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Benoît Hamon, porte-parole des muets

Posté par marrickevin le Dimanche, 11 octobre, 2009

Si l’on schématise en résumant à la louche, la gauche, c’est l’évolution, et la droite, c’est le conservatisme, agrémenté d’un respect benêt et soumis de la hiérarchie et de l’autorité (le père, le patron, l’instituteur le sergent-chef, le curé…1). D’où des structures et des parcours politiques différents. A droite, comme on conserve, comme on trouve pas mal ce qui est sous nos yeux, on n’a pas besoin de trouver autre chose, on a donc moins besoin d’idées et donc moins besoin de débats. Du coup, quand il y a un type vaguement charismatique, qui parle bien (et s’il sait embobiner le plus de monde possible, tant mieux) et qui ne présente pas le risque de trahir son camp, l’union se fait assez facilement. On suit le chef.

A gauche, l’ennui, c’est que puisqu’on débat, puisqu’on cherche de nouvelles voies, puisqu’on aimerait bien faire changer le truc mais qu’on n’est pas toujours d’accord ni sur le pourquoi ni sur le comment, c’est le foutoir. Et forcément, le temps qu’on met à se tirer dans les pattes, on ne le met pas à réfléchir. Ou alors à réfléchir à comment tirer mieux dans les pattes que l’autre. On s’éclate au PS, qu’est-ce que vous croyez ; amenez vos gosses, vous verrez. Surtout que quand on cherche des idées, on n’en trouve pas toujours que des bonnes. Le PS vient par exemple de trouver le moyen de se saborder, sans l’aide de personne, comme un grand : des primaires pour désigner le candidat à la prochaine élection présidentielle. Déjà, s’inquiéter de savoir comment on va désigner le candidat d’une élection qui a lieu dans deux ans et demi, c’est limite. Mais surtout, les primaires, c’est valable aux Etats-Unis, au système politique bipartite, dans une démocratie de feu qui laisse le choix entre la droite et la droite2. C’est valable aussi quand les élections sont un show et les meetings des gala-concerts. Une fois de plus, le PS a l’intention de donner à la France entière le spectacle d’un parti même pas capable de savoir qui est le plus à même de le représenter. C’est plus démocratique, qu’ils disent. Faudra nous expliquer ; surtout dans un parti où, manifestement, on bourre les urnes. Et pourquoi que c’est plus démocratique ? Mais parce que ce sont les militants qui vont voter. Et qu’est-ce qu’ils ont fait les militants pour avoir le droit de voter ? Ils ont raqué leur cotisation. La démocratie par le cens, c’est beau, c’est socialiste, et c’est français Monsieur !

M’enfin, tout de même, va-t-on dire, ils ont le mérite de chercher des solutions, d’essayer de proposer ; historiquement, c’est là qu’on retrouve la gauche. Ce n’est pas faux. Le conservatisme ne propose pas puisqu’il conserve3. Mais le conservatisme doit bien faire quelque chose pour qu’on l’écoute et pour décrédibiliser ceux qui veulent changer un peu. C’est là la seconde différence : quand la gauche a des idées, la droite a des mots. Vous défendez Dreyfus qui a trahi ? (Si, si, il a trahi puisqu’on l’a condamné). Mais vous êtes un agent de l’étranger qui veut la défaite et la disparition de la France. C’est concis, net, précis et plus facilement compréhensible que le bordel législatif, littéraire et philosophique que nous balancent Blum, Zola, Jaurès et la Ligue des Droits de l’Homme. Mai 68 ? Une bande de feignasses et de voyous qui veulent glander et jouir comme des cons après avoir tout cassé. L’impôt sur le revenu ? Un parasite sur le dos du travailleur qui se nourrit de sa sueur. Vas-y, rame pour défendre ton texte une fois que les journaux ont imprimé ça. Etc. Etc.

La gauche a depuis longtemps perdu la bataille des mots, qu’elle n’a d’ailleurs pas livrée. Défaite à laquelle s’est ajouté un peu de démagogie comme on l’aime. En témoigne les réactions outrées sorties du PS et de la gauche en général lorsque Bertrand Delanoë s’est dit « libéral ». Le libéralisme ? « Mais c’est le diable », mon bon4. Tu veux nous faire fermer la boutique, ou quoi ? Or, le libéralisme, pour bonne part, c’est la gauche. C’est la lutte contre Charles X, contre Juillet, contre le parti de l’Ordre, contre Napoléon III, pour la liberté de la presse, d’opinion, de grève, d’association, pour le droit de vote, etc. La droite l’a bien compris, car la droite est malicieuse (c’est-à-dire un mélange entre l’intelligence et la fourberie). Et la droite s’est dit : « A l’école, on va apprendre aux gosses que le 19e siècle intelligent, c’est le libéralisme. Comme nous, on est libéral en économie, on va dire à tout le monde que les libéraux de 1850 et ceux de maintenant, ce sont les mêmes, et hop, in the pocket ». C’est le discours d’un Madelin qui dès qu’on critique son libéralisme nous sort les avancées politiques des libéraux du 19e siècle. Du coup, quand un type de gauche revendique cet « héritage », la gauche lui tombe dessus. Alors qu’il n’est pas possible d’être de gauche sans être libéral politiquement. Seulement, les huiles du PS sont tellement pétochardes et bas de peuple qu’elles n’ont pas envie de s’ennuyer à expliquer qu’il y a libéralisme et libéralisme. On ne va quand même pas faire comme si les gens pouvaient comprendre ! Ca va pas la tête ! Si en plus, il faut parler civilisation, projet de société, place de l’homme et rôle de l’État, c’est à vous dégoûter de la politique.

Seulement, l’ennui de la gauche, c’est que ça ne lui dit pas d’expliquer, de faire de la politique, mais ça ne lui dit pas non plus de faire de la com’. Il lui reste un fond de conscience politique qu’elle ne veut pas trahir. N’expliquant rien, ne parlant plus de changer la société, mais ne faisant pas de com’ non plus, elle se fait enrhumer dans tous les sens dès qu’un micro se tend vers une bouche de droite. Une grève à la SNCF suite à une agression ? Il s’agit d’une « grève sauvage » ; les cheminots étant, c’est bien connu, des bêtes violentes assoiffées de sang. Sans compter que tout gréviste qui se respecte un minimum s’assure que les « usagers », soient « pris en otages », sinon, c’est pas de jeu. On proteste contre une réforme ? Mais non, ce n’est pas que la réforme est mauvaise, c’est que « le gouvernement a manqué de pédagogie ». Une mesure destinée à laisser les riches compter leur pognon ? C’est un « bouclier fiscal » défendant les honnêtes gens contre les hordes fanatiques des agents du Fisc qui vous attaquent. D’ailleurs, qu’est-ce que ça peut faire, qu’on aide un peu ceux-ci au détriment de ceux-là, c’est bien de la mauvaise foi, puisqu’en France il n’y a plus de pauvres : il y a les riches et les « moins riches ». Formules et idées reprises sans problème par les journalistes qui en abusent. La grève, c’est embêtant, l’impôt, c’est méchant, la pauvreté, c’est inexistant5.

La com’, c’est foutu. La droite est trop forte dans ce sport. Et qui plus est, ce n’est pas spécialement valorisant. Il n’y a bien que les publicitaires et les directeurs d’écoles pour penser que la com’ est un art ou un métier. Reste, donc, les idées.

