs dans une direction que tout le monde ignore mais espère pourtant. Vas-y danse, mon gars, on ne t’en voudra jamais…

J’ai mal.

En 1983, la Motown fête ses 25 ans. Michael Jackson, chanteur célèbre devenu star avec la sortie de l’album Thriller, interprète Billie Jean. Il exécute alors pour la première fois ce qui va devenir son grand classique : peu après le refrain, il enchaîne le moonwalk et les pointes – en chaussures de ville. Fin de la chanson. Acclamations. Le pas a sidéré et enthousiasmé le public. Michael Jackson sort sous les applaudissements. Et se met à pleurer. On s’approche, on demande. Qu’est-ce qui ne va pas ? Réponse du génie : c’est les pointes, je voulais tenir trois secondes, et j’en ai pas tenu une.

Les génies n’ont pas le choix.


1 Un type comme il faut, qui parle comme il faut, avec les mots qu’il faut, nous explique que Michael Jackson s’est coupé de la communauté noire en se faisant blanchir la peau, ce qu’elle ne lui a jamais pardonné. Le tout dit sous l’approbation pénétrée des autres personnes autour de la table qui boivent une analyse aussi solidement ficelée. Faire le docte et ne pas savoir que MJ était atteint d’une maladie, le vitiligo, qui dépigmente la peau. Tout ça pour une analyse ethno-sociologico-fumiste.

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Sur Henri Guillemin

Posté par marrickevin le Jeudi, 28 mai, 2009

Je me permets de diffuser ici le lien d’un (bref) article paru sur Mediapart, concernant un colloque tenu en l’honneur d’Henri Guillemin, à Mâcon le 21 mars 2009. L’article est signé Patrick Rödel (un nom familier à ceux qui connaissent un peu la vie de H.G.).

http://www.mediapart.fr/club/blog/patrick-rodel/260309/henri-guillemin-historien-de-la-republique

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Archimède – T’as pas 100 euros ?

Posté par marrickevin le Mardi, 12 mai, 2009

T’as pas 100 euros ?
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

Le juste prix est celui qui contente à la fois l’acheteur et le vendeur, prétendent les économistes. Mais il est des situations où cet équilibre ne peut être atteint. Imaginons que l’on puisse mettre aux enchères un billet de 100 euros. La règle du jeu veut que les deux derniers enchérisseurs paient la somme qu’ils ont misée en dernier. Celui qui a fait la plus grosse enchère garde le billet de 100 euros, et l’avant-dernier enchérisseur perd la totalité de sa mise. Et maintenant suivons les enchères.

Hervé et Jean-Jacques sont les deux protagonistes. Hervé mise 10 euros, Jean-Jacques renchérit à 20 euros. Si Hervé s’arrêtait, il perdrait 10 euros et Jean-Jacques empocherait le billet : il gagnerait 100 euros, moins son enchère de 20 euros, c’est-à-dire 80 euros. Hervé, qui ne veut pas perdre ses 10 euros, renchérit à 30, Jean-Jacques surenchérit à 40. Et les enchères continuent bon train jusqu’à ce que l’un de nos deux protagonistes, Hervé par exemple, mise 100 euros : la valeur du billet. La situation est critique : si Jean-Jacques s’arrête, il perd sa dernière enchère de 90 euros. Donc il mise 110, pour perdre seulement 10 si Hervé s’arrête. Mais Hervé n’a pas intérêt à s’arrêter, il enchérit à 120 euros préférant perdre 20 euros plutôt que 100.

Et ainsi de suite, nos enchérisseurs poursuivent leurs enchères pour ne pas perdre leur dernière mise, jusqu’à ce qu’ils atteignent la somme maximale qu’ils veulent ou peuvent perdre. Mais, en définitive, ils vont perdre tous deux de l’argent et l’hypothétique vendeur en gagnera beaucoup.

Cette règle du jeu conduit en effet à des enchères infernales. Evidemment, Hervé et Jean-Jacques auraient pu s’entendre pour ne pas trop faire monter les enchères et partager ensuite le bénéfice du dernier enchérisseur. Une forme d’entente parfois utilisée par certains professionnels dans les salles de ventes. Mais là, c’est pas du jeu !

Cette entente illégale lèse le vendeur et la libre concurrence ruine les acheteurs. La concurrence saine et loyale est parfois impossible. La situation de la vente du billet de 100 euros est courante : course aux armements, dessous de table pour l’obtention d’un marché, escalades commerciales diverses. Ca vous étonne ?