La semaine passée, Benoît Hamon était l’invité du « Grand journal » de Canal +. Lors de la séquence de « La boîte à questions », on lui demande ce qu’il ferait s’il était une journée dans la peau de Nicolas Sarkozy. Vous pensez qu’il a répondu quelque chose comme : « Je ferai sortir la France de l’OTAN pour montrer que la France entend travailler avant tout au sein de l’Union Européenne afin de mettre en place une politique commune à l’Union et ne pas s’investir inutilement dans une entente militaire obsolète servant des intérêts qui ne nous concernent pas » ? Ou alors : « Je déciderai de dissoudre l’Assemblée Nationale pour donner l’occasion au pays de changer de gouvernement et de mettre en place une politique sociale, tournée vers l’humain et le respect des droits fondamentaux de chacun » ? En somme, une réponse intéressante et politique. Mais vous rêvez ! Il nous a balancé un : « Je tiendrais mes promesses ». Il en est là, le porte-parole du PS, à critiquer le camp adverse par un « Je tiendrais mes promesses, et na ! ». Ca se complique sacrément : apparemment, c’est foutu même du côté des idées…


1 Anecdote. En seconde, je me retrouve dans le bureau du proviseur. J’avais contredit le professeur d’histoire qui m’avait expulsé de sa classe. Attention, c’est du lourd : nous diffusant un « clip » de l’association Witness de Peter Gabriel, il nous demande si on connaît le sieur. Je réponds que c’est l’ancien chanteur de Genesis. Il me dit « Non ». Je dis « Si ». Il me dit « Non ». Je dis « Si ». Il me dit « Dehors ». Je m’en vais comme un prince.

2 Bon sujet d’étude pour politologues et historiens la démocratie américaine. J’ai eu l’honneur d’écouter un professeur d’histoire nous expliquant sans rire que la Seconde Guerre Mondiale était la lutte des démocraties contre les régimes totalitaires. Bon, l’URSS, comme démocratie, ça pète un score. Il y avait aussi la Chine dans le camp des démocrates. Certes, pas la Chine communiste devenue la plus grande dictature capitaliste de l’Histoire, mais tout de même pas un fleuron démocrate. Enfin, peu importe. Le drôle n’est pas là. Parce que dans la même phrase, il nous explique que l’enrôlement de soldats aux Etats-Unis a pu poser certains problèmes du fait de la ségrégation raciale. Oh quelle est belle la démocratie qui définit les droits des gens en fonction de la couleur de leur peau. Encore un couillon qui croit que la démocratie c’est de choisir le chef.

3 Parenthèse. Lors de la dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a osé ce propos gaffe : l’écologie n’est pas une valeur de gauche, mais une valeur de droite car le conservatisme, c’est la droite ! On se demande bien où Marine Le Pen est allée pêcher que l’écologie était conservatrice. Défendre l’environnement, c’est défendre son évolution, défendre sa « liberté », c’est-à-dire lui foutre la paix, pour être plus clair. Il n’est pas question de tout faire pour laisser les choses en état, mais de tout faire pour qu’elles évoluent naturellement. La nature est tellement conservatrice que nous sommes tous des dinosaures qui nous ignorons.

4 Jeune adolescent, Henri Guillemin s’était rendu dans une bibliothèque de Mâcon, tenue par un ecclésiastique et lui avait demandé ce qu’il pouvait lire de Zola pour commencer. Réponse du clerc : « Zola ? Mais rien ! Rien du tout ! Zola, c’est le diable ». C’était même pire que ça : les parents de François Mauriac lui avaient acheté un pot de chambre qu’ils avaient baptisé Zola.

5 Il y a quelques jours, annonce à la télévision : « Les usagers [les fameux usagers] vont être soulagés : la grève des TCL prendra fin lundi ». Fin de transmission. Et ? Pourquoi étaient-ils en grève ? Ont-ils obtenu quelque chose ? Pourquoi cessent-ils leur mouvement ? Mystère. Mais l’essentiel est assuré : la grève, c’est mal. L’information française…

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Piles

Posté par marrickevin le Dimanche, 13 septembre, 2009

Piles
(par Gilles Roqueplo et Hervé This)

Comment Galvani et Volta ont permis l’invention de la première pile électrique ? Pas de chance pour la grenouille qu’il vient de trouver : le jeune Piarchi est d’humeur expérimentatrice !

« Disséquons, se dit-il en se dirigeant vers le laboratoire où son père se livre à des expériences d’électricité. Il pose la grenouille sur la table, prend un scalpel et ouvre les chairs à la recherche des nerfs. Mais au moment où le scalpel touche l’un de ces nerfs, la machine de son père se décharge, et les pattes de la grenouille se contractent violemment.

- Papa, dit Piarchi, as-tu vu, ce phénomène bizarre ? Cette grenouille qui est morte bouge encore quand elle reçoit de l’électricité.

- Fiston, tu as reproduit l’expérience de Galvani. Comme toi, par hasard, il avait observé cet étrange phénomène, puis il l’avait étudié minutieusement. Il s’ingénia à refaire l’expérience de toutes les façons possibles et découvrit que le scalpel n’était pas en cause : n’importe quel objet conducteur de l’électricité faisait l’affaire. Il essaya aussi diverses sources d’électricité, allant même jusqu’à utiliser l’électricité atmosphérique recueillie par une pointe de fer dressée sur le toit de sa maison et reliée à un fil qui se termine par un crochet : une demi-grenouille embrochée à ce crochet tressaillait à chaque éclair, pendant un orage. Et un beau jour de 1786, Galvani suspendit ce crochet de cuivre à un balcon de fer, par beau temps… Pas d’orage en vue, mais il vit encore les jambes se contracter. Et il conclut qu’il existait ce qu’il nomma de l’électricité animale.

- Dis donc, il en faut des grenouilles, pour faire toutes ces expériences, remarque le jeune Piarchi !

- Oui, car Galvani testait tout. Il alla même jusqu’à découvrir que l’effet était maximal quand deux métaux différents (fer et cuivre ou argent et étain) se succèdent dans le circuit refermé par le corps de l’animal. Et c’est ainsi que la pile électrique a été inventée.

- La pile électrique, quel rapport avec les grenouilles, demande le jeune homme stupéfait ?

- Elle a été inventée par un autre savant italien, Alessandro Volta, qui avait été émerveillé par les expériences de Galvani. Mais Volta ne croyait pas à l’électricité animale, et il croyait plutôt à une électricité métallique. Et c’est pendant des expériences qui devaient servir à démontrer qu’il avait raison, que Volta fit une expérience que tu peux faire : tiens, prend ce morceau de cuivre et ce morceau de fer, que je relie par un fil. Mets les sur ta langue.

- Eh ! ça picote !

- Oui, ca picote parce qu’il y a de l’électricité qui naît de la présence des deux métaux différents. Volta avait découvert cet effet, et il voulut l’amplifier. Persuadé que le simple contact entre une rondelle d’argent et une rondelle de zinc produit de l’électricité, il se dit qu’en empilant un certain nombre de tels couples, il devait en multiplier les effets. Et pour que le contact soit meilleur, il interposa une rondelle de drap mouillé entre les métaux : argent, zinc, drap mouillé, argent, zinc, drap mouillé, argent, zinc, drap mouillé… Et voici comme il obtint la première pile électrique ».

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Combat(s)

Posté par marrickevin le Dimanche, 13 septembre, 2009

Penser, c’est indéfinissable. Comme la vie. On ne sait pas ce que c’est. Qu’est-ce qu’une pensée ? Qu’est-ce que la vie ? Même combat. Qui trouvera sera admis au Panthéon de son vivant. Et penser, c’est beau. (Bravo, en route pour Miss France avec une phrase pareille…) Même quand on pense la plus générale des banalités, penser, c’est beau. Même quand on pense la plus crasseuse des imbécillités. On pense. On est là. On se dit quelque chose. On se parle. On est soi. On ne sait pas d’où ça vient. On ne sait pas non plus si on était capable de le penser il y a deux minutes et si on le sera toujours dans vingt secondes. On y pense, c’est tout. Passerait-on sa vie à dire les plus sottes phrases à tous les gens que l’on croise, auraient-ils jamais la certitude que l’on ne pense pas de grandes choses, profondes et éblouissantes ? Qui sait ce que quelqu’un pense ? Penser, c’est être, ce n’est pas exister. Pour exister, on s’exprime. Penser, c’est être, c’est s’isoler malgré soi, attendu que pour rompre cet isolement, il faudra communiquer à au moins une personne l’ensemble de nos pensées. Sans ça, jamais quiconque ne connaîtra la somme de ce que nous sommes individuellement et chacun parmi les autres. On est donc seul, forcément, parce que l’on pense. Plus que l’empreinte digitale ou le code génétique, ce qui fait la singularité d’un être, c’est sa pensée. C’est ce qui le différencie des autres.

On objectera. Oui, certes, nous pensons tous et personne ne sait ce que pense l’autre. Du coup, nos pensées nous isolent parce qu’elles nous rendent singulier et nécessairement inconnu. Mais voilà : à part une extrême minorité qui pensent des choses nouvelles, qui créent, qui inventent, tous les autres, au moins par paquets, pensent les mêmes choses. Des millions sont-ils à penser que le bleu est une jolie couleur ou que Mozart est agréable à écouter. Et des millions sont-ils à penser le contraire. Oui, certes. Sauf que ça ne prouve rien d’autre qu’il peut exister une concordance sur certaines pensées. Mais personne ne peut dire : « Je sais tout ce que pense cet homme », et donc personne ne peut prétendre connaître exactement quelqu’un. Et c’est bien logique, puisqu’un être qui pense ne sait même pas lui-même ce qu’il pensera dans la seconde qui suivra. On approche les autres. Et on ne sait jamais d’eux que ce qu’ils veulent bien qu’on sache.

Que Brice Hortefeux pense comme un gros con ne me pose aucun problème. D’une part, parce que je m’en fous. D’autre part, parce que je n’ai aucun moyen de le vérifier. La loi française ne punit pas la pensée ; elle punit son expression, son existence, pas son être. Le droit français n’interdit pas d’être raciste, il interdit d’en donner la preuve. Donc, Brice Hortefeux sort une grosse connerie raciste au milieu de beaufs crétins et militants s’amusant de blagues balourdes. Qu’il pense qu’un Arabe ça va, trois Arabes bonjour les dégâts, ça le regarde. Qu’il le dise, ça nous regarde, ne lui en déplaise. Ils montent sur leurs grands chevaux : mais point du tout les amis, Hortefeux n’est pas raciste. Sauf que ce qu’il est, on s’en balance. Ce qui nous intéresse, c’est ce qu’il exprime. Si j’en viens, au cours d’une dispute, mis hors de moi par la colère d’être énervé, à dire à mon meilleur ami qu’il n’est qu’un sale con (admettons), je ne le pense pas, mais je l’ai exprimé.

Du coup, on ne sait pas ce qui est le plus pathétique des propos ou des explications. Au moins, les explications sont « drôles ». Principalement parce que personne ne donne la même, Hortefeux lui-même en livrant plusieurs. Alors, nous résumons. Brice Hortefeux et Jean-François Copé, le duo insupportable, les Laurel et Hardy de la tronche à beignes, ont une conversation d’un ennui mortel. On se demande parfois de quoi parlent les politiques entre eux. Apparemment, de rien. Ce qui finalement ne nous surprend guère. Là-dessus arrive un jeune homme, de type maghrébin comme on dit. Peut-on faire une photo ? Et comment ! Les militants sortent l’humour de choc. Attention, lui, il parle arabe, entend-on. Copé réplique, rassure le jeune homme : ce ne sont que « des socialistes infiltrés ». Mais dites-moi, on se gondole comme des bossus à l’UMP. Quelqu’un continue : ce n’est pas un Arabe comme les autres, il est catholique et il mange du cochon. Hortefeux souligne alors qu’il ne correspond pas au « prototype ». Là, déjà, on bondit. Prototype ? Non, Brice, les Arabes ne sont pas produits en série grâce à un programme informatique sur une chaîne de montage. Une autre voix précise alors que le jeune homme est « notre petit Arabe ». Et notre Hortefeux en sort deux belles. Première partie : « Il en faut toujours un ». L’Arabe alibi en somme, le bronzé de service. C’est bien connu : tous les antisémites ont leur Juif. Seconde partie : « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ».

Qu’un ministre, sans rire, sans pression, décontracté, sûr de soi, dans un pays démocratique, prétendument soucieux des valeurs de la République (dont on nous rebat les oreilles et que feignent toujours d’embrasser ceux qui veulent les étrangler), dise une saloperie pareille, c’est déjà suffisamment dégueulasse pour qu’il s’en aille la queue entre les jambes sans demander son reste et parte s’enterrer dans un trou pour ne plus faire parler de lui. Mais alors qu’il ose se justifier de façon grotesque en nous prenant ouvertement pour des pingouins, ça change considérablement les choses. Parce que l’explication du Ministère de l’Intérieur, dans un communiqué paru sur son site internet, a été la suivante : « A l’occasion des universités d’été de l’UMP, alors qu’il prenait une photo à la demande d’un jeune militant, des commentaires du public ont porté sur les caractéristiques supposées des habitants de l’Auvergne, région d’origine de Brice Hortefeux. Celui-ci a alors précisé “s’il y en a un, ça va ; c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes” par référence aux très nombreux clichés qu’il venait de prendre avec la délégation auvergnate et alors qu’il s’apprêtait à partir ». Non, vous ne rêvez pas. Citation exacte. Tout le monde a vu les images. Tout le monde sait qu’on ne parlait alors ni des Auvergnats ni du nombre de photos prises. Quand des ministères commencent à nier l’évidence, à nier la vérité que tout le monde connaît, pour se défendre de faits immondes, ça devient franchement lourdingue. Histoire d’être encore un peu plus méprisant et condescendant, le communiqué ajoute : « Pas un seul mot de Brice Hortefeux ne fait référence à une origine ethnique supposée d’un jeune militant ». Effectivement. Imparable.

Mais ça n’aurait pas été complet sans l’intervention de Jean-François Copé. Pour le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, il n’est pas certain que la vidéo ait été tournée par un journaliste, et elle peut provenir d’un téléphone portable (elle a été tournée par la chaîne Public Sénat). Selon lui, mettre sur un pied d’égalité des images de journalistes et celles de simples citoyens engendre « un risque de discrédit pour votre profession [les journalistes] et la nôtre [les hommes politiques]. Cela ouvre le débat du rôle qu’on doit laisser à Internet dans la diffusion de telles vidéos ». Quel rapport ?… Vous demandez à Copé si les propos d’Hortefeux sont racistes, ils vous répond que l’image est floue.

En 2007, sur M6, Brice Hortefeux, alors Ministre du Racisme, des Expulsions et de l’Identité Nationale, répond à un journaliste qui lui demande s’il y aura toujours des sans-papiers. L’humoriste auvergnat répond alors en parlant d’« une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres », avant d’ajouter qu’il s’agit d’un « combat permanent ». Vous ne rêvez toujours pas. Il a parlé de « société idéale » et de « citoyens honnêtes, propres ». C’est son combat…

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La nationalité supérieure : so british !

Posté par marrickevin le Jeudi, 6 août, 2009

On ne peut pas toujours gagner. Et là, on doit avouer que nous sommes battus, simples Gaulois que nous sommes, franchouillards coiffés au poteau. On s’est bien battu. On y a mis tout ce qu’on avait. Plein gaz : le Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, l’amendement sur les tests ADN (avec le député du Rhône qui en appelle, à l’Assemblée, au souvenir de Charles Martel), l’immigration choisie, et tout le bastringue. On avait mis toutes les chances de notre côté. On avait même élu un président qui déclarait sans rire que l’homme africain était un crétin absolu, ne comprenant rien à rien et qui n’était pas entré dans l’Histoire. Les survivants du Mont Cassin et Nelson Mandela, pour ne citer que deux exemples évidents, ont dû apprécier.

Nous sommes donc battus. Car la mesure de merde vainqueur toutes catégories confondues, l’étron législatif pulvérisant tous les records, la bouse fumante interplanétaire nous vient du Royaume-Uni. Le Royaume-Uni envisage en effet de rendre plus difficile l’accès (ah ah ah) à la nationalité britannique. Jusqu’ici, c’était du gâteau : vous veniez, vous vous installiez, peinard, demeurant en un cottage ravissant, vous bossiez cinq ans, fingers in the nose, et hop, british, tout pareil, vous deveniez rouquin et vous écoutiez de la pop. Mais ce temps-là, c’est terminé ! On n’entre pas comme dans un moulin ici.

Là, vous vous dites : ah bon. Alors, ils vont mettre en place des règles : 10 ans au lieu de 5, par exemple. Effectivement. Mais il y a mieux : la naturalisation à points. Pour obtenir la citoyenneté britannique, il faudra obtenir un certain nombre de points mettant en lumière votre capacité à être un bon sujet de sa majesté, tout comme James Bond qui trucide à tout va, par exemple. Attention, attention : nous tenons à préciser aux candidats (150 000 par an, environ) qu’ils pourront également perdre des points. Parce que sinon, c’est pas de jeu.