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Archimède – O.G.M. : risques et périls

Posté par marrickevin le Jeudi, 16 avril, 2009

O.G.M. : risques et périls
par Denis Van Waerebeke et Vincent Gaullier

Depuis plusieurs années maintenant, des scientifiques pointent ici et là les éventuels risques liés la généralisation des plantes transgéniques. Travaux de recherche à l’appui, des dangers pour l’environnement et la santé humaine apparaissent. En voici quelques exemples.

Parmi les plantes transgéniques disponibles sur le marché, il y a le maintenant célèbre maïs qui résiste à la pyrale. Les chenilles de ce petit papillon raffolent de cette céréale. Ses agapes terminées, la pyrale peut avoir détruit jusqu’à 20 % de la récolte. On comprend donc aisément que certains agriculteurs aient vu avec bonheur la commercialisation d’une variété de maïs dont le patrimoine génétique dispose d’un gène de résistance aux attaques de ce nuisible. Fini donc l’épandage de produits insecticides à chaque attaque de la pyrale ; la plante synthétise en permanence ses propres défenses chimiques. C’est là où le bât blesse : la culture de cette plante représente en soi une pression évolutive sur l’environnement. En d’autres termes, la plupart des pyrales étant tuées, seules survivront les plus résistantes. Elles deviendront alors le type le plus fréquent. Aux Etats-Unis, où les cultures de maïs transgénique représentent plus d’un tiers du maïs planté en 1998, les premières parcelles détruites par ces pyrales résistantes existent déjà.

Des écologues ont noté que ces céréales transgéniques tuaient aussi des insectes utiles : les larves de chrysopes vertes, par exemple. Cette mouche, prédatrice des chenilles de pyrales, est victime d’un effet ricochet : la toxine synthétisée par le maïs transgénique ne lui est pas nocive directement, mais, une fois digérée par la chenille, sa structure chimique se modifie, sa nocivité augmente, et elle devient fatale à la chrysope. Au printemps, les pollens volent aux quatre vents. De ce mode de reproduction des plantes vient un autre risque : les gènes contenus dans le pollen des plantes transgéniques, résistantes aux herbicides, sont susceptibles d’entrer dans le patrimoine génétique de plantes sauvages, au hasard des rencontres et des croisements. La descendance deviendrait alors envahissante parce qu’indestructible par les produits classiques. Pour le colza, le risque est déjà démontré : il se croise avec des mauvaises herbes que sont la moutarde, la ravenelle, en leur transmettant ce gène de tolérance à l’herbicide.

Les biologistes ajoutent dans leurs constructions génétiques un gène de résistance à un antibiotique : l’ampicilline. Un gène dit de marquage, qui permet aux chercheurs de repérer les plants qui intègrent les modifications génétiques souhaitées. Pour certains microbiologistes, le transfert de la plante vers des bactéries du sol de ce gène de résistance est possible. Ce qui rendraient résistantes ces bactéries à l’antibiotique. Une menace inutile pour de nombreux épidémiologistes : alors que depuis 20 ans, aucune nouvelle famille d’antibiotiques n’est apparue sur le marché, est-il raisonnable d’utiliser ces gènes de résistance ? Et tout comme les bactéries du sol, les bactéries qui nous attaquent pourraient-elles devenir insensibles à des antibiotiques comme l’ampicilline ? Même si ce danger existe, il est plus aigu à cause du recours trop systématique à des antibiotiques pour nous soigner qu’à cause des plantes transgéniques. Reste qu’il existe un risque pour la santé humaine : celui de l’apparition de nouvelles allergies. En effet, selon certaines études, les allergies dues à la consommation de soja ne cessent d’augmenter : + 50 % entre 1997 et 1998. Or, qu’est-ce qui a changé pendant ces 12 mois ? L’arrivée massive du soja transgénique.

Un constat s’impose : l’étude d’impact ! Tout ce travail préparatoire chargé d’évaluer les risques écologiques liés à l’emploi des plantes transgéniques ayant été trop négligée, il semble que nous soyons dans un flou. Plutôt inquiétant. Alors que beaucoup de chercheurs travaillent sur les OGM, trop peu en étudient les risques et les aspects négatifs. Or il est difficile de trouver si l’on ne cherche pas. Aussi, sans forcément courir derrière l’inaccessible « risque zéro », il est temps d’estimer précisément les conséquences du développement des cultures transgéniques.