L’étranger fourbe qui voudrait se mêler aux Britanniques devra passer un certain nombre d’épreuves afin qu’on s’assure de sa bonne volonté. Bien parler l’anglais rapportera des points. Bon admettons. Encore que, si on enlevait, en France, la nationalité à ceux qui parlent un français déplorable, il n’y aura plus personne pour présenter les émissions à la télé et écrire dans les journaux. Il y aurait aussi beaucoup moins de professeurs et de chauffeurs de bus. En fait, y’aurait plus personne. Participer à la vie associative itou, ça fait des points. Autrement dit, rends service à ton prochain britannique si tu veux pouvoir être comme lui et n’avoir rien à foutre des étrangers qui voudront devenir comme toi. C’est beau. Il faudra respecter la loi. Alors, là, c’est énorme. On en conclut donc qu’un étranger qui ne désire pas devenir britannique n’est pas tout à fait tenu de respecter la loi. « Mais dis donc, tu viens de violer une petite vieille ! » – « M’en fous, je veux pas être naturalisé » (si en plus, il le dit dans un mauvais anglais, il est grillé à vie). On a bien là le grand fantasme populaire de l’étranger qui ne respecte pas la loi, ou moins que l’autochtone. « Si vous voulez devenir britannique, il faut respecter la loi », sous-entendu « On sait bien que vous, les étrangers, les pas comme nous, vous n’êtes pas très regardant sur la légalité ». On en conclut aussi que tout britannique ne respectant pas la loi sera déchu de sa nationalité. Bien fait pour sa gueule. Sera aussi prise en compte la qualification. C’est encore plus clair : si t’es utile, ok, sinon crève charogne et galère dans les administrations. Enfin, le lieu de résidence pourra rapporter des points. Comprenez : si vous vous installez dans une campagne du Royaume-Uni dont mêmes les Britanniques ne veulent plus entendre parler puisqu’ils la quittent. La raison officielle est de revitaliser les campagnes et de donner un nouveau souffle à certaines régions, comme l’Écosse dont la population est vieillissante. En fait, le but non-avoué est plus probablement d’éviter que les étrangers ne se concentrent tous au même endroit. Surtout, on veut utiliser la carotte de la naturalisation pour dynamiser certaines régions et éviter les réformes structurelles qui s’imposent. Bande de charlots. Escrocs.

Enlèveront des points le non respect de la loi donc, les actes de vandalisme (doit-on en conclure que le vandalisme est autorisé pour les Britanniques ?) et le non respect des valeurs britanniques. Va falloir nous sortir un dico spécial. C’est quoi une valeur britannique ? Pareillement, il faudra se garder de critiquer ou d’insulter les forces armées.

Le plus « drôle », c’est que chaque candidat à la naturalisation devra passer un test qui permettra de s’assurer qu’il connaît l’histoire et les institutions britanniques. Hum, hum, on serait bien curieux de savoir combien de bons Français réussiraient un tel test s’il existait ici. Et on ne voit pas pourquoi les Britanniques maîtriseraient mieux « leur » histoire que les Français.

En fait, sous couvert de lutter contre la communautarisme et de favoriser l’intégration, on en arrive à créer un communautarisme national, attendu que le seul communautarisme qui soit dangereux, c’est celui des autres. Il y aura donc les Britanniques, avec leurs valeurs, leur histoire, leurs forces armées et leur cul sur la commode, et le reste du monde, différent, étranger (au sens premier : un étranger, c’est celui qu’on trouve étrange), bizarre, douteux. Tiens, un étranger qui ne fait pas l’effort de parler un anglais impec’, qui ne s’enfile pas tout le règne de Victoria ? Curieux. Il doit manigancer quelque chose. L’ère de la suspicion. L’ère de la morale aussi. Surtout. Bon dieu, ils ne l’ont pas lu « L’étranger » de Camus ? Ils ne la connaissent pas l’histoire de ce type qui est forcément un salaud aux yeux des autres parce qu’il n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère ? Lui, il le sent, tout le poids de la morale. Et tout le poids des valeurs aussi. Ils ne comprennent pas les Britanniques que ce qui crée une identité entre les hommes, c’est le fait qu’ils aient tous en commun d’être différents les uns des autres ? Bah tiens, faudra connaître l’histoire et les institutions, mais pas la philosophie. Question de valeurs…

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Les génies n’ont pas le choix

Posté par marrickevin le Mardi, 7 juillet, 2009

J’ai mal.

Je rentrais, il était déjà tard (pourquoi dit-on « déjà tard » ? Il sert à quoi le « déjà » ?), j’allais me coucher, et voilà. Merci les conneries. Résultat des courses, pour je ne sais quelle raison, l’annonce de la mort de Michael Jackson à la radio ne m’a pas suffi. Il a fallu que j’allumasse la télé. Pour voir… Pour voir quoi ? J’en sais rien. Y’avait rien à voir. Pour une fois, alors qu’on parlait de MJ, y’avait rien à voir. On voyait de pauvres gens encercler l’hôpital où il avait été admis sur des images prises depuis un hélicoptère (et sur la gauche de l’écran, des images de clips et de concerts – images d’archives ; arg). Des rues bloquées par la police. Un foutoir incroyable. Un bus arrive, s’arrête à un feu rouge. On voit un homme sortir la tête par une fenêtre. Sûrement demande-t-il à quelqu’un qui se trouve là pourquoi tant de monde se masse ici. L’autre doit lui expliquer. Et le bus ne va pas plus loin. On voit tout le monde en sortir. Et les passagers du bus arrêter les voitures suivantes, les prévenir, et tout le monde sortir des voitures. Ca porte un nom ça : commotion. Le coup sur la carafe. Alors ? Elle est pas belle celle-ci ? Tu t’y attendais, toi ? Non, ben tiens, mange-la-toi en pleine tronche. Bouffe, c’est du génie. Ah ça, pour sûr, ça n’arriverait pas à une canaille.

Y’avait rien à voir sur cette putain de télé à cette putain d’heure. Et il n’avait rien à dire Thierry Dujeon (Thierry Dujeon ! Toujours là !) mais il les commentait quand même les putains d’images. Je suis pourtant resté planté devant pendant près de trois heures, à voir les mêmes séquences en boucle, à entendre les mêmes appréciations. J’étais resté dix minutes devant les images des attaques du 11 septembre 2001. Et là, trois heures. La télécommande à la main, la bouche bée. Arrêt sur image.

Allez ? Pour de la vraie ? Il y est passé, le King ? (« king », ça suffit pas, on t’y rajoute une majuscule pour faire bon poids). Qu’un homme politique ou un roi meure, c’est dans l’ordre. On s’y attend. Ils font partie de l’Histoire, même encore en vie, alors on sait qu’on parlera d’eux au passé un jour ou l’autre. Pour peu qu’ils se fassent assassiner, ça fait une date de plus au programme scolaire. Funérailles nationales, bilan, témoignages, et biographies dans les librairies, il était formidable, c’était un salaud. Tout le bla-bla historique en somme. Mais un artiste. Mais un créateur. Ca ne marche pas. C’est pas réglo. On nous prend en traitre.

Je vous épargnerai le couplet « C’était un des derniers géants », « C’était le plus grand ». On nous le chante dès qu’un acteur américain meurt. En fait, la mort de Michael Jackson, c’est exactement comme la séparation des Beatles. Idem, tout pareil. Ca veut dire : voilà, terminé, y’en aura plus, c’était bien, c’était de l’extraordinaire, mais stop, contentez-vous de ce que vous avez.