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Archimède – La chaleur et le travail

Posté par marrickevin le Lundi, 30 mars, 2009

La chaleur et le travail
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

Nous savons tous que le travail donne chaud, mais les physiciens précisent cette intuition. Le premier épisode tourne autour d’un étrange bonhomme : Benjamin Thompson, né dans le Massachusetts en 1753, fut à la fois un espion à la solde du roi d’ Angleterre, un physicien qui se préoccupa de nourrir les mendiants, et le chef des arsenaux du souverain de Bavière. Il expia toutes ses fautes à Paris, par un mariage malheureux avec la veuve de Lavoisier. Thompson avait observé que les tartes aux pommes restaient chaudes très longtemps. Il se brûlait parfois en les mangeant, et il cherchait à savoir pourquoi. Un jour, une observation fortuite lui donna la clef du mystère. Alors qu’il faisait une expérience dans une pièce qui était chauffée par un poêle en fonte, son valet lui apporta un bol de soupe épaisse, qu’il déposa sur le poêle, en attendant de finir son travail. Une heure plus tard, environ, il prit une cuillerée de soupe et la trouva froide. Puis, à la cuillerée suivante, qu’il prit plus au fond du bol, il se brûla la bouche.

Eurêka ! La soupe épaisse se comportait ainsi parce que la chaleur se propageait seulement par conduction, du fond vers la surface. Le poêle chauffe le fond du bol, qui chauffe lui-même le fond de la soupe. La chaleur monte ainsi lentement vers la surface, tandis que l’air refroidit rapidement cette dernière ; au total, le fond est plus chaud que la surface. Au contraire, un bouillon léger, placé dans les mêmes circonstances, est uniformément chaud parce que le liquide du fond, chauffe, se dilate ; moins dense, il monte alors en surface, se refroidit au contact de l’air froid, devient ainsi plus dense, et replonge vers le fond. Une circulation de liquide, que l’on nomme la convection, assure le mélange et homogénéise rapidement la température dans tout le bol.

A l’époque, on croyait que la chaleur était un fluide qui s’échangeait entre les corps, mais Thompson découvrit que cette idée était fausse quand il observa que le percement des fûts de canon chauffait ces derniers : l’énergie qui était fournie sous la forme de travail mécanique se transformait en de la chaleur. Comme le travail n’est pas un fluide, la chaleur ne devait pas non plus être un fluide.

Enfin, au XIXe siècle, le physicien anglais James Prescott Joule effectua une remarquable expérience, où des pales solidaires d’un arbre pouvaient tourner dans un récipient plein d’eau, soigneusement calorifugé. Une corde qui était enroulée autour de l’arbre passait sur une poulie, et était tirée vers le bas par une masse. Quand on laissait la masse tomber, elle tirait la corde, faisait tourner les pales, qui échauffaient l’eau. Le travail mécanique dépensé était égal au produit du poids par la hauteur de chute. La quantité de chaleur créée dans l’eau était mesurée par un thermomètre. Ainsi Joule put-il définir la calorie comme la quantité d’énergie nécessaire pour élever d’un degré la température d’un gramme d’eau. L’unité légale d’énergie est aujourd’hui le joule, mais nous conservons les calories pour évoquer l’énergie stockée en excès dans nos graisses. Paradoxe : elles semblent superflues alors qu’elles sont indispensables pour penser ou agir.

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Si napo leo viveret, hominem non esset

Posté par marrickevin le Lundi, 30 mars, 2009

Ils discutent : allons, mes bons, vous avez une vue partielle de la situation, c’est un grand homme, un grand théologien, un grand esprit, on a déformé ses propos, on lui fait un mauvais procès, il veut seulement rassembler tous les catholiques sous la même bannière, etc., etc. Inepties sur inepties se répètent et se multiplient depuis plusieurs semaines sur les ondes et à longueur de colonnes. Sur les propos tenus à Ratisbonne, sur l’affaire de la petite brésilienne violée, avortée et excommuniée, sur l’évêque négationniste et les quelques autres brebis galeuses réintégrés parce qu’intégristes, sur l’affaire du préservatif, sur le retour à la messe en latin, sur le retour de la prière appelant à convertir les juifs, on a toujours une bonne explication, toujours une bonne excuse, toujours un bon argument. Ils sont bien doctes, bien condescendants aussi, parce qu’au fond, ils n’en ont rien à secouer de ce qu’on peut dire d’eux et de leur idéologie puante.

Qu’on ne puisse pas discuter avec des gens pareils, c’est une chose. Il est certaines personnes qu’on ne convaincra jamais de rien. L’antisémite est un bel exemple. Jamais on ne le fera démordre du fait que les juifs tiennent les banques, ou les institutions, ou les media ou les trois en même temps. Rien ne lui prouvera jamais le contraire, rien ne lui mettra jamais les yeux en face des trous. Et même : tenter de les lui mettre, c’est être complice. A quoi bon, alors ? Mais les autres, ceux qui sont de l’autre côté et qui dissèquent les propos du pape, qui essaient de comprendre, qui ouvrent grand leurs colonnes et leurs micros à quelques membres du clergé aux propos et aux insinuations douteux ? Ceux-là, oui, sûrement, ils sont de bonne foi. Ils essaient de savoir pourquoi le pape dit de telles âneries, pourquoi il réintègre des types que, justement, ces mêmes interviewers n’auraient jamais l’idée d’inviter. Et là, on nous sort tout un tas d’explications politiques et/ou religieuses. Et la plus belle d’entre toutes : Benoit XVI et le Vatican tout entier vivent en décalage du monde. Mais, tout à fait. Si, si, si. Ca n’est que ça, pas de bile à se faire. Il en est même pour regretter Jean-Paul II. Pourtant, on savait franchement à quoi s’attendre ; il n’y a pas de quoi faire les étonnés : « Nul n’ignore les options politiques de l’Opus Dei, si nettes lors de sa fondation mais prudemment atténuées (en apparence) par la suite, précisément peut-être pour permettre à Jean-Paul II d’accorder plus aisément, comme il n’avait cessé de le souhaiter, à cette discrète mais active officine, un statut officiel dans l’Eglise. Et que de bontés et de complaisance à Rome à l’égard de ces « intégristes » dont le programme est très loin de se limiter à « la messe en latin » mais comporte un refus catégorique opposé à l’esprit du concile Vatican II (1962-1965), notamment quant à la reconnaissance par l’Eglise de la « liberté de conscience ». Ce n’est pas tout ; de la manière la plus explicite, l’intégrisme a son programme politique qui est d’extrême droite avec ostentation. N’empêche. En mai 1988, sous la poussée – d’ailleurs superflue, je pense – du cardinal Ratzinger, chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Jean-Paul II proposa confidentiellement à Mgr Lefebvre de nommer, le 15 août, un évêque choisi par lui sur une liste de trois postulants dressée par Lefebvre en personne. Ainsi Rome se montrait prête à introduire sans bruit au sein du corps épiscopal un représentant confirmé de l’opposition à Vatican II. (…) Il faut voir avec quels scrupules de gentillesse et de compréhension fraternelle, les collaborateurs du cardinal Ratzinger ouvrent leurs bras aux intégristes. Il n’est malheureusement que trop facile encore d’assister à des démonstrations dominicales (je pense à telles manifestations versaillaises) où une momie articulée dévide un sermon bien construit mais moins semblable à un texte vivant qu’à la musique en plaques débitée jadis par le limonaire des manèges. Le pullulement actuel des sectes et autres groupements « charismatiques » suscite la bienveillance du cardinal Ratzinger. Ces mystiques ne s’intéressent qu’aux « choses de Dieu » ; la misère et les iniquités du monde ne retiennent pas leur attention. »

Cet extrait de texte ne date pas d’hier. Il a été donné, sur commande, au Monde Diplomatique, par Henri Guillemin en 1990, lequel H.G. ne peut pas être suspecté d’athéisme vicieux et diabolique puisqu’il était lui-même catholique et pratiquant. Alors qu’ils arrêtent avec leur numéro du décalage de l’Eglise par rapport à la société, du problème de communication, et tout leur cirque. L’Eglise, et particulièrement Benoit XVI, a un projet politique, comme elle en a toujours eu. Enfin, sérieusement, qui peut faire l’étonné ? Qui peut tomber des nues en s’apercevant que le Vatican est d’extrême droite ? Et surtout, qui peut tomber des nues en s’apercevant que l’Eglise catholique, comme à peu près toutes les religions, a la manie insupportable de vouloir dire aux gens comment ils doivent vivre et se comporter ? Personne n’est donc allé voir, quand Ratzinger a été élu pape (par qui ? pourquoi ?) d’où sortait ce bonhomme, et ce qu’il pouvait avoir derrière la tête ? Et personne n’est capable de dire, au lieu de pleurer comme le faisait la présentatrice du journal de France 3 quand elle a annoncé la mort de Jean-Paul II, que ceux qui se pressent sur la place Saint-Pierre en attendant la fumée annonçant l’élection d’un nouveau pape ne sont, pour la plupart, qu’une belle bande de fascistes émerveillés ? Enfin, où voit-on, dans quel pays, sous quel régime, une population applaudir et crier sa joie en apprenant qu’un nouveau chef a été choisi alors qu’elle ne sait pas encore lequel ? Imaginons que demain Nicolas Sarkozy décède pour une raison ou pour une autre. On nous l’annonce à la radio et on nous précise qu’un successeur a pris sa place pour cinq ans. Va-t-on sauter au plafond, en se disant : « Chouette, le pays ne va pas rester sans président, un remplaçant a déjà été trouvé » ? Difficile à croire. On va attendre, espérer une poursuite de l’information, se raccrochant à cette question : « Mais qui ça ? ». Parce que ce n’est pas la même chose s’il s’agit de Jean-Marie Le Pen, de Martine Aubry ou de José Bové. Je doute que ceux-là mêmes qui se massent place Saint-Pierre exultent quand on leur annonce que les dernières élections législatives ont dégagé une majorité sans qu’on leur précise laquelle. Ils applaudissent à l’annonce de l’élection d’un pape (à laquelle ils ne participent pas d’ailleurs) parce qu’ils espèrent que le Vatican et son chef implacable applique un programme. Le pape est mort, vive le pape.