Vinrent les réactions, plus ou moins éclairées, plus ou moins intéressantes, plus ou moins « pertinentes ». Mêmes les politiques tentèrent le coup. Chavez y va de son communiqué, le gouvernement japonais aussi. D’autres s’ajoutent à la suite. Pas vraiment le choix. Ce serait comme dire que « Citizen Kane » est un mauvais film ou que le soleil se lève à l’ouest. Et puis France Inter a une idée : aller demander à un danseur étoile ce qu’il pense de Michael Jackson. Et qu’en dit-il ? Qu’il ne connaît pas vraiment sa carrière, qu’il a vu quelques vidéos, vu quelques performances sur scène, mais qu’on lui a dit, au détour d’une conversation, que MJ n’avait aucune formation de danse, qu’il n’avait jamais appris. Alors là, ça change tout. Etre aussi bon, maîtriser des gestes, des attitudes, des enchaînements qui demandent des années de souffrance et de sueur à un danseur étoile, et les maîtriser sans avoir appris, chapeau bas. Cet avis-là aurait presque tendance à rendre tous les autres négligeables. Il savait la danse, comme on sait respirer

Un peu plus tard, deux personnes diront deux choses intelligentes parmi les choses très justes ou très fausses qui seront dites1. D’abord Johnny Hallyday qui dit que ce qu’il aimait avant tout chez lui, c’était sa simplicité. Il a tout compris au film, le Johnny, mine de rien. Et une autre personne (qui ? aucune idée) qui dit simplement que le monde vient de perdre sa star. Quand il dit star, il ne parle pas de ses brouettes de chignoles qui s’égosillent la niaiserie à la bouche en s’ébrouant maladroitement dans des costumes ridiculement hideux. Il parle d’une star, d’une vraie, pas d’un forçat de la paillette, d’un stakhanoviste du « Regarde comment je brille plus que l’autre », mais de quelqu’un plus connu que le Christ, comme l’étaient en leur temps les Beatles, d’un type qui y a mis toutes ses tripes, toute sa passion, toute sa volonté. Parce qu’il en est ainsi des génies : ils n’ont pas le choix.

C’est monumental. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Il faut voir ne serait-ce qu’un extrait d’un concert. Un plan large. Cet homme, seul sur scène, qui donne tout ce qu’il a, qui ne s’économise pas, qui improvise. Le danseur étoile qui en parlait disait qu’il n’en revenait pas de savoir que Michael Jackson était aussi chorégraphe, et pas seulement danseur, ce qui faisait de lui un génie sans précédent. Le mot est employé à tort et à travers de nos jours, mais cet homme était bel et bien génial. On ne peut pas choisir parmi ses clips. Ici l’ambiance, ici les pas, ici le rythme. La même chose pour ses performances sur scène. On voit tel titre interprété telle année à tel endroit. On est bluffé. A certains moments, il ne paraît pas humain tant ses gestes sont « élastiques » ou bien « robotiques ». On n’en croit pas ses yeux. Et puis on voit la même chanson, mais ailleurs, lors d’un autre concert. Et c’est autre chose. Il faut avoir vu ça, c’est nécessaire. Un être humain normalement constitué ne peut pas faire l’économie de regarder quelques-unes de ses performances en concert. Ca n’a pas de sens de s’en priver .

Textes en tout genres, de la ballade dans le pur style bluette aux mots acérés et énervés qu’on oublie trop souvent de lire. Rythmes de toutes les veines, une chanson – Billie Jean – composée autour d’une ligne de basse à faire pâlir McCartney, qui lui vient alors qu’il est en voiture et « pense à autre chose » (comme disait Victor Hugo), la voix de Vincent Price sur Thriller (et sur un titre d’Iron Maiden, aussi, mais je ne sais plus lequel), les duos avec McCartney, les chansons caritatives, le public du Superbowl qui chante en chœur cette merveille qu’est Heal the world, et le Gone too soon en hommage à un enfant mort du SIDA au début des années 90. Clips inventifs et innovants (qui peut rivaliser avec Smooth Criminal ou Black or White ?) que viennent, à l’occasion, réaliser Martin Scorsese, Francis Ford Coppola, Spike Lee ou encore John Landis (dont « Le loup-garou de Londres » a inspiré Thriller), tandis que Steven Spielberg vient jouer son propre rôle dans un clip que MJ fait sembler de réaliser (faut suivre). Concerts dantesques au cours desquels la première partie est assurée par les pistes des Beatles poussées à fond les manettes. Tournées impensables s’étalant sur tous les continents ; et les bénéfices de celle de 1992-1993 reversés à des associations. Recordman du nombre de records détenus pour tout ce qui touche à la musique. On s’embrouille, on ne sait plus où donner de la tête. Des idées en veux-tu, en voilà. Qui dit mieux ? Qui a autant surpris ? Qui a autant créé ? C’est aussi inimaginable que c’est surprenant. Et c’est terminé. Chapeau l’artiste. Tu t’es bien donné. On aura vécu ça. Le magnifique et triste destin de l’homme devenu à lui tout seul un événement. Bête de scène, artiste génial, danseur essoufflé poussé par le mythe qu’il a créé. Eternel parce que mortel. Le moonwalk, qu’il n’invente pas, mais qu’il rend inimitable comme le symbole d’un homme marchant ailleurs dans une direction que tout le monde ignore mais espère pourtant. Vas-y danse, mon gars, on ne t’en voudra jamais…

J’ai mal.

En 1983, la Motown fête ses 25 ans. Michael Jackson, chanteur célèbre devenu star avec la sortie de l’album Thriller, interprète Billie Jean. Il exécute alors pour la première fois ce qui va devenir son grand classique : peu après le refrain, il enchaîne le moonwalk et les pointes – en chaussures de ville. Fin de la chanson. Acclamations. Le pas a sidéré et enthousiasmé le public. Michael Jackson sort sous les applaudissements. Et se met à pleurer. On s’approche, on demande. Qu’est-ce qui ne va pas ? Réponse du génie : c’est les pointes, je voulais tenir trois secondes, et j’en ai pas tenu une.

Les génies n’ont pas le choix.


1 Un type comme il faut, qui parle comme il faut, avec les mots qu’il faut, nous explique que Michael Jackson s’est coupé de la communauté noire en se faisant blanchir la peau, ce qu’elle ne lui a jamais pardonné. Le tout dit sous l’approbation pénétrée des autres personnes autour de la table qui boivent une analyse aussi solidement ficelée. Faire le docte et ne pas savoir que MJ était atteint d’une maladie, le vitiligo, qui dépigmente la peau. Tout ça pour une analyse ethno-sociologico-fumiste.

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Sur Henri Guillemin

Posté par marrickevin le Jeudi, 28 mai, 2009

Je me permets de diffuser ici le lien d’un (bref) article paru sur Mediapart, concernant un colloque tenu en l’honneur d’Henri Guillemin, à Mâcon le 21 mars 2009. L’article est signé Patrick Rödel (un nom familier à ceux qui connaissent un peu la vie de H.G.).

http://www.mediapart.fr/club/blog/patrick-rodel/260309/henri-guillemin-historien-de-la-republique

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Archimède – T’as pas 100 euros ?

Posté par marrickevin le Mardi, 12 mai, 2009

T’as pas 100 euros ?
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

Le juste prix est celui qui contente à la fois l’acheteur et le vendeur, prétendent les économistes. Mais il est des situations où cet équilibre ne peut être atteint. Imaginons que l’on puisse mettre aux enchères un billet de 100 euros. La règle du jeu veut que les deux derniers enchérisseurs paient la somme qu’ils ont misée en dernier. Celui qui a fait la plus grosse enchère garde le billet de 100 euros, et l’avant-dernier enchérisseur perd la totalité de sa mise. Et maintenant suivons les enchères.

Hervé et Jean-Jacques sont les deux protagonistes. Hervé mise 10 euros, Jean-Jacques renchérit à 20 euros. Si Hervé s’arrêtait, il perdrait 10 euros et Jean-Jacques empocherait le billet : il gagnerait 100 euros, moins son enchère de 20 euros, c’est-à-dire 80 euros. Hervé, qui ne veut pas perdre ses 10 euros, renchérit à 30, Jean-Jacques surenchérit à 40. Et les enchères continuent bon train jusqu’à ce que l’un de nos deux protagonistes, Hervé par exemple, mise 100 euros : la valeur du billet. La situation est critique : si Jean-Jacques s’arrête, il perd sa dernière enchère de 90 euros. Donc il mise 110, pour perdre seulement 10 si Hervé s’arrête. Mais Hervé n’a pas intérêt à s’arrêter, il enchérit à 120 euros préférant perdre 20 euros plutôt que 100.

Et ainsi de suite, nos enchérisseurs poursuivent leurs enchères pour ne pas perdre leur dernière mise, jusqu’à ce qu’ils atteignent la somme maximale qu’ils veulent ou peuvent perdre. Mais, en définitive, ils vont perdre tous deux de l’argent et l’hypothétique vendeur en gagnera beaucoup.

Cette règle du jeu conduit en effet à des enchères infernales. Evidemment, Hervé et Jean-Jacques auraient pu s’entendre pour ne pas trop faire monter les enchères et partager ensuite le bénéfice du dernier enchérisseur. Une forme d’entente parfois utilisée par certains professionnels dans les salles de ventes. Mais là, c’est pas du jeu !

Cette entente illégale lèse le vendeur et la libre concurrence ruine les acheteurs. La concurrence saine et loyale est parfois impossible. La situation de la vente du billet de 100 euros est courante : course aux armements, dessous de table pour l’obtention d’un marché, escalades commerciales diverses. Ca vous étonne ?

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Archimède – O.G.M. : risques et périls

Posté par marrickevin le Jeudi, 16 avril, 2009

O.G.M. : risques et périls
par Denis Van Waerebeke et Vincent Gaullier

Depuis plusieurs années maintenant, des scientifiques pointent ici et là les éventuels risques liés la généralisation des plantes transgéniques. Travaux de recherche à l’appui, des dangers pour l’environnement et la santé humaine apparaissent. En voici quelques exemples.

Parmi les plantes transgéniques disponibles sur le marché, il y a le maintenant célèbre maïs qui résiste à la pyrale. Les chenilles de ce petit papillon raffolent de cette céréale. Ses agapes terminées, la pyrale peut avoir détruit jusqu’à 20 % de la récolte. On comprend donc aisément que certains agriculteurs aient vu avec bonheur la commercialisation d’une variété de maïs dont le patrimoine génétique dispose d’un gène de résistance aux attaques de ce nuisible. Fini donc l’épandage de produits insecticides à chaque attaque de la pyrale ; la plante synthétise en permanence ses propres défenses chimiques. C’est là où le bât blesse : la culture de cette plante représente en soi une pression évolutive sur l’environnement. En d’autres termes, la plupart des pyrales étant tuées, seules survivront les plus résistantes. Elles deviendront alors le type le plus fréquent. Aux Etats-Unis, où les cultures de maïs transgénique représentent plus d’un tiers du maïs planté en 1998, les premières parcelles détruites par ces pyrales résistantes existent déjà.

Des écologues ont noté que ces céréales transgéniques tuaient aussi des insectes utiles : les larves de chrysopes vertes, par exemple. Cette mouche, prédatrice des chenilles de pyrales, est victime d’un effet ricochet : la toxine synthétisée par le maïs transgénique ne lui est pas nocive directement, mais, une fois digérée par la chenille, sa structure chimique se modifie, sa nocivité augmente, et elle devient fatale à la chrysope. Au printemps, les pollens volent aux quatre vents. De ce mode de reproduction des plantes vient un autre risque : les gènes contenus dans le pollen des plantes transgéniques, résistantes aux herbicides, sont susceptibles d’entrer dans le patrimoine génétique de plantes sauvages, au hasard des rencontres et des croisements. La descendance deviendrait alors envahissante parce qu’indestructible par les produits classiques. Pour le colza, le risque est déjà démontré : il se croise avec des mauvaises herbes que sont la moutarde, la ravenelle, en leur transmettant ce gène de tolérance à l’herbicide.

Les biologistes ajoutent dans leurs constructions génétiques un gène de résistance à un antibiotique : l’ampicilline. Un gène dit de marquage, qui permet aux chercheurs de repérer les plants qui intègrent les modifications génétiques souhaitées. Pour certains microbiologistes, le transfert de la plante vers des bactéries du sol de ce gène de résistance est possible. Ce qui rendraient résistantes ces bactéries à l’antibiotique. Une menace inutile pour de nombreux épidémiologistes : alors que depuis 20 ans, aucune nouvelle famille d’antibiotiques n’est apparue sur le marché, est-il raisonnable d’utiliser ces gènes de résistance ? Et tout comme les bactéries du sol, les bactéries qui nous attaquent pourraient-elles devenir insensibles à des antibiotiques comme l’ampicilline ? Même si ce danger existe, il est plus aigu à cause du recours trop systématique à des antibiotiques pour nous soigner qu’à cause des plantes transgéniques. Reste qu’il existe un risque pour la santé humaine : celui de l’apparition de nouvelles allergies. En effet, selon certaines études, les allergies dues à la consommation de soja ne cessent d’augmenter : + 50 % entre 1997 et 1998. Or, qu’est-ce qui a changé pendant ces 12 mois ? L’arrivée massive du soja transgénique.

Un constat s’impose : l’étude d’impact ! Tout ce travail préparatoire chargé d’évaluer les risques écologiques liés à l’emploi des plantes transgéniques ayant été trop négligée, il semble que nous soyons dans un flou. Plutôt inquiétant. Alors que beaucoup de chercheurs travaillent sur les OGM, trop peu en étudient les risques et les aspects négatifs. Or il est difficile de trouver si l’on ne cherche pas. Aussi, sans forcément courir derrière l’inaccessible « risque zéro », il est temps d’estimer précisément les conséquences du développement des cultures transgéniques.

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Archimède – La chaleur et le travail

Posté par marrickevin le Lundi, 30 mars, 2009

La chaleur et le travail
par Gilles Roqueplo et Philippe Boulanger

Nous savons tous que le travail donne chaud, mais les physiciens précisent cette intuition. Le premier épisode tourne autour d’un étrange bonhomme : Benjamin Thompson, né dans le Massachusetts en 1753, fut à la fois un espion à la solde du roi d’ Angleterre, un physicien qui se préoccupa de nourrir les mendiants, et le chef des arsenaux du souverain de Bavière. Il expia toutes ses fautes à Paris, par un mariage malheureux avec la veuve de Lavoisier. Thompson avait observé que les tartes aux pommes restaient chaudes très longtemps. Il se brûlait parfois en les mangeant, et il cherchait à savoir pourquoi. Un jour, une observation fortuite lui donna la clef du mystère. Alors qu’il faisait une expérience dans une pièce qui était chauffée par un poêle en fonte, son valet lui apporta un bol de soupe épaisse, qu’il déposa sur le poêle, en attendant de finir son travail. Une heure plus tard, environ, il prit une cuillerée de soupe et la trouva froide. Puis, à la cuillerée suivante, qu’il prit plus au fond du bol, il se brûla la bouche.

Eurêka ! La soupe épaisse se comportait ainsi parce que la chaleur se propageait seulement par conduction, du fond vers la surface. Le poêle chauffe le fond du bol, qui chauffe lui-même le fond de la soupe. La chaleur monte ainsi lentement vers la surface, tandis que l’air refroidit rapidement cette dernière ; au total, le fond est plus chaud que la surface. Au contraire, un bouillon léger, placé dans les mêmes circonstances, est uniformément chaud parce que le liquide du fond, chauffe, se dilate ; moins dense, il monte alors en surface, se refroidit au contact de l’air froid, devient ainsi plus dense, et replonge vers le fond. Une circulation de liquide, que l’on nomme la convection, assure le mélange et homogénéise rapidement la température dans tout le bol.

A l’époque, on croyait que la chaleur était un fluide qui s’échangeait entre les corps, mais Thompson découvrit que cette idée était fausse quand il observa que le percement des fûts de canon chauffait ces derniers : l’énergie qui était fournie sous la forme de travail mécanique se transformait en de la chaleur. Comme le travail n’est pas un fluide, la chaleur ne devait pas non plus être un fluide.