Alors, le discours de Ratisbonne. Tout en finesse, Benoit XVI se lâche dans la guerre de religions parce que les musulmans-c’est-rien-que-des-sauvages-assoiffés-de-sang. Devant le tollé, les théologiens ont l’explication, celle qui dissipe tout soupçon : le pape ne faisait que citer des propos vieux de plusieurs siècles ; ça ne reflète ni sa pensée, ni le credo qu’il veut faire entrer dans la tête de ses ouailles. Donc, par voie de conséquence, on peut très bien, à la radio ou à la télé, venir déblatérer, par exemple, les propos les plus significatifs de Mein Kampf et dire, ensuite : « C’est pas moi, c’est Hitler ». Que nos hommes politiques n’y ont-ils pensé plus tôt pour pouvoir avancer des opinions qui feraient scandale ?

La messe en latin, de son côté, ne relève absolument pas d’un choix liturgique, mais bien d’un choix politique. La langue, c’est le pouvoir. Quand un français achète une baguette de pain, élève ses enfants et lit un programme électoral, il le fait toujours dans la même langue. Si, à l’église, on lui en parle une autre, c’est donc qu’on change de registre et que la langue avec laquelle il s’adresse à Dieu ne peut pas être la même que celle avec laquelle il vit tous les jours. De plus, le latin n’est pas une langue vivante, et donc encore moins une langue courante ou maternelle. Autrement dit, pour s’adresser à Dieu, le croyant doit faire un effort qu’il ne fait pas quand il écrit à son député. C’est bien que Dieu est au-dessus, qu’il est plus important, qu’il demande une plus grande attention. Autrement dit, le pouvoir spirituel prime sur le temporel ; quitte à choisir : Dieu avant les hommes.

Sur le préservatif, Benoit XVI a été bien secouru en France par Christine Boutin qui n’a pas hésité, pour défendre le souverain poncif de l’abstinence et de la fidélité, à expliquer que le préservatif, mazette !, que c’est embêtant à mettre et pas très rigolo qui plus est. Le pape venait de déclarer que le préservatif n’était pas une solution convaincante et unique à la prolifération du SIDA, façon euphémistique et détournée de condamner son usage. Il est vrai que les ecclésiastiques sont sacrément bien placés pour parler des relations conjugales et sexuelles. Marine Le Pen a défendu elle aussi le Saint Père à l’imbécillité majuscule en expliquant que l’Eglise exprimait l’idéal de l’abstinence et de la fidélité. Premièrement, rien ne sert d’être fidèle si on pratique l’abstinence, et inversement. Deuxièmement, on peut tout à fait être fidèle, partager sa vie avec une seule et même personne pour le pire et le meilleur jusqu’à ce que la mort nous sépare et pour autant vivre avec quelqu’un séropositif. Oui, les gens qui ont le SIDA ont une vie sociale, rencontrent d’autres gens, et forment des couples. Il est vrai que le Front National a quelques difficultés à se familiariser avec cette idée, puisque le parti désirait il y a quelques années établir un apartheid anti-« sidaïques », comme disait alors Jean-Marie Le Pen, en faisant inscrire sur les cartes d’identité si l’on était séropositif ou séronégatif. C’est cette même vision qui motive la réaction de Marine Le Pen qui fait comme s’il n’existait pas de couples composés d’une personne séropositive et d’une personne séronégative. Et Christine Boutin se met le doigt dans l’œil, car son argument va justement contre sa morale de merde. Parce que, admettons, le préservatif, c’est casse-pied : on est dans le feu de l’action, ça va y aller comme sur des roulettes, l’excitation est à son comble, et… Stop ! Faut mettre le préservatif. Ah bah non, ça casse tout, ça fait retomber le charme. C’est donc bien que penser à utiliser un préservatif, à faire cet « effort » est un acte on ne peut plus responsable. Cela dénote un réel souci de son prochain. Le préservatif, finalement, c’est très chrétien.