Enfin, au XIXe siècle, le physicien anglais James Prescott Joule effectua une remarquable expérience, où des pales solidaires d’un arbre pouvaient tourner dans un récipient plein d’eau, soigneusement calorifugé. Une corde qui était enroulée autour de l’arbre passait sur une poulie, et était tirée vers le bas par une masse. Quand on laissait la masse tomber, elle tirait la corde, faisait tourner les pales, qui échauffaient l’eau. Le travail mécanique dépensé était égal au produit du poids par la hauteur de chute. La quantité de chaleur créée dans l’eau était mesurée par un thermomètre. Ainsi Joule put-il définir la calorie comme la quantité d’énergie nécessaire pour élever d’un degré la température d’un gramme d’eau. L’unité légale d’énergie est aujourd’hui le joule, mais nous conservons les calories pour évoquer l’énergie stockée en excès dans nos graisses. Paradoxe : elles semblent superflues alors qu’elles sont indispensables pour penser ou agir.

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Si napo leo viveret, hominem non esset

Posté par marrickevin le Lundi, 30 mars, 2009

Ils discutent : allons, mes bons, vous avez une vue partielle de la situation, c’est un grand homme, un grand théologien, un grand esprit, on a déformé ses propos, on lui fait un mauvais procès, il veut seulement rassembler tous les catholiques sous la même bannière, etc., etc. Inepties sur inepties se répètent et se multiplient depuis plusieurs semaines sur les ondes et à longueur de colonnes. Sur les propos tenus à Ratisbonne, sur l’affaire de la petite brésilienne violée, avortée et excommuniée, sur l’évêque négationniste et les quelques autres brebis galeuses réintégrés parce qu’intégristes, sur l’affaire du préservatif, sur le retour à la messe en latin, sur le retour de la prière appelant à convertir les juifs, on a toujours une bonne explication, toujours une bonne excuse, toujours un bon argument. Ils sont bien doctes, bien condescendants aussi, parce qu’au fond, ils n’en ont rien à secouer de ce qu’on peut dire d’eux et de leur idéologie puante.

Qu’on ne puisse pas discuter avec des gens pareils, c’est une chose. Il est certaines personnes qu’on ne convaincra jamais de rien. L’antisémite est un bel exemple. Jamais on ne le fera démordre du fait que les juifs tiennent les banques, ou les institutions, ou les media ou les trois en même temps. Rien ne lui prouvera jamais le contraire, rien ne lui mettra jamais les yeux en face des trous. Et même : tenter de les lui mettre, c’est être complice. A quoi bon, alors ? Mais les autres, ceux qui sont de l’autre côté et qui dissèquent les propos du pape, qui essaient de comprendre, qui ouvrent grand leurs colonnes et leurs micros à quelques membres du clergé aux propos et aux insinuations douteux ? Ceux-là, oui, sûrement, ils sont de bonne foi. Ils essaient de savoir pourquoi le pape dit de telles âneries, pourquoi il réintègre des types que, justement, ces mêmes interviewers n’auraient jamais l’idée d’inviter. Et là, on nous sort tout un tas d’explications politiques et/ou religieuses. Et la plus belle d’entre toutes : Benoit XVI et le Vatican tout entier vivent en décalage du monde. Mais, tout à fait. Si, si, si. Ca n’est que ça, pas de bile à se faire. Il en est même pour regretter Jean-Paul II. Pourtant, on savait franchement à quoi s’attendre ; il n’y a pas de quoi faire les étonnés : « Nul n’ignore les options politiques de l’Opus Dei, si nettes lors de sa fondation mais prudemment atténuées (en apparence) par la suite, précisément peut-être pour permettre à Jean-Paul II d’accorder plus aisément, comme il n’avait cessé de le souhaiter, à cette discrète mais active officine, un statut officiel dans l’Eglise. Et que de bontés et de complaisance à Rome à l’égard de ces « intégristes » dont le programme est très loin de se limiter à « la messe en latin » mais comporte un refus catégorique opposé à l’esprit du concile Vatican II (1962-1965), notamment quant à la reconnaissance par l’Eglise de la « liberté de conscience ». Ce n’est pas tout ; de la manière la plus explicite, l’intégrisme a son programme politique qui est d’extrême droite avec ostentation. N’empêche. En mai 1988, sous la poussée – d’ailleurs superflue, je pense – du cardinal Ratzinger, chef de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Jean-Paul II proposa confidentiellement à Mgr Lefebvre de nommer, le 15 août, un évêque choisi par lui sur une liste de trois postulants dressée par Lefebvre en personne. Ainsi Rome se montrait prête à introduire sans bruit au sein du corps épiscopal un représentant confirmé de l’opposition à Vatican II. (…) Il faut voir avec quels scrupules de gentillesse et de compréhension fraternelle, les collaborateurs du cardinal Ratzinger ouvrent leurs bras aux intégristes. Il n’est malheureusement que trop facile encore d’assister à des démonstrations dominicales (je pense à telles manifestations versaillaises) où une momie articulée dévide un sermon bien construit mais moins semblable à un texte vivant qu’à la musique en plaques débitée jadis par le limonaire des manèges. Le pullulement actuel des sectes et autres groupements « charismatiques » suscite la bienveillance du cardinal Ratzinger. Ces mystiques ne s’intéressent qu’aux « choses de Dieu » ; la misère et les iniquités du monde ne retiennent pas leur attention. »

Cet extrait de texte ne date pas d’hier. Il a été donné, sur commande, au Monde Diplomatique, par Henri Guillemin en 1990, lequel H.G. ne peut pas être suspecté d’athéisme vicieux et diabolique puisqu’il était lui-même catholique et pratiquant. Alors qu’ils arrêtent avec leur numéro du décalage de l’Eglise par rapport à la société, du problème de communication, et tout leur cirque. L’Eglise, et particulièrement Benoit XVI, a un projet politique, comme elle en a toujours eu. Enfin, sérieusement, qui peut faire l’étonné ? Qui peut tomber des nues en s’apercevant que le Vatican est d’extrême droite ? Et surtout, qui peut tomber des nues en s’apercevant que l’Eglise catholique, comme à peu près toutes les religions, a la manie insupportable de vouloir dire aux gens comment ils doivent vivre et se comporter ? Personne n’est donc allé voir, quand Ratzinger a été élu pape (par qui ? pourquoi ?) d’où sortait ce bonhomme, et ce qu’il pouvait avoir derrière la tête ? Et personne n’est capable de dire, au lieu de pleurer comme le faisait la présentatrice du journal de France 3 quand elle a annoncé la mort de Jean-Paul II, que ceux qui se pressent sur la place Saint-Pierre en attendant la fumée annonçant l’élection d’un nouveau pape ne sont, pour la plupart, qu’une belle bande de fascistes émerveillés ? Enfin, où voit-on, dans quel pays, sous quel régime, une population applaudir et crier sa joie en apprenant qu’un nouveau chef a été choisi alors qu’elle ne sait pas encore lequel ? Imaginons que demain Nicolas Sarkozy décède pour une raison ou pour une autre. On nous l’annonce à la radio et on nous précise qu’un successeur a pris sa place pour cinq ans. Va-t-on sauter au plafond, en se disant : « Chouette, le pays ne va pas rester sans président, un remplaçant a déjà été trouvé » ? Difficile à croire. On va attendre, espérer une poursuite de l’information, se raccrochant à cette question : « Mais qui ça ? ». Parce que ce n’est pas la même chose s’il s’agit de Jean-Marie Le Pen, de Martine Aubry ou de José Bové. Je doute que ceux-là mêmes qui se massent place Saint-Pierre exultent quand on leur annonce que les dernières élections législatives ont dégagé une majorité sans qu’on leur précise laquelle. Ils applaudissent à l’annonce de l’élection d’un pape (à laquelle ils ne participent pas d’ailleurs) parce qu’ils espèrent que le Vatican et son chef implacable applique un programme. Le pape est mort, vive le pape.

Alors, le discours de Ratisbonne. Tout en finesse, Benoit XVI se lâche dans la guerre de religions parce que les musulmans-c’est-rien-que-des-sauvages-assoiffés-de-sang. Devant le tollé, les théologiens ont l’explication, celle qui dissipe tout soupçon : le pape ne faisait que citer des propos vieux de plusieurs siècles ; ça ne reflète ni sa pensée, ni le credo qu’il veut faire entrer dans la tête de ses ouailles. Donc, par voie de conséquence, on peut très bien, à la radio ou à la télé, venir déblatérer, par exemple, les propos les plus significatifs de Mein Kampf et dire, ensuite : « C’est pas moi, c’est Hitler ». Que nos hommes politiques n’y ont-ils pensé plus tôt pour pouvoir avancer des opinions qui feraient scandale ?