Avant cela, l’Eglise, qui ferait mieux de s’occuper de ses fesses et non de celles des autres, y est allée de son couplet humaniste en excommuniant la mère d’une petite fille de neuf ans qui avait dû avorter après avoir été mise enceinte par un violeur. Au niveau de l’expérience psychologique et de la construction de l’enfant, on pète un score difficilement égalable. La mère a été excommuniée puisque c’est elle qui a engagé la coupable opération d’avortement. Le violeur n’a pas eu à subir les foudres divines dont, a priori, il se fout. D’une part, on comprend mieux pourquoi l’Eglise ne moufte jamais quand un curé est coupable d’attouchements sexuels. Si le viol ne vous attire même pas le regard oblique du Grand Manitou, on ne va pas s’emballer pour quelques gestes déplacés. D’autre part, le Vatican a visiblement quelques soucis avec des notions basiques de médecine et fait peu de cas de la vie humaine. On a peine à croire qu’une enfant de neuf ans allait connaître une grossesse normale, sans accroc, suivie d’un accouchement tout en douceur duquel naîtrait un enfant en pleine possession de ses moyens. La mère de la pauvre petite a logiquement préféré ne pas ajouter des difficultés dans la croissance, la morphologie et la physiologie de sa fille au traumatisme psychique qu’elle vivait. L’Eglise, quant à elle, préfère qu’on bousille un corps et une vie pour un fœtus très hypothétiquement futur bébé.

Et la question antisémite. Parce que pendant que l’Eglise excommunie les mères des enfants qui se font violer, elle réintègre des types qui rêvent de voir les Juifs brûler. Pas de doute, l’œcuménisme du Vatican n’est plus à démontrer. Les négationnistes sont une espèce curieuse. Le négationniste, sauf cas unique destiné à la science, est antisémite. Bien souvent, au surplus, il est d’extrême droite et ne reste pas insensible à la chaude et mélodique voix des discours d’Adolf Hitler. Donc, cet être qui déteste les Juifs adhère à la doctrine nazie développée en partie dans Mein Kampf sur leur extermination. Et le négationniste ne craint pas, alors, de faire passer Hitler pour un gros nul : cet homme, qui promettait l’éradication des Juifs de la surface de la terre, qui a régné pendant douze ans sur l’Allemagne et qui a dominé l’Europe, n’a pas été foutu de mettre en œuvre son idée centrale. Le négationniste est un cas pathologique qui voue un culte à un homme tout en nous expliquant que cet homme était incompétent.

Les théologiens et ecclésiastiques appelés à nous expliquer le choix de Benoit XVI de réintégrer l’évêque Williamson ont quasiment tous expliqué qu’il s’agissait pour le Vatican de réunir tous les catholiques sous une même bannière. C’est donc bien la preuve que l’antisémitisme ne pose absolument aucun problème à la doctrine de l’Eglise, que c’est une question annexe, et même une question qu’on accepte puisqu’on autorise ceux qui la développent à participer à l’édifice commun.

Pendant ce temps-là, le Front National, parti de beaufs bedonnants et vociférateurs, s’avachit dans sa connerie comme on s’avachit devant la télé, et ouvre une bière : celle de Jaurès. Pour les élections européennes, le FN nous sort une affiche sur laquelle on peut voir un portrait de Jean Jaurès et une de ses citations (« A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien ») accompagné du slogan : « Jaurès aurait voté Front National ». Le FN ne comprend rien à Jaurès, ou plutôt le comprend très bien mais le déforme1 : Jaurès était internationaliste et, comme Hugo disait « Tous les hommes sont l’homme », disait : « La patrie d’un homme est la patrie de tous les hommes », plus on s’approche de la patrie, plus on s’approche de l’internationalisme, et plus on s’approche de l’internationalisme, plus on s’approche de la patrie. La patrie est ce qui reste à celui qui n’a plus rien, c’est-à-dire qu’il lui reste l’humanité avec laquelle s’unir. La patrie avait également chez Jaurès (on est fin 19e, début 20e) le sens de République, par opposition aux braillards nationalistes. Le raisonnement est simple à comprendre et n’est pas le moins du monde chauvin ou patriotard. Mais, enfin, admettons, entrons dans l’idée du FN et acceptons cette uchronie complète, cet anachronisme grandguignolesque. Jouons le jeu du FN : Jaurès aurait voté Front National ; sauf que le Front National aurait fait fusiller Jaurès.


1 De même que les nazis ont déformé le « Deutschland über alles » de l’hymne allemand, par un tour de passe-passe syntaxique. La phrase ayant pour sens, dans le contexte de la chanson : « L’Allemagne avant tout » (c’est-à-dire que tous les Allemands doivent s’unir pour construire le pays ; le texte date de 1841 quand l’Allemagne n’était pas unifiée) est devenue avec les nazis « L’Allemagne est supérieure à tout le reste ».