La messe en latin, de son côté, ne relève absolument pas d’un choix liturgique, mais bien d’un choix politique. La langue, c’est le pouvoir. Quand un français achète une baguette de pain, élève ses enfants et lit un programme électoral, il le fait toujours dans la même langue. Si, à l’église, on lui en parle une autre, c’est donc qu’on change de registre et que la langue avec laquelle il s’adresse à Dieu ne peut pas être la même que celle avec laquelle il vit tous les jours. De plus, le latin n’est pas une langue vivante, et donc encore moins une langue courante ou maternelle. Autrement dit, pour s’adresser à Dieu, le croyant doit faire un effort qu’il ne fait pas quand il écrit à son député. C’est bien que Dieu est au-dessus, qu’il est plus important, qu’il demande une plus grande attention. Autrement dit, le pouvoir spirituel prime sur le temporel ; quitte à choisir : Dieu avant les hommes.

Sur le préservatif, Benoit XVI a été bien secouru en France par Christine Boutin qui n’a pas hésité, pour défendre le souverain poncif de l’abstinence et de la fidélité, à expliquer que le préservatif, mazette !, que c’est embêtant à mettre et pas très rigolo qui plus est. Le pape venait de déclarer que le préservatif n’était pas une solution convaincante et unique à la prolifération du SIDA, façon euphémistique et détournée de condamner son usage. Il est vrai que les ecclésiastiques sont sacrément bien placés pour parler des relations conjugales et sexuelles. Marine Le Pen a défendu elle aussi le Saint Père à l’imbécillité majuscule en expliquant que l’Eglise exprimait l’idéal de l’abstinence et de la fidélité. Premièrement, rien ne sert d’être fidèle si on pratique l’abstinence, et inversement. Deuxièmement, on peut tout à fait être fidèle, partager sa vie avec une seule et même personne pour le pire et le meilleur jusqu’à ce que la mort nous sépare et pour autant vivre avec quelqu’un séropositif. Oui, les gens qui ont le SIDA ont une vie sociale, rencontrent d’autres gens, et forment des couples. Il est vrai que le Front National a quelques difficultés à se familiariser avec cette idée, puisque le parti désirait il y a quelques années établir un apartheid anti-« sidaïques », comme disait alors Jean-Marie Le Pen, en faisant inscrire sur les cartes d’identité si l’on était séropositif ou séronégatif. C’est cette même vision qui motive la réaction de Marine Le Pen qui fait comme s’il n’existait pas de couples composés d’une personne séropositive et d’une personne séronégative. Et Christine Boutin se met le doigt dans l’œil, car son argument va justement contre sa morale de merde. Parce que, admettons, le préservatif, c’est casse-pied : on est dans le feu de l’action, ça va y aller comme sur des roulettes, l’excitation est à son comble, et… Stop ! Faut mettre le préservatif. Ah bah non, ça casse tout, ça fait retomber le charme. C’est donc bien que penser à utiliser un préservatif, à faire cet « effort » est un acte on ne peut plus responsable. Cela dénote un réel souci de son prochain. Le préservatif, finalement, c’est très chrétien.

Avant cela, l’Eglise, qui ferait mieux de s’occuper de ses fesses et non de celles des autres, y est allée de son couplet humaniste en excommuniant la mère d’une petite fille de neuf ans qui avait dû avorter après avoir été mise enceinte par un violeur. Au niveau de l’expérience psychologique et de la construction de l’enfant, on pète un score difficilement égalable. La mère a été excommuniée puisque c’est elle qui a engagé la coupable opération d’avortement. Le violeur n’a pas eu à subir les foudres divines dont, a priori, il se fout. D’une part, on comprend mieux pourquoi l’Eglise ne moufte jamais quand un curé est coupable d’attouchements sexuels. Si le viol ne vous attire même pas le regard oblique du Grand Manitou, on ne va pas s’emballer pour quelques gestes déplacés. D’autre part, le Vatican a visiblement quelques soucis avec des notions basiques de médecine et fait peu de cas de la vie humaine. On a peine à croire qu’une enfant de neuf ans allait connaître une grossesse normale, sans accroc, suivie d’un accouchement tout en douceur duquel naîtrait un enfant en pleine possession de ses moyens. La mère de la pauvre petite a logiquement préféré ne pas ajouter des difficultés dans la croissance, la morphologie et la physiologie de sa fille au traumatisme psychique qu’elle vivait. L’Eglise, quant à elle, préfère qu’on bousille un corps et une vie pour un fœtus très hypothétiquement futur bébé.

Et la question antisémite. Parce que pendant que l’Eglise excommunie les mères des enfants qui se font violer, elle réintègre des types qui rêvent de voir les Juifs brûler. Pas de doute, l’œcuménisme du Vatican n’est plus à démontrer. Les négationnistes sont une espèce curieuse. Le négationniste, sauf cas unique destiné à la science, est antisémite. Bien souvent, au surplus, il est d’extrême droite et ne reste pas insensible à la chaude et mélodique voix des discours d’Adolf Hitler. Donc, cet être qui déteste les Juifs adhère à la doctrine nazie développée en partie dans Mein Kampf sur leur extermination. Et le négationniste ne craint pas, alors, de faire passer Hitler pour un gros nul : cet homme, qui promettait l’éradication des Juifs de la surface de la terre, qui a régné pendant douze ans sur l’Allemagne et qui a dominé l’Europe, n’a pas été foutu de mettre en œuvre son idée centrale. Le négationniste est un cas pathologique qui voue un culte à un homme tout en nous expliquant que cet homme était incompétent.

Les théologiens et ecclésiastiques appelés à nous expliquer le choix de Benoit XVI de réintégrer l’évêque Williamson ont quasiment tous expliqué qu’il s’agissait pour le Vatican de réunir tous les catholiques sous une même bannière. C’est donc bien la preuve que l’antisémitisme ne pose absolument aucun problème à la doctrine de l’Eglise, que c’est une question annexe, et même une question qu’on accepte puisqu’on autorise ceux qui la développent à participer à l’édifice commun.

Pendant ce temps-là, le Front National, parti de beaufs bedonnants et vociférateurs, s’avachit dans sa connerie comme on s’avachit devant la télé, et ouvre une bière : celle de Jaurès. Pour les élections européennes, le FN nous sort une affiche sur laquelle on peut voir un portrait de Jean Jaurès et une de ses citations (« A celui qui n’a plus rien, la patrie est son seul bien ») accompagné du slogan : « Jaurès aurait voté Front National ». Le FN ne comprend rien à Jaurès, ou plutôt le comprend très bien mais le déforme1 : Jaurès était internationaliste et, comme Hugo disait « Tous les hommes sont l’homme », disait : « La patrie d’un homme est la patrie de tous les hommes », plus on s’approche de la patrie, plus on s’approche de l’internationalisme, et plus on s’approche de l’internationalisme, plus on s’approche de la patrie. La patrie est ce qui reste à celui qui n’a plus rien, c’est-à-dire qu’il lui reste l’humanité avec laquelle s’unir. La patrie avait également chez Jaurès (on est fin 19e, début 20e) le sens de République, par opposition aux braillards nationalistes. Le raisonnement est simple à comprendre et n’est pas le moins du monde chauvin ou patriotard. Mais, enfin, admettons, entrons dans l’idée du FN et acceptons cette uchronie complète, cet anachronisme grandguignolesque. Jouons le jeu du FN : Jaurès aurait voté Front National ; sauf que le Front National aurait fait fusiller Jaurès.


1 De même que les nazis ont déformé le « Deutschland über alles » de l’hymne allemand, par un tour de passe-passe syntaxique. La phrase ayant pour sens, dans le contexte de la chanson : « L’Allemagne avant tout » (c’est-à-dire que tous les Allemands doivent s’unir pour construire le pays ; le texte date de 1841 quand l’Allemagne n’était pas unifiée) est devenue avec les nazis « L’Allemagne est supérieure à tout le reste ».

Publié dans Henri Guillemin, Humeur, Un peu de lecture | Laisser un commentaire »