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Archimède – Longévité

Posté par marrickevin le Lundi, 23 février, 2009

Longévité
par Victor Lévy-Lasne et Vincent Gaullier

On interprétait mal la notion d’espérance de vie concernant les XVIIe et XVIIIe siècles, d’accord. Mais pour les périodes antérieures, pour le Moyen Age par exemple, avant que notre existence sur terre ne transite sous terre, cela prenait tout au plus 25 ans, non ?

Erreur ! selon le fameux laboratoire d’ethnologie préhistorique de l’Université Paris I. Et c’est la faute des scientifiques. Les informations sur l’âge du décès viennent de l’examen des os : on compare par exemple un crâne et les sutures qui le parcourent, à un ensemble de crânes récents dont on connaît l’âge du décès et qui servent de référence. Idem pour divers autres os et on arrive ainsi à évaluer l’âge de décès d’un squelette vieux d’entre 600 ans et 10 000 ans.

Sauf que l’on s’est rendu compte que le vieillissement des os dans le sol est difficilement interprétable et que les erreurs statistiques sont légions.

En réalité, à partir du moment où ces lointains ancêtres du Moyen Age dépassaient l’âge de 20 ans, leur espérance de vie était comprise entre 50 et 55 ans. Comme au XVIIe et au XVIIIe siècle !

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L’expulsé de la semaine – Délit de concubinage

Posté par marrickevin le Mardi, 13 janvier, 2009

“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays” (article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme).

Ilhami Aldemir, Turc de 24 ans, vit en France depuis 2002. En mai 2008, il rencontre Amandine, 21 ans. Le couple s’aime et décide, en septembre, de prendre un appartement ensemble à Alès.

Amandine est aujourd’hui enceinte de deux mois. Mais la gendarmerie veille ! Des gendarmes en civil débarquent chez eux, pour enquêter sur leur « mariage blanc ». Sauf qu’ils ne sont pas mariés… Alors tout va bien, et les pandores repartent bredouilles, pensez-vous ? Que nenni ! Ilhami est arrêté, emmené au centre de rétention administrative (CRA) de Nîmes.

Le juge des libertés et de la détention décide de le libérer. Mais le procureur fait appel, et Ilhami voit sa rétention prolongée. Le 23 décembre, réveillé à 5 heures du matin et emmené à l’aéroport de Marseille-Marignane, Ilhami refuse d’embarquer. Il est placé en garde à vue, puis renvoyé au CRA de Nîmes. Le 26 décembre, à quelques heures de la fin de la durée légale de sa rétention (qui est de 32 jours), nouvelle tentative d’expulsion, nouveau refus d’embarquer, nouvelle garde à vue. Sa persévérance et son courage paient : Ilhami, libéré le soir même, retrouve sa compagne à Alès. Mais il passera en audience correctionnelle le 16 janvier 2009, au tribunal d’Aix-en-Provence, pour avoir refusé d’embarquer deux fois. Vouloir rester auprès des siens, quand on est étranger, c’est interdit.

Réseau Education Sans Frontières et Charlie Hebdo (n° 864 du mercredi 7 janvier 2009)

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L’expulsé de la semaine – Noël au balcon, Pâques en prison

Posté par marrickevin le Dimanche, 4 janvier, 2009

“Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays” (article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme).

En France depuis décembre 2005, la famille Mamedov (un jeune couple azéri et leurs deux fillettes de 4 ans et 3 mois) tente de se construire une vie nouvelle, après avoir fui l’Azerbaïdjan, où Musvic, le père, est opposant politique et recherché.

Ses demandes de régularisation n’aboutissent pas. Sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, le 21 août 2008, les membres de la famille sont arrêtés au petit matin et conduits au centre de rétention administrative (CRA) de Rouen-Oissel. Ils sont libérés par le juge des libertés et de la détention, après une expertise médicale qui souligne l’incidence de la rétention sur l’état de santé des enfants, et l’incompatibilité de cet état avec la rétention.

Ils regagnent le Jura et reprennent leur vie, aidés par un comité de soutien. Cependant, leur avenir reste incertain. Les démarches et les procédures avancent très lentement. L’audience de la cour administrative d’appel qui doit statuer sur le cas de cette famille est prévue à Douai, le 29 décembre 2008. Mais le 16 décembre, Musvic revient d’Allemagne, où il a rendu visite à des proches. Il est contrôlé à la frontière. Il est arrêté. Le préfet du Haut-Rhin délivre à son encontre un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière. Musvic est alors enfermé au CRA de Strasbourg. Il risque d’être expulsé si l’ambassade d’Azerbaïdjan délivre un laissez-passer. Sa femme et ses filles, quant à elles, se cachent en attendant la décision de la cour administrative d’appel.

Réseau Education Sans Frontières et Charlie Hebdo (n° 863, du mercredi 31 décembre 2008)

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Archimède – Une idée reçue

Posté par marrickevin le Dimanche, 4 janvier, 2009

Une idée reçue
par Gilles Roqueplo et Hervé This

Le petit Albert Einstein et ses amis vont à la fête foraine. Albert est à peine monté sur le cheval blanc du manège que ce dernier se met à tourner. Lentement, d’abord, puis de plus en plus vite. Il faut s’accrocher ! Albert se sent éjecté vers l’extérieur. Ce sont les forces centrifuges qui le poussent ainsi, n’est-ce pas ? Le manège tourne, tourne, puis il finit par s’arrêter. Albert descend de son destrier, troublé. Des forces centrifuges ? Il y a là quelque chose de bizarre, car personne ne l’a poussé vers l’extérieur, et personne ne l’a tiré, non plus. Alors, d’où sortent-elles, ces fameuses forces centrifuges ? Qui les exerce ? Où s’exercent-elles ?

« Voyons, se dit Albert d’un esprit méthodique, que sais-je du mouvement ?

Il marche dans la fête foraine et, soudain, il aperçoit un marchand de glace, qui utilise de gros pains de glace pour conserver sa marchandise.

- Bonjour, Monsieur. Pouvez-vous me vendre un peu de glace ?

- Oui, mon garçon, quel parfum ?

- Non, Monsieur, seulement de la glace, pour faire une expérience.

Le glacier ne comprend pas, mais il vend sa glace et, stupéfait, il voit le petit Albert qui lance le glaçon devant lui : le glaçon glisse longtemps avant de s’arrêter.

- Voyons : pourquoi le glaçon glisse-t-il ? se demande Albert. Il glisse parce que je l’ai lancé : tant qu’il était dans ma main, cette main exerçait une force sur lui, et c’est ainsi que je l’ai mis en mouvement. Et pourquoi continue-t-il de glisser ensuite. L’inertie ! Un objet conserve son mouvement uniforme, ce qui signifie qu’il ne change pas de vitesse, tant qu’on n’agit pas sur lui. Une fois sorti de ma main, il a une certaine vitesse, et il la garde : il glisse. Pourquoi finit-il par s’arrêter, alors ? Il y a des frottements, et ces frottements ralentissent le glaçon, qui finit par s’arrêter. Bon, se dit Albert, je comprends maintenant pourquoi un glaçon glisse quand je le lance. Et si je le mettais sur le manège ? »

Aussitôt dit, aussitôt fait : le glaçon est posé sur le manège. Albert monte sur le manège, et ce dernier démarre. Albert voit le glaçon bouger par rapport à lui : « Normal, puisque je bouge avec le manège et que les frottements du manège sur le glaçon sont faibles, le glaçon, lui, ne bouge pas par rapport au sol. » Albert descend du manège, et, effectivement, il voit le manège passer sous le glaçon sans que celui-ci ne bouge par rapport à lui. « Conclusion, se dit Albert : cette prétendue force centrifuge est due aux frottements. »

Il réfléchit, réfléchit, et l’heure de rentrer à la maison arrive. En voiture, quand son père tourne, il se sent collé contre la portière à l’extérieur du virage : encore cette maudite force centrifuge, n’est ce pas ? Albert se souvient de son glaçon, et il imagine une expérience très simple : si un glaçon était posé sur la plate-forme arrière d’un camion, et que ce camion se mettait en mouvement, le glaçon resterait en arrière. L’inertie, à nouveau : le glaçon n’a pas de raison de bouger tant qu’on ne le met pas en mouvement. Or les frottements sont faibles, on le sait bien, pour un glaçon. Puis, imaginons que l’on ait maintenu le glaçon sur la plate-forme du camion qui roule à vitesse constante. Un coup de frein projette le glaçon vers l’avant du camion : c’est simple à comprendre, le camion change de vitesse, mais le glaçon continue à la même vitesse qu’initialement : il a son inertie. Donc le glaçon semble aller plus vite que le camion quand ce dernier freine. Et au cours d’un tournant ? Le glaçon poursuivrait sa route tout droit, tandis que le camion tourne. Et, il serait donc projeté contre le bord. Il n’y a aucune force qui agit sur lui, seulement le camion change de direction, tandis que le glaçon conserve son mouvement.

Et voila la clé du mystère : il faut parler d’inertie car la force centrifuge n’existe pas.

